29-07-2026 18:00 - Le président face à la presse : L’heure de vérité
Le Calame -- Organisée le 24 Juillet 2026, la conférence de presse du président Mohamed ould Cheikh El Ghazouani constitue l’un des exercices médiatiques les plus longs de son mandat. Pendant plus de trois heures, le chef de l’État a répondu à quatorze grandes séries de questions portant sur la politique, l’économie, le dialogue national, la gouvernance, la diplomatie et les questions sociales.
Le Président s’est ainsi soumis à un échange particulièrement long avec la presse, ce qui est rare, pour ne pas dire exceptionnel, en Mauritanie. Cette disponibilité renforce l’image d’un chef de l’État prêt à défendre son bilan et à répondre directement aux interrogations.
Sur les principaux sujets – dialogue national, économie, infrastructures, santé, énergie, diplomatie et sécurité –, il a donné des réponses détaillées, illustrées par des chiffres et des références à des projets en cours.
Contrairement à des conférences de presse plus polémiques observées en d’autres pays, Ghazouani est resté calme, évitant les attaques personnelles contre l’opposition et privilégiant un discours institutionnel, réaffirmant sa volonté de conduire un dialogue inclusif, présenté comme un moyen de consolider la stabilité politique du pays.
Sur la forme de la conférence, le temps consacré et la diversité des questions traitées ont prouvé la disponibilité du Président, avec des réponses argumentées, dans un climat serein.
Sur le fond, elle consolide le récit gouvernemental autour de la stabilité, des réformes et des investissements, mais convaincra surtout les citoyens si les réponses apportées se traduisent par des résultats tangibles sur le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et la gouvernance.
Pour les observateurs politiques, l’exercice marque une volonté d’ouverture médiatique, tout en laissant ouvertes plusieurs interrogations sur les défis économiques et sociaux qui demeurent au cœur des attentes de la population.
Sur la forme et le décor, on a noté un nombre impressionnant de journalistes dont certains n’ont pas pu ou voulu poser des questions. On aurait pu choisir moins d’une dizaine d’entre eux, mandatés par les organes les plus connus et les plus crédibles pour mener le débat.
Ailleurs, le Président ne fait souvent face qu’à un ou deux, voire un peu plus, de tels interlocuteurs. Ici, le cabinet de la présidence a préféré éviter de se mettre au dos des journalistes dont certains constituent des groupes de pression ou sont considérés comme « bien introduits », voire « proches » des cercles du pouvoir, et nombre de nos confrères croient pouvoir profiter de l’occasion pour bénéficier de quelques enveloppes ou rencontrer des amis inaccessibles.
Comme on le sait depuis quelques temps, certains hauts responsables de l’État se sont constitués des bataillons de bloggeurs, voire de journalistes, pour assurer leurs arrières.
Comme on a eu à le constater, une grande partie des réponses consistait à rappeler les réalisations du gouvernement, plutôt qu’à annoncer de nouvelles mesures susceptibles de modifier rapidement le quotidien des citoyens croulant sous le poids de l’augmentation des prix des denrées de première nécessité ; les mesures prises par le gouvernement n’ont que très peu impacté positivement sur le renchérissement du coût de la vie.
Les réponses étaient parfois très longues, entrecoupées de silences ressemblant à des hésitations. La durée de certaines explications risque de rendre le message moins accessible à une partie de l’opinion publique.
Sur plusieurs dossiers sensibles (coût de la vie, chômage, corruption, justice, libertés publiques…), les réponses ont davantage insisté sur les progrès accomplis que sur les difficultés persistantes ou les échéances précises de résolution des problèmes.
C’est pourquoi les citoyens qui attendaient, sur certains sujets, des calendriers ou des objectifs chiffrés sont restés sur leur faim, ou presque. Cet exercice de communication a cependant permis aux Mauritaniens d’entendre quelque chose de la bouche du président de la République sur plusieurs sujets d’intérêt, car le discours officiel des membres du gouvernement, relayé par les media publics et qui ne touche pas tous les citoyens, ne convainc pas le pays.
En revanche, son impact concret dépendra surtout de la traduction des engagements en mesures visibles. Pour une partie de la population, les préoccupations immédiates restent la baisse des prix, la création d’emplois, l’avancement des services publics, de l’accès à l’eau, à l’électricité et à la santé. La conférence peut améliorer la perception de l’action gouvernementale, mais c’est la mise en œuvre des politiques publiques qui déterminera son effet durable.
Dalay Lam

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Encadrés
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Dialogue politique
Lors de sa conférence de presse historique du 24 Juillet 2026 au Palais présidentiel de Nouakchott, le président Mohamed ould Cheikh El Ghazouani a levé toute ambiguïté sur deux sujets cruciaux pour l'avenir politique de la Mauritanie : le dialogue national en gestation et la limitation des mandats présidentiels.
Il a fermement clarifié les contours du processus politique en cours. Il n'existe aucun lien entre les concertations nationales prévues pour apaiser le climat politique et la question des mandats constitutionnels. Il a qualifié les rumeurs liant ces deux dossiers de « diversion » cherchant à perturber le travail gouvernemental.
Élu en 2019, puis réélu en 2024 pour un second et dernier mandat de cinq ans, le Président a réaffirmé de manière limpide qu’il respectera les termes de la Constitution : « Je ne soutiendrai rien qui soit contraire à la Constitution ou qui ne bénéficie pas de la volonté du peuple ». Par cette posture d'homme d'État, il coupe court aux velléités de révision opportuniste portées par certains de ses soutiens.
Refusant de se laisser distraire par les débats prématurés liés à sa succession à la fin de son mandat en Août 2029, le Président a indiqué que son unique priorité demeure la mise en œuvre rigoureuse de son programme sociétal, « Mon ambition pour la patrie », axé sur le développement économique et la cohésion sociale. Par cette mise au point magistrale, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani s'impose comme le garant suprême de la stabilité démocratique et institutionnelle du pays. Il rassure l'opinion publique et la classe politique sur son attachement indéfectible à l'État de Droit.
Passif humanitaire
Au cœur des questions de cohésion sociale et de dialogue national, le traitement du passif humanitaire (les graves violations des droits de l'Homme commises contre les communautés négro-mauritaniennes entre 1989 et 1991) reste la véritable épreuve de vérité pour le pouvoir. Si le Président affiche une volonté de dialogue inclusif pour consolider la stabilité politique, la lenteur chronique de la résolution de ce dossier historique pèse lourdement sur l'unité nationale.
Cette inertie, qui s'est fait ressentir dans l'absence d'annonces fortes lors de ce grand oral, s'explique par des blocages structurels : la loi d'amnistie de 1993 continue de bloquer toute perspective de justice transitionnelle, empêchant l'établissement d'une vérité officielle et le travail de mémoire indispensable aux familles des victimes ; les indemnisations financières et les processus de pardon entamés par le passé n'ont pas suffi.
Les collectifs de victimes réclament le triptyque indissociable : « Vérité, Justice, Réparation ». Le retour des déportés n'a pas non plus réglé l'épineux problème de la spoliation de leurs terres agricoles dans la vallée du fleuve ; aborder de front le passif humanitaire exige de bousculer des équilibres politiques et militaires délicats. Les gouvernements successifs préfèrent une gestion par le silence ou le compromis financier partiel, plutôt qu'une résolution mémorielle définitive qui fâchent certains réseaux d'influence.
