17-09-2026 13:42 - Ghazouani à Atar au moment où l’un de ses dignes fils, le Général Lebatt, croupit en prison

Ghazouani à Atar au moment où l’un de ses dignes fils, le Général Lebatt, croupit en prison

L'Authentique -- Le président de la République, Mohamed Cheikh Ghazouani s’apprête à se rendre à Atar pour une visite officielle dont la durée n’a pas été précisée. Ce périple survient alors que les habitants sont en colère contre l’emprisonnement du général à la retraite Lebatt Ould Mayouf.

Deux événements et une ville

Le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est attendue dans la wilaya de l'Adrar le 20 septembre 2026 , avec un « festival présidentiel » organisé à Atar. Le parti au pouvoir, INSAF, a dépêché son président, Mohamed Ould Bilal Massoud, en tournée préparatoire dès le 17 septembre, à Aoujeft, Chinguitti, Ouadane et Atar pour « préparer le terrain ».

Ces préparatifs se déroulent dans un climat social tendu, marqué par l’emprisonnement du général de brigade à la retraite Lebatt Ould Mayouf, membre du bureau exécutif du parti d'opposition «La Mauritanie en Avant».

Il a été arrêté fin août 2026 par les services de la cybercriminalité, placé en garde à vue pendant 15 jours sans accès à un avocat , puis inculpé et placé en détention. Son collectif de défense dénonce un « ciblage politique » et une « tentative de museler les voix dissidentes ».

Atar, « ville symbole »

Lebatt Ould Mayouf n'est pas un opposant ordinaire. C'est un fils de l'Adrar , qualifié par certains de « fils des deux plus grandes tentes arabes de l'Adrar ». Il incarne une figure militaire et tribale de premier plan dans une région historiquement centrale dans la construction de l'État mauritanien.

Atar, capitale de l'Adrar, est en effet une ville-symbole, carrefour historique des grandes composantes socio-politiques du pays avec des tribus guerrières savantes et un antique lieu de commerce transsaharien.

Atar est aussi un berceau de résistances mémorables anticoloniales et une ville très politisée. C’est une cité à forte charge identitaire, où l'appartenance tribale et régionale reste un puissant vecteur de légitimité.

Quand un fils de cette terre, ancien chef d'état-major particulier du président Aziz, promu général en 2015, se retrouve en prison pour avoir publiquement appelé Ghazouani à démissionner dès 2021 et dénoncé la gestion du pays, c'est toute l'Adrar qui se sent visée .

Une visite à relent de contournement politique

La présence de Ghazouani à Atar alors que Lebatt Ould Mayouf croupit en prison ne relève probablement pas du hasard calendaire. Il s'agit d'un double mouvement :

Il s’agit d’abord de neutraliser la colère locale en investissant le terrain, en distribuant des promesses, en organisant un « festival » qui exhibe la puissance de l'État et la générosité présidentielle ;

D’autre part, la visite vise à récupérer la légitimité locale en démontrant que le pouvoir central n'a pas besoin de Lebatt Ould Mayouf pour « parler » à l'Adrar, ni pour s'y faire applaudir.

C'est un classique de la politique de la présence, occuper l'espace pour empêcher l'adversaire d'y régner, même par défaut.

L'arrestation de Lebatt, un signal dissuasif

L'incarcération du général – après ses appels réitérés à la démission de Ghazouani et ses accusations sur l'intégrité territoriale – envoie un message de fermeté à toute l'opposition.

Les critiques virulentes du pouvoir ne seront pas tolérées, même lorsqu'elles émanent de figures dotées d'un capital militaire et tribal.

La cybercriminalité sert dans ce cadre de levier judiciaire pour criminaliser la parole politique, un schéma déjà observé dans d'autres affaires (les deux députés abolitionnistes graciées en juillet 2026, par exemple).

Le paradoxe d'une grâce sélective

Le pouvoir a récemment fait preuve de clémence exploitée : grâce présidentielle à 9 détenus salafistes (juin 2026) ; grâce à deux députés condamnés pour avoir accusé Ghazouani de discrimination (juillet 2026).

Mais cette clémence ne s'étend pas à Lebatt Ould Mayouf. La différence ? Les premiers étaient des dossiers « négociables » ou gênants sur le plan international ; le général, lui, incarne une contestation politique interne directe et généralement mobilisatrice dans les bastions tribaux de l'Adrar.

Quels risques pour le pouvoir de Ghazouani

L'Adrar n'est pas une région qu'on ignore impunément. En maintenant Lebatt Ould Mayouf en prison, le pouvoir risque de cristalliser un ressentiment régional qui transforme une affaire individuelle en cause collective.

La mobilisation déjà observable, sit-in place Ibn Abbas, discours de Biram Dah Abeid, condamnation par Tewassoul et d'autres partis, montre que l'affaire dépasse la personne du général. Une visite perçue comme une provocation

Si le festival présidentiel du 20 septembre se tient alors que le général reste détenu, l'événement sera perçu par beaucoup d'habitants de l'Adrar comme une humiliation – le président venant « faire la fête » sur la terre d'un homme qu'il maintient en prison. Le contraste symbolique est d'une puissance redoutable : la célébration du pouvoir face au silence imposé à un des leurs.

La dynamique oppositionnelle

Le parti "La Mauritanie en Avant" a suspendu sa participation au dialogue national tant que Lebatt Ould Mayouf n'est pas libéré. Le RDP a fait de même pour d'autres raisons. Cette fragmentation du dialogue fragilise la stratégie de normalisation du pouvoir et risque de transformer la détention du général en point de bascule pour une coalition oppositionnelle plus large.

Scénarios possibles

Si le général Lebatt est libéré avant le 20 septembre, ce qui est peu probable, cela permettrait de désarmorcer partiellement la tension et Ghazouani pourra se présenter comme un rassembleur tandis que l’opposition y verrait une victoire.

Si Lebatt continue de croupir en prison, ce qui est plus probable, alors que la visite de Ghazouani est maintenue, cela pourrait provoquer des manifestations à Atar suivi de répressions. Cela donnera une image d’autoritarisme au pouvoir et renforcer la polarisation.

Le report de la,visite de Ghazouani, probabilité très faible, pourrait être interprété pour de la faiblesse et une capitulation.

Par contre, si Lebatt est libéré sous condition après la visite, Ghazouani montrerait sa maîtrise du tempo mais le ressentiment de la population ataroise restera toutefois très forte.

En conclusion la visite de Ghazouani à Atar, alors que le général Lebatt Ould Mayouf est retenu prisonnier, illustre une tension structurelle du régime : la volonté de monopoliser l'espace public et politique, y compris sur les terres de ses adversaires les plus enracinés.

C'est un exercice d'équilibriste politique qui peut fonctionner à court terme – le festival fera image, les promesses seront faites – mais qui porte en germe un risque de polarisation identitaire et régionale durable.

Le message implicite du pouvoir est clair : « Même sur votre terre, c'est moi qui décide. » Le danger est que cette terre-là, l'Adrar, n'oublie jamais.

Par Aidara cheikh





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