11-10-2026 19:30 - Remaniement gouvernemental : entre continuité, renouvellement et attentes déçues
LA DÉPÊCHE - Les tractations n’auront finalement pas duré longtemps après la reconduction de Mokhtar Ould Djay au poste de Premier ministre. Le nouveau gouvernement a été dévoilé samedi soir, mettant fin aux spéculations qui entouraient la composition de la nouvelle équipe.
Comme souvent en pareille circonstance, les réactions oscillent entre espoir prudent, attentes renouvelées et profonde déception. Baptisé « MOD 2 », en référence aux initiales du Premier ministre, ce gouvernement repose sur un subtil équilibre entre figures expérimentées et nouveaux profils, notamment issus de la jeune génération, désireuse de contribuer davantage au développement du pays.
Mais derrière cette volonté affichée de renouvellement, la continuité demeure manifeste : une majorité des membres de l’équipe gouvernementale ont déjà exercé des responsabilités ministérielles par le passé.
Au moins quatre d’entre eux avaient même servi sous l’ère de Mohamed Ould Abdelaziz, aujourd’hui déchu. Au total, cette équipe, qui compte 29 ministres (+ 4 portefeuilles par rapport à la précédente) dont neuf femmes, apparaît davantage comme un réaménagement de l’architecture gouvernementale que comme une rupture véritable avec les pratiques antérieures.
Sa feuille de route, telle qu’annoncée, s’articule autour de plusieurs priorités : répondre aux conséquences de la crise mondiale, renforcer la protection sociale des citoyens à faibles revenus, impulser une nouvelle dynamique en matière de formation et d’emploi des jeunes, favoriser leur insertion et leur autonomisation, ainsi que promouvoir le développement des villes et des régions de l’intérieur du pays.
Parmi les changements les plus remarqués figure le départ de Mohamed Ould Khaled, ancien ministre de l’Énergie et du Pétrole. Son éviction intervient au lendemain de la remise du rapport de la commission d’enquête indépendante chargée d’examiner les incendies ayant touché deux postes de transformation électrique à Nouakchott.
Cette concomitance nourrit les interrogations sur les circonstances et les motivations de ce départ. Le remaniement a également emporté plusieurs figures de premier plan de l’ancienne équipe. Les ministres de l’Intérieur et de la Défense, le porte-parole du gouvernement ainsi que la secrétaire d’État chargée des droits de l’homme et la commissaire à la sécurité alimentaire figurent parmi les personnalités écartées ou remplacées.
Autant de départs qui donnent à cette recomposition gouvernementale une portée politique risquée. Des personnalités influentes quittent, en effet, le gouvernement. C’est notamment le cas de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, de Hanana Ould Sidi, ancien ministre de la Défense, ainsi que de Mohamed Ould Mohamed Lemine, qui occupait le portefeuille de l’Intérieur.
Abdallah Ould Souleymane Ould Cheikh-Sidia, ancien ministre des Affaires économiques et du Développement, fait lui aussi partie des personnalités écartées, alors que son influence semblait encore solide. À cette liste s’ajoutent Houssein Ould Meddou, ancien porte-parole du gouvernement, et Sid’Ahmed Ould Mohamed, qui dirigeait le département de l’Élevage.
Au-delà des changements de portefeuilles, c’est donc une dizaine de personnalités de premier plan qui se retrouvent hors du nouvel attelage. Cette vague de départs peut être interprétée comme une volonté de « mieux coordonner» l’action gouvernementale, en éloignant ceux qui pouvaient lui faire ombrage, et de consolider la position du Premier ministre.
Elle témoigne, en tout cas, de la marge de manœuvre dont dispose désormais Mokhtar Ould Djay, reconduit dans ses fonctions avec le soutien renouvelé du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Reste désormais à savoir si ces engagements se traduiront par des résultats concrets dans le quotidien des Mauritaniens. Car si le changement de gouvernement suscite toujours son lot d’espoirs, l’opinion publique demeure profondément partagée, voire largement sceptique quant à la capacité de cette nouvelle équipe à répondre aux préoccupations sociales et économiques persistantes.
Au final, le gouvernement « MOD 2 » ouvre une nouvelle séquence politique sans véritablement rompre avec la précédente.
Entre maintien des cadres expérimentés, arrivée de nouveaux profils et éviction de plusieurs poids lourds, Mokhtar Ould Djay dispose d’une équipe remaniée pour « concrétiser » les ambitions du président. Mais la question essentielle reste entière : combien de temps cette équipe tiendra-t-elle, et surtout, qu’apportera-t-elle de réellement nouveau aux Mauritaniens ?
Car au-delà des équilibres politiques et des changements de personnes, le véritable baromètre de ce remaniement sera sa capacité à produire des résultats tangibles en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de protection sociale et de développement. C’est à l’aune de ces résultats, bien davantage qu’à celle des nominations, que les Mauritaniens jugeront cette nouvelle équipe.
J.D
