02-09-2026 17:16 - SECTEUR DE LA SANTÉ : CE « GRAND MALADE » INCURABLE ?

SECTEUR DE LA SANTÉ : CE « GRAND MALADE » INCURABLE ?

LE RÉNOVATEUR QUOTIDIEN - Infrastructures, ressources humaines, équipements, médicaments, conditions de travail : derrière les efforts engagés pour renforcer l’offre sanitaire, le système de santé mauritanien reste confronté à des fragilités profondes qui affectent la qualité et l’efficacité des soins.

La multiplication des infrastructures sanitaires ne suffit plus à masquer les difficultés d’un secteur qui peine à répondre pleinement aux besoins de la population. La construction ou la réhabilitation de centres de santé constitue certes un effort important. Mais elle ne règle qu’une partie du problème.

Le véritable défi est désormais celui de la qualité et de l’efficacité du système de soins.Un établissement sanitaire ne peut fonctionner correctement sans médecins, infirmiers, sages-femmes, techniciens et autres personnels qualifiés en nombre suffisant.

À cela s’ajoutent la disponibilité des médicaments, la qualité des équipements, leur maintenance et la capacité des structures à assurer une prise en charge continue et efficace.Le déséquilibre dans la répartition des ressources humaines entre Nouakchott et l’intérieur du pays constitue également une faiblesse persistante.

La concentration des compétences dans la capitale accentue les difficultés d’accès aux soins spécialisés dans les régions et contribue à la pression exercée sur les établissements de Nouakchott.

Le malaise des professionnels

Le malaise se manifeste aussi par des sit-in et mouvements de protestation devenus récurrents dans le secteur. Le dernier en date, celui des sages-femmes de l’hôpital de Boutilimit, illustre cette situation.

Au-delà des revendications particulières exprimées par ces professionnelles, ces mobilisations traduisent un malaise plus large autour des conditions de travail, des moyens disponibles et de la reconnaissance des personnels qui assurent quotidiennement le fonctionnement des structures sanitaires. Un système de santé ne peut être performant avec des infrastructures modernes mais des professionnels confrontés à des conditions de travail difficiles et à des moyens insuffisants.

La question des équipements constitue un autre point critique. Un appareil médical indisponible, défaillant ou mal entretenu peut rendre inutile une structure pourtant récemment construite ou réhabilitée. De même, l’insuffisance des moyens de diagnostic ou l’indisponibilité de certains médicaments limite considérablement la capacité de prise en charge.

Ces insuffisances contribuent à maintenir le recours aux évacuations sanitaires, notamment pour certaines pathologies et interventions spécialisées. Pour les familles, celles-ci représentent souvent une lourde charge financière. Pour le système national, elles révèlent surtout les limites persistantes de l’offre de soins.

La question de la confiance

À ces difficultés s’ajoute une question essentielle : celle de la confiance des citoyens dans le système sanitaire national. Lorsque ceux qui en ont les moyens choisissent de se faire soigner à l’étranger, le problème dépasse la seule question des infrastructures. Il renvoie à la qualité, à la disponibilité et à la fiabilité des soins proposés localement.

La Mauritanie doit donc dépasser une approche fondée principalement sur le nombre de structures construites ou réhabilitées. L’évaluation d’une politique sanitaire ne devrait pas se limiter au nombre de centres inaugurés, mais porter sur leur capacité réelle à fournir des soins accessibles, continus et de qualité.Le véritable indicateur n’est pas le nombre de bâtiments disponibles, mais le nombre de patients effectivement et correctement pris en charge.

Les nouveaux centres de santé annoncés à Nouakchott peuvent constituer une avancée. Mais sans personnels qualifiés, sans équipements opérationnels, sans médicaments disponibles, sans conditions de travail satisfaisantes et sans mécanismes efficaces de contrôle et d’évaluation, ils resteront une réponse partielle à un problème beaucoup plus profond.

Les infrastructures sont nécessaires, mais elles ne sauraient constituer à elles seules une politique de santé. La véritable urgence est de mettre le système en capacité de fonctionner, de retenir ses compétences, d’équiper durablement ses structures et de garantir aux citoyens des soins accessibles et de qualité.

Tant que les revendications des personnels se multiplient, que certaines structures manquent de compétences et de moyens et que des patients continuent de chercher ailleurs les soins dont ils ont besoin, le diagnostic restera préoccupant.

La santé ne se mesure pas au nombre de bâtiments construits, mais à la capacité d’un système à sauver, soigner et accompagner ses patients. C’est à cette aune, et non à celle des inaugurations, que devra être jugée la performance du secteur.





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