15-09-2026 21:00 - La Délégation « Taazour » est devenue un État dans l'État. Un frein !

La Délégation « Taazour » est devenue un État dans l'État. Un frein !

Afin de combler le fossé important séparant les différentes couches de la société — en particulier la communauté des Haratins et les autres composantes du peuple mauritanien, la Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre l'exclusion, baptisée « Taazour », a été créée par décret présidentiel le 29 novembre 2019.

Son objectif : sortir les adwabas (hameaux) et les villages ruraux isolés de la pauvreté, et autonomiser les Haratins vivant en milieu urbain, qui assurent l'essentiel des tâches pénibles : construction, nettoyage, déchargement de conteneurs, conduite et travaux domestiques.

Cependant, l'agence « Taazour » a déçu les attentes.

Dotée d'un budget de 6,5 milliards d'ouguiyas — comparable à ceux des départements de l'Éducation et de l'Équipement —, elle a dévié de sa trajectoire initiale.

Au lieu d'agir comme une agence dédiée aux études, aux statistiques, au financement de microprojets et aux transferts monétaires directs en faveur des populations démunies, elle s'est muée en un ministère des Travaux publics parallèle.

Elle construit des écoles à la place du ministère de l'Éducation.

Elle érige des routes à la place du ministère de l'Équipement.

Elle aménage des barrages à la place du ministère de l'Hydraulique.

Elle bâtit des logements à la place du ministère de l'Habitat.

Et elle négocie directement avec les entrepreneurs, en contournant la Commission nationale des marchés publics.

Résultat :

1. Confusion des responsabilités :

Les ministères ont fait preuve de négligence en invoquant l'existence de l'agence « Taazour », tandis que cette dernière s'est aventurée dans des domaines qu'elle ne maîtrise pas.

2. Éloignement des populations cibles :

Le personnel de « Taazour » s'est focalisé sur les grandes villes, délaissant les pauvres des zones rurales pour lesquels l'institution avait pourtant été créée.

3. Instauration de l'assistanat :

Le citoyen attend désormais les interventions du « projet Taazour » au lieu d'attendre un État doté d'institutions qui fonctionnent réellement.

Il n'est que temps de se ressaisir !

Aujourd'hui, il faut le dire franchement : « Taazour » est devenue un « État dans l'État », entravant la gestion, la croissance et le progrès.

Au lieu de réduire les inégalités de pauvreté entre les différentes couches de la société, elle a engendré des conflits ainsi qu'une dispersion des efforts et des deniers publics.

Ce désordre, cet enchevêtrement des rôles et cette confusion des responsabilités au sein de l'administration ont entraîné une baisse constante de la performance gouvernementale, ce qui a eu des répercussions directes sur la vie des citoyens.

Cela concerne tout particulièrement les services publics jugés indispensables et prioritaires, tels que l'eau, l'électricité, l'éducation, la santé, la sécurité, la propreté, l'environnement, les transports, entre autres.

L'objectif visé par le Président de la République lors de la création de cette institution — immédiatement après son accession au pouvoir et l'allocation d'un budget considérable — n'a pas été atteint. Les espoirs que le public y avait placés ont également été déçus.

C'est pourquoi nous appelons les hautes autorités à recentrer « Taazour » sur sa mission initiale : une agence de solidarité et d'autonomisation économique, et non un ministère d'exécution.

Que chaque ministère revienne à l'exercice des missions régaliennes dévolues à son secteur, afin que nous puissions enfin constater l'impact de ces milliards sur la vie des Haratins — tant dans les adwabas que dans les villes — ainsi que sur celle des autres populations démunies.

C'est là que résident l'équité et la bonne gouvernance.

Ely Salem Khayar





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