11-08-2026 16:33 - Espagne : la régularisation extraordinaire ouvre une nouvelle étape pour les Mauritaniens sans papiers
Le Quotidien de Nouakchott -- La régularisation extraordinaire mise en œuvre par l’Espagne en 2026 pourrait modifier sensiblement la situation d’une partie de la communauté mauritanienne installée dans le pays.
Les statistiques officielles montrent une population fortement masculine, active sur le marché du travail, mais également confrontée à la précarité administrative et à un taux élevé de rejet des demandes d’asile.
L’Espagne a achevé, le 30 juin 2026, une opération exceptionnelle de régularisation destinée aux étrangers qui se trouvaient déjà sur son territoire avant le 1er janvier 2026. Contrairement aux procédures ordinaires d’« arraigo », souvent longues et complexes, cette mesure a permis aux personnes en situation irrégulière et à certains demandeurs d’asile de solliciter directement une autorisation de résidence et de travail.
Au total, les autorités espagnoles ont reçu 1 174 978 demandes, dont 79,6 % au titre de l’« arraigo extraordinaire » et 20,4 % concernant des demandeurs de protection internationale. À la clôture de la procédure, 609 737 dossiers avaient déjà été traités.
Le gouvernement espagnol ne publie toutefois pas encore le nombre précis de demandes déposées par des ressortissants mauritaniens. Les Africains représentent globalement 22,9 % des demandeurs. Selon le ministère espagnol de l’Inclusion, près de 159 100 personnes avaient déjà été affiliées à la Sécurité sociale grâce à cette opération au 30 juin.
Plus de 10 600 Mauritaniens en situation régulière
Les données de l’Observatoire permanent de l’immigration montrent qu’au 31 mars 2026, 10 673 ressortissants mauritaniens disposaient d’un document de séjour en cours de validité en Espagne. Parmi eux, 10 064 détenaient une autorisation de résidence et 609 une carte liée à un ressortissant espagnol, européen ou britannique.
La majorité bénéficie d’une situation relativement stabilisée : 6 224 Mauritaniens, soit 62 % des titulaires d’une autorisation, disposent d’un titre de séjour de longue durée. L’Espagne constitue ainsi le deuxième pays de l’Union européenne accueillant le plus grand nombre de résidents mauritaniens, derrière la France.
Le profil de cette communauté reste très masculin. Sur les 10 673 Mauritaniens documentés, 7 789 sont des hommes, soit 73 %, contre seulement 27 % de femmes. Les moins de 16 ans représentent 11 % de l’ensemble.
Les chiffres du recensement donnent une image plus large. Au 1er janvier 2025, l’Espagne comptait 10 500 personnes de nationalité mauritanienne, mais 13 909 habitants nés en Mauritanie. Parmi ces derniers, 4 181 avaient déjà acquis la nationalité espagnole.
Ces données ne permettent cependant pas de calculer directement le nombre de Mauritaniens en situation irrégulière. Les dates et les catégories statistiques ne sont pas identiques : le recensement inclut certaines personnes absentes des fichiers de séjour, tandis que les titres de résidence comptabilisés en mars 2026 peuvent concerner des arrivées postérieures au recensement de janvier 2025.
Une communauté déjà fortement présente sur le marché du travail
L’insertion professionnelle des Mauritaniens apparaît relativement importante. Au 29 mai 2026, 5 360 ressortissants mauritaniens étaient affiliés à la Sécurité sociale espagnole, dont 91 % d’hommes.
Plus de 2 150 travaillent dans le régime agricole, ce qui révèle la forte dépendance d’une partie de cette main-d’œuvre à l’agriculture saisonnière. Quelque 3 074 relèvent du régime général, tandis que seuls 100 Mauritaniens sont enregistrés comme travailleurs indépendants.
Parallèlement, 744 ressortissants mauritaniens étaient inscrits au chômage en mai 2026. Près de la moitié d’entre eux étaient sans emploi antérieur reconnu ou travaillaient auparavant dans les services.
