18-10-2026 12:35 - La France secouée par des affrontements, des incendies et des pillages
AFRICANEWS -
La France s’est réveillée dimanche au lendemain d’une journée de manifestations marquée par de violents affrontements entre les forces de l’ordre et des protestataires, ainsi que par des pillages et des incendies dans plusieurs villes du pays. Initialement organisée contre la hausse du coût de la vie, la mobilisation a dégénéré en violences que plusieurs responsables ont qualifiées d’exceptionnelles.
La préfecture de police de Paris a annoncé dimanche l’interpellation de 855 personnes à la suite des violences survenues dans la capitale. Elle a qualifié ce bilan de « chiffre record ».
De son côté, la maire adjointe de Paris, Lamia El Aaraje, a estimé que la capitale avait connu « un niveau de violence que, je crois, nous n’avions jamais connu auparavant ».
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait auparavant annoncé l’interpellation de 1 200 personnes et fait état de 150 policiers blessés. Il a dénoncé une « intensité extrême » des violences, estimant que le bilan humain aurait pu être beaucoup plus lourd.
Des dégâts considérables dans plusieurs villes
Selon les autorités, environ 550 000 personnes ont participé aux manifestations organisées samedi dans le pays. La Confédération générale du travail (CGT), qui a pris part à la mobilisation, a avancé un chiffre de 800 000 manifestants.
À Paris, le maire Emmanuel Grégoire a décrit des rues entières « dévastées ». Des groupes de jeunes, parfois masqués, ont incendié des véhicules, brisé des vitrines et saccagé plusieurs commerces.
Des pillages ont également été signalés à Marseille, Nice, Nantes, Bordeaux, Limoges, Lille, Toulouse et Strasbourg. Les établissements visés comprenaient notamment des supermarchés, des pharmacies, des magasins de vêtements, des boutiques de luxe et des enseignes spécialisées dans l’électronique et les cosmétiques.
Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) ont observé à Paris des groupes de jeunes hommes opérant de manière organisée. Certains, munis de gants et de masques, auraient débranché des caméras de surveillance avant de briser les vitrines pour pénétrer dans les magasins.
Les bâtiments publics ont également été pris pour cible. À Limoges, l’hôtel de ville, un édifice vieux de plus de 140 ans, a été en grande partie détruit par un incendie, selon le plus haut responsable régional. Des actes de vandalisme ont aussi été signalés dans les mairies de Marseille et de Lille.
À Bordeaux, un commissariat a été dégradé, tandis qu’à Lyon, un office de tourisme a été incendié.
Les affrontements ont également fait des blessés parmi les manifestants. À Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a eu la main droite arrachée par une grenade anti-émeute, selon les informations rapportées.
L’immigration au cœur des réactions politiques
Les violences ont rapidement pris une dimension politique, en France comme à l’étranger.
Aux États-Unis, le vice-président JD Vance a attribué les troubles aux politiques migratoires et aux difficultés d’intégration. Dans un message publié sur le réseau social X, il a accusé les dirigeants libéraux occidentaux d’avoir favorisé l’immigration au nom de la diversité, sans suffisamment tenir compte, selon lui, des questions d’assimilation et de compatibilité culturelle.
Ces déclarations ont ajouté une dimension internationale au débat sur les causes des violences, alors que les manifestants avaient principalement mis en avant la dégradation de leur pouvoir d’achat.
Le président Emmanuel Macron a, pour sa part, condamné fermement les destructions et les pillages. Il a promis que les personnes ayant attaqué des commerces, des services publics ou des mairies seraient poursuivies et sanctionnées.
« Ceux qui se sont livrés à des actes de vandalisme, qui ont attaqué des services administratifs ou des commerces, ou qui se sont livrés à des pillages – même dans nos mairies – seront poursuivis et punis », a-t-il déclaré.
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s’opposent sur les responsabilités
À quelques mois de l’élection présidentielle prévue en 2027, les événements ont également ravivé les tensions entre les principales forces politiques françaises.
La dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen a condamné les émeutiers et accusé le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche radicale, d’avoir contribué à légitimer la violence. Elle a promis de protéger les Français contre ce qu’elle décrit comme la violence de l’extrême gauche.
Jean-Luc Mélenchon, qui avait soutenu les manifestations et les mobilisations étudiantes précédentes, a de son côté appelé les participants à ne pas se livrer à des pillages. Il a jugé ces actes contraires aux méthodes de son mouvement.
Les principaux candidats potentiels à la succession d’Emmanuel Macron cherchent ainsi à imposer leur lecture des événements, dans un climat politique déjà marqué par les débats sur le pouvoir d’achat, la sécurité et l’immigration.
La vie chère, principale source de colère
La mobilisation de samedi s’inscrit dans plusieurs semaines de protestations étudiantes et sociales. Le mouvement des Gilets jaunes, apparu en 2018 contre une hausse prévue des taxes sur les carburants, avait appelé à une mobilisation baptisée « jaunes et jeunes ».
La hausse du coût de la vie constitue l’un des principaux motifs de mécontentement. La guerre au Moyen-Orient a contribué à accentuer les pressions inflationnistes, notamment en raison de ses répercussions sur les prix de l’énergie.
À Strasbourg, Régine Monfroid, une enseignante interrogée par l’AFP, a résumé le sentiment de nombreux manifestants : « On en a marre de se tuer à la tâche pour des salaires de misère alors que nos loyers ne cessent d’augmenter ».
À Paris, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les quartiers de l’est et du nord de la capitale. Certains manifestants ont scandé des slogans hostiles à la police et réclamé la démission du président.
Kamil Alahyan, un lycéen de 18 ans, a expliqué manifester en raison de plusieurs griefs, notamment les prochaines échéances électorales, la défiance envers les responsables politiques et la concentration croissante des richesses.
Des références à la Révolution française
Au cours des rassemblements, certains manifestants ont fait référence à la Révolution française de 1789 pour exprimer leur rejet du pouvoir en place.
À Marseille, des protestataires ont scandé « C’est la Révolution — on prend la Bastille ! » en pénétrant dans les locaux de la mairie. À La Rochelle, une pancarte proclamait « La Révolution ou la mort », tandis qu’à Montpellier, une immense banderole portant l’inscription « Le peuple vaincra » a été déployée sur une place centrale.
À Paris, Ryad Rani, président du Conseil des lycéens de la LSU, a estimé que la mobilisation témoignait d’une colère profonde à l’égard du gouvernement.
« Le gouvernement tremble et il a raison de trembler, car quand les Français sont en colère, ils ne lâchent jamais prise », a-t-il déclaré aux journalistes.
Un climat social et politique sous tension
L’ampleur des dégradations, le nombre d’interpellations et les blessures enregistrées parmi les forces de l’ordre et les manifestants placent désormais le gouvernement face à un double défi : rétablir l’ordre public et répondre aux revendications sociales à l’origine de la mobilisation.
Alors que l’élection présidentielle de 2027 approche, les violences pourraient également peser sur le débat politique national. Les responsables politiques s’opposent déjà sur leurs causes, les responsabilités à établir et les réponses à apporter.
By Rédaction Africanews
avec AFP/AP
