26-07-2026 15:12 - Le président face à la presse… ou la presse en face du président ?

Le président face à la presse… ou la presse en face du président ?

Orbite News 24 - La nuance est loin d'être anodine. Elle résume à elle seule l'enjeu d'une conférence de presse qui, au-delà de sa mise en scène et de son retentissement médiatique, soulève une interrogation plus fondamentale sur le rôle du journalisme dans une démocratie.

L'événement avait pourtant tout d'un rendez-vous exceptionnel. Une salle comble, refusant du monde, réunissant des journalistes de toutes générations, de tous horizons éditoriaux et de toutes sensibilités. Une affluence rarement observée pour un exercice de cette nature. L'attente était immense. L'opinion publique espérait des réponses précises sur les sujets qui traversent et préoccupent le pays.

Au terme de près de trois heures d'échanges, un constat s'est imposé : le format retenu ne correspondait ni à l'ampleur de l'événement ni aux attentes qu'il avait suscitées. Quatorze questions en trois heures ne constituent pas, en elles-mêmes, un nombre insuffisant.

En revanche, vouloir donner l'impression d'ouvrir largement la parole à une salle débordante de journalistes tout en conservant un format qui ne permettait objectivement qu'à une poignée d'entre eux de s'exprimer relevait d'une contradiction.

Les longues réponses du président, ajoutées à une attribution de la parole parfois laborieuse, ont inévitablement réduit le nombre d'intervenants. Certains confrères, pourtant parmi les plus expérimentés et les plus respectés de la profession, ont préféré garder le silence plutôt que de se livrer à l'exercice peu valorisant consistant à lever la main comme dans une salle de classe.

Il est permis de penser que le président lui-même n'avait pas été suffisamment briefé sur le format le plus adapté à un tel exercice. Une conférence de presse de cette ampleur aurait gagné en efficacité avec un nombre plus restreint de journalistes préalablement retenus selon des critères transparents et objectifs, dans le cadre d'un véritable système de rotation d'une conférence à l'autre.

Cette pratique est universellement admise. Elle ne traduit aucun mépris envers les journalistes non retenus ; elle garantit au contraire le pluralisme, l'équité et la qualité des échanges. Ce n'est pas le nombre de personnes présentes qui fait la richesse d'une conférence de presse, mais la pertinence des questions et l'équilibre dans la représentation des médias.

Mais la véritable déception ne réside pas seulement dans le format. Elle réside surtout dans le contenu des questions. Plusieurs interrogations, sans être dénuées d'intérêt, auraient tout aussi bien pu être adressées à n'importe quel autre responsable politique ou administratif. Elles ont laissé de côté les dossiers sur lesquels les Mauritaniens attendaient des réponses du chef de l'État. Comment ne pas évoquer, par exemple, le dossier de Mohamed Ould Abdel Aziz ?

Son emprisonnement continue d'alimenter un débat politique, juridique et institutionnel d'une rare intensité. Présentée comme le plus grand scandale de détournement de fonds publics de l'histoire récente du pays, cette affaire continue néanmoins de susciter des interrogations sur la solidité des preuves produites devant la justice.

À cela s'ajoute une question que beaucoup se posent : comment expliquer que plusieurs personnalités considérées comme des proches collaborateurs de l'ancien président aient échappé aux poursuites, laissant l'impression que les mailles de la justice n'ont pas retenu tous ceux qui étaient supposés répondre des mêmes faits ? Quelles que soient les convictions de chacun, ce dossier appelait nécessairement des questions.

Plus proche encore, l'affaire des députés du mouvement IRA méritait également de figurer parmi les priorités de cette conférence de presse. Après avoir bénéficié d'une grâce présidentielle, ces élus se sont néanmoins vu refuser l'accès à l'Assemblée nationale en application de son règlement intérieur.

Une situation qui interroge, dans la mesure où la grâce n'a pas mis un terme aux poursuites judiciaires engagées contre eux et où le recours pendant devant la Cour de justice n'a pas encore définitivement tranché la question de savoir s'ils sont, ou non, légalement empêchés d'exercer leur mandat parlementaire.

Cette coexistence entre une décision de grâce, des procédures judiciaires encore pendantes et l'application du règlement intérieur de l'Assemblée soulève des interrogations institutionnelles majeures. Là encore, l'opinion publique était en droit d'attendre des explications.

À la place, une partie du temps a été consacrée à des questions dont la portée apparaissait secondaire au regard des préoccupations majeures des citoyens. Cette situation interroge finalement moins le président que la presse elle-même.

Car la responsabilité du journaliste ne consiste ni à flatter le pouvoir ni à le combattre systématiquement. Elle consiste à porter les interrogations de la société avec exigence, indépendance et courage. Les journalistes n'ont pas davantage besoin d'être applaudis pour leurs questions qu'ils n'ont à être publiquement voués aux critiques pour celles-ci.

Dans une conférence de presse, chacun assume pleinement la responsabilité de ses choix éditoriaux. Les questions appartiennent à leurs auteurs ; les réponses appartiennent au président. Il n'y a donc pas lieu d'établir un palmarès des « bonnes » ou des « mauvaises » questions, pas plus qu'il n'est opportun de distribuer les satisfecit ou les blâmes à l'issue de l'exercice.

En revanche, une chose ne saurait être discutée : lorsque des règles d'organisation et de discipline sont établies par l'instance chargée de conduire la conférence de presse, elles s'imposent à tous. La liberté de la presse ne dispense pas du respect des règles communes. Elle en est même l'une des premières garanties. L'autorité de l'organisateur ne doit jamais être confondue avec une atteinte à l'indépendance des journalistes, dès lors que les règles sont connues, impartiales et appliquées de manière égale à tous.

Le président, quant à lui, n'a nul besoin d'être ménagé ni accablé. C'est précisément cette liberté réciproque — celle des journalistes de poser les questions qu'ils jugent utiles et celle du président d'y répondre selon son appréciation — qui fonde la crédibilité de l'exercice démocratique.

Cette réflexion conduit également la profession à s'interroger sur ses propres pratiques. Une presse qui revendique la transparence ne peut accepter l'opacité dans ses propres mécanismes de sélection.

Une presse qui entend contrôler le pouvoir doit d'abord s'imposer à elle-même les exigences d'équité, de rigueur et de responsabilité qu'elle réclame des institutions. Les critères qui semblaient, ce soir-là, distinguer des catégories ou des générations de journalistes ne correspondent ni aux bonnes pratiques professionnelles ni à l'esprit d'une presse libre.

Au fond, cette conférence de presse aura posé une question bien plus importante que celles qui ont été adressées au président.

Les journalistes étaient-ils face au président, dans l'exercice plein et entier de leur mission de contre-pouvoir ? Ou étaient-ils simplement en face du président, spectateurs d'un événement dont ils ont davantage accompagné la scénographie qu'ils n'en ont interrogé les enjeux ?

Entre ces deux postures se joue toute la différence entre une presse qui informe et une presse qui s'asservit à l'événement qu'elle est censée couvrir. Une conférence de presse ne se mesure ni au nombre de journalistes présents, ni à la longueur des réponses, encore moins aux applaudissements qu'elle suscite.

Elle se mesure à la capacité de la presse à poser les questions que les citoyens attendent et à obtenir les réponses qu'ils méritent. C'est à cette condition que le journaliste demeure un serviteur de l'information plutôt qu'un acteur de sa mise en scène.

Orbitenews24





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