La régularisation peut donc permettre à des travailleurs déjà présents dans l’économie informelle de sortir de la clandestinité administrative, d’obtenir un contrat déclaré, de cotiser et d’accéder plus facilement à la protection sociale. Elle profite également aux employeurs espagnols, notamment dans l’agriculture, la construction, le commerce et l’hôtellerie, secteurs confrontés à des besoins persistants de main-d’œuvre.
Une mesure particulièrement importante pour les demandeurs d’asile mauritaniens
L’autre enjeu majeur concerne les ressortissants mauritaniens engagés dans une procédure de protection internationale. En 2025, 1 069 Mauritaniens ont demandé l’asile en Espagne. Pourtant, sur les 493 dossiers mauritaniens tranchés cette année-là , seulement 9 % ont reçu une réponse favorable ou une autorisation pour raisons humanitaires. Les autorités ont rejeté 450 demandes, soit 91 %.
Au premier trimestre 2026, le taux de décisions favorables est remonté à 22 %, mais 122 des 156 dossiers examinés ont encore été rejetés. Au 30 avril 2026, 1 790 demandes d’asile de ressortissants mauritaniens restaient en attente de décision.
La nouvelle procédure a offert à ceux qui avaient introduit leur demande de protection internationale avant le 1er janvier 2026 une voie alternative vers le séjour légal. En cas d’acceptation de leur demande de régularisation, ils doivent toutefois renoncer à leur procédure d’asile ou au recours encore pendant. Ce choix n’est pas anodin : il apporte une sécurité administrative immédiate, mais abandonne la possibilité d’obtenir le statut de réfugié et la protection particulière qui lui est attachée.
Une autorisation d’un an, avec droit de travailler
Pour être éligible, le demandeur devait notamment se trouver en Espagne avant le 1er janvier 2026, justifier d’au moins cinq mois de présence continue, disposer d’un document d’identité et ne pas avoir d’antécédents pénaux incompatibles avec la mesure. Les justificatifs de présence pouvaient être publics ou privés, à condition d’être nominatifs.
Le dispositif ne constituait donc pas une ouverture des frontières ni une possibilité de régularisation pour les personnes arrivées récemment. Il visait uniquement ceux qui vivaient déjà en Espagne. Le décret royal 316/2026 prévoit une autorisation valable un an, permettant de travailler comme salarié ou indépendant dans toute l’Espagne et dans n’importe quel secteur.
Dès l’enregistrement du dossier, le demandeur recevait une autorisation provisoire de résidence et de travail jusqu’à la décision administrative. Le délai normal de traitement est fixé à trois mois, même si celui-ci peut être suspendu lorsque l’administration attend certains documents.
Une occasion réelle, mais temporaire
Pour les Mauritaniens ayant déposé leur dossier avant le 30 juin, cette régularisation représente une occasion importante de sortir de l’économie informelle, de sécuriser leur emploi et de stabiliser leur vie familiale. Elle pourrait également réduire le recours abusif à l’asile comme unique moyen de demeurer légalement sur le territoire espagnol.
Mais la mesure ne garantit pas une installation définitive. L’autorisation initiale ne dure qu’un an. Avant son expiration, son titulaire devra demander sa transformation en titre de séjour ordinaire, généralement en démontrant une insertion professionnelle ou en remplissant les conditions d’un autre statut. La régularisation règle donc l’urgence administrative sans supprimer les obstacles futurs.
Surtout, le délai de dépôt est désormais clos. Les personnes qui n’ont pas présenté leur demande avant le 30 juin ne peuvent plus entrer dans ce dispositif exceptionnel. En revanche, les bénéficiaires ayant reçu une demande de pièces complémentaires peuvent encore régulariser leur dossier auprès de certaines structures habilitées jusqu’au 30 septembre 2026.
Pour mesurer l’impact réel sur la communauté mauritanienne, il faudra attendre la publication des résultats détaillés par nationalité : nombre de demandes déposées, acceptées, rejetées ou encore en cours d’examen. En l’état, les statistiques montrent néanmoins que la mesure touche une population déjà enracinée dans la société espagnole, très présente dans le monde du travail, mais dont une partie demeure exposée à la précarité juridique.
