22-08-2026 11:17 - Passe d'armes entre la Turquie et Israël après un mandat d'arrêt international émis contre Netanyahu
RFI - Israël et la Turquie sont engagés dans une confrontation verbale depuis plusieurs jours maintenant. Dernier épisode en date : la Turquie a émis un mandat d’arrêt international ce 21 août contre Benjamin Netanyahu qui, en réponse, accuse le président Erdogan d’être un dictateur antisémite.
Ankara a frappé fort ce matin, rapporte notre correspondante à Jérusalem, Frédérique Misslin. La Turquie a émis une notice rouge auprès d’Interpol pour que Benyamin Netanyahu soit arrêté n’importe où dans le monde pour génocide, crime contre l’humanité, torture.
Ce mandat d’arrêt international s'inscrit dans le cadre des poursuites engagées par la justice turque le mois dernier contre le Premier ministre israélien.
L’affaire porte sur l’interception très brutale de la flottille qui devait acheminer de l’aide à Gaza en mai dernier. Les activistes partis de Turquie avaient été détenus en Israël, parfois maltraités avant d’être expulsés. La Turquie tient Benyamin Netanyahu pour responsable.
La réponse du Premier ministre israélien aujourd’hui a été cinglante : le président turc est un « dictateur antisémite, qui a massacré les Kurdes et opprime son peuple ». Pour le pouvoir israélien, la Turquie cherche à déstabiliser la région. Israël promet « d’agir contre ces tentatives ».
Une escalade qui s'intensifie
En retour, la présidence turque a dénoncé dans la soirée « les tactiques politiques mesquines de [Benyamin] Netanyahu et de ses acolytes, qui visent à obtenir un avantage électoral », alors que des élections législatives sont prévues en octobre en Israël. « La tentative du gouvernement [israélien] Netanyahu de présenter la Turquie comme une nouvelle menace relève aussi de cette manœuvre politique », a ajouté la direction de la communication de la présidence sur X.
C'est donc une escalade qui s’intensifie. Les relations entre les deux pays ne cessent de se détériorer et en pleine période électorale, Benyamin Netanyahu a visiblement décidé de jouer la carte anti-turque. Mardi 18 août, Israël a bombardé le nord de la Syrie, accusant Ankara de vouloir s’y déployer militairement. C’est faux, répondent les Turcs qui assurent ne pas vouloir tomber dans le piège tendu par Israël, sous-entendu le piège d’une confrontation militaire.
Une hypothèse d'un conflit à prendre au sérieux ?
Depuis la chute de Bachar el-Assad, la Turquie et Israël tentent chacune d’étendre leur zone d’influence sur le territoire syrien, encore dépourvu d’une armée solide. En Syrie, les intérêts de la Turquie et d’Israël sont aux antipodes, souligne notre correspondante à Ankara, Céline Pierre-Magnani. Ankara accompagne la reconstruction du pays, et soutient le développement d’une armée syrienne. Tel-Aviv, à l’inverse, vit comme une menace existentielle la consolidation d’une Syrie dirigée par l’ancien jihadiste Ahmed al-Charaa.
Pour l’analyste Mehmet Akif Koç, spécialiste du Moyen-Orient, le risque de confrontation directe entre les deux pays est à prendre très au sérieux.
« En Syrie, il y avait, depuis environ un an et demi, un statu quo qui reposait sur une situation où la Turquie était plus forte dans le nord de la Syrie et Israël plus fort dans le sud », explique-t-il. « Aujourd'hui, Israël veut renverser ce statu quo. Si la Turquie continue d'accroître son influence en Syrie, si elle poursuit dans cette voie, alors il sera inévitable qu'elle entre en guerre avec Israël, qu'un affrontement armé éclate entre les deux pays. »
De son côté, Tom Barrack, envoyé spécial américain pour la Syrie, travaille à la mise en place d’un mécanisme de déconfliction qui rassemblerait la Turquie, la Syrie et Israël afin d’éviter que la situation ne s’envenime.
En novembre 2025 déjà , la justice turque avait émis des mandats d'arrêt pour « génocide » contre Benyamin Netanyahu et plusieurs responsables israéliens, dénonçant le « génocide et les crimes contre l'humanité perpétrés de manière systématique par l'État israélien à Gaza ».
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