31-08-2026 17:43 - Crise à Ceuta : Sanchez accuse la Russie et Israël d’avoir alimenté la désinformation
EURONEWS - Le Premier ministre espagnol estime que des fausses informations liées à la Russie, à Israël et à l’extrême droite internationale ont contribué à l’afflux massif de migrants à Ceuta fin juillet. Il écarte en revanche toute implication du Maroc.
Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a établi lundi un lien entre la Russie, Israël et l'extrême droite internationale et la diffusion de fausses informations qui, selon lui, ont contribué à l'afflux massif de migrants à Ceuta fin juillet.
Dans un entretien accordé à la radio espagnole Cadena SER, sa première intervention détaillée sur la crise un mois après les faits, Pedro Sanchez a assuré que l'exécutif continuait d'enquêter sur les causes de ces arrivées sans précédent dans la ville autonome.
"Le gouvernement d'Espagne doit agir sur la base de données, de faits avérés", a déclaré le Premier ministre espagnol.
Parmi les éléments susceptibles d'expliquer la crise, Pedro Sanchez a pointé la diffusion de fausses informations dans les jours précédant l'afflux, notamment autour d'une décision de justice concernant les refoulements de migrants entrant sur le territoire espagnol à la nage.
"Un arrêt du Tribunal suprême a été dénaturé", a affirmé Pedro Sanchez, précisant que cette interprétation avait ensuite circulé sur les réseaux sociaux et été exploitée par des organisations criminelles.
Le dirigeant estime que ces fausses informations ont pu contribuer à alimenter les arrivées, tout en soulignant que le gouvernement ne dispose pas encore d'une explication complète et que l'enquête se poursuit.
La Russie et Israël accusés d’alimenter la désinformation
Interrogé sur l'origine et la propagation de ces fausses informations, Pedro Sanchez a cité nommément la Russie, Israël et ce qu'il a appelé "l'internationale d'extrême droite".
Selon lui, des messages ont circulé sur des réseaux sociaux liés à ces acteurs, qu'il accuse d'instrumentaliser la migration pour attaquer l'Espagne et attiser les divisions en Europe.
Le chef du gouvernement a toutefois nuancé ses accusations, précisant que cette activité n'impliquait pas nécessairement une action directe des gouvernements concernés et que les auteurs de ces messages n'avaient pas encore été précisément identifiés.
Pedro Sanchez a replacé les événements dans un contexte plus large où, selon lui, des acteurs étatiques et non étatiques utilisent la migration comme "arme politique" et la désinformation comme outil de déstabilisation des pays européens.
Des signaux détectés avant l’afflux massif
Pedro Sanchez est aussi revenu sur la polémique concernant les informations dont disposait le Centre national de renseignement (CNI)avant les arrivées des 30 et 31 juillet.
"Le CNI a partagé des rapports de situation, mais aucune information ne permettait de mesurer l'ampleur de la crise que nous allions subir", a-t-il expliqué.
Ses déclarations interviennent après les versions divergentes de la ministre de la Défense, Margarita Robles, et du ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
La première avait affirmé au Parlement que le CNI avait transmis à la délégation du gouvernement des informations sur l'augmentation des entrées à la nage et sur un appel diffusé sur les réseaux sociaux pour tenter de rejoindre Ceuta. Fernando Grande-Marlaska avait, lui, nié l'existence d'un rapport préalable alertant sur un afflux d'une ampleur comparable à celui finalement observé.
Pedro Sanchez a rejeté toute contradiction entre les deux versions, distinguant l'existence d'informations sur une hausse des mouvements migratoires de la capacité à anticiper une vague d'une telle ampleur.
Il a par ailleurs indiqué que des réunions avaient eu lieu avant la crise entre les autorités de Ceuta et l'administration centrale, au cours desquelles une hausse des entrées irrégulières à la nage avait été constatée. Ces informations avaient conduit à renforcer la présence à la frontière, sans permettre pour autant de prévoir l'ampleur de l'afflux.
Madrid exclut toute responsabilité du Maroc
Pedro Sanchez a en revanche assuré qu'aucune information dont dispose le gouvernement ne permettait de mettre en cause les autorités marocaines.
"Aucun service de renseignement avec lesquels le gouvernement espagnol collabore habituellement ne suggère la moindre implication, d'une manière ou d'une autre, de la part des autorités marocaines", a-t-il affirmé.
Le Premier ministre a souligné que le Maroc avait proposé une coopération "instantanée, immédiate" dès le début de la crise, qualifiant de "franchement positive" la coopération actuelle avec Rabat.
"Nous devons être conscients que cette crise ne pourra être résolue que grâce à la coopération et non en nourrissant la défiance à l'égard du Maroc", a-t-il déclaré.
Pedro Sanchez a ainsi présenté la coopération avec le pays voisin comme indispensable à la gestion de la crise, tout en rejetant l'hypothèse d'une responsabilité de Rabat dans son déclenchement.
Felipe VI attendu à Ceuta
Le chef du gouvernement a par ailleurs annoncé que le roi Felipe VI se rendrait à Ceuta, sans préciser la date de cette visite.
"Il y a suffisamment de raisons pour que le chef de l'État visite enfin Ceuta", a déclaré Pedro Sanchez, assurant que "cette visite aura lieu" lorsque les conditions seront réunies.
Il a également défendu l'attention accordée par son gouvernement à Ceuta et Melilla, rappelant ses propres déplacements dans ces deux villes autonomes espagnoles d'Afrique du Nord depuis son arrivée au pouvoir.
5 000 migrants encore présents à Ceuta
Un mois après la crise, environ 5 000 migrants se trouvent toujours à Ceuta, dont quelque 1 200 mineurs, selon les chiffres avancés par Pedro Sanchez.
Le chef du gouvernement a affirmé que neuf personnes sur dix arrivées pendant la crise étaient déjà retournées au Maroc et défendu les mesures prises pour renforcer les capacités d'accueil.
Le gouvernement prévoit ainsi de porter à environ 6 000 le nombre de places disponibles pour héberger les personnes restées dans la ville autonome.
"Dans peu de temps, nous aurons une capacité suffisante pour accueillir les migrants restés à Ceuta", a assuré Pedro Sanchez.
Par Lucia Blasco
