05-12-2007 21:54 - La politique de l’Autruche

La politique de l’Autruche



Il y a quelques jours, les Autorités nationales ont laissé circuler une nouvelle se rapportant à l’arrestation aux larges des côtes mauritaniennes, de pirogues chargées de plus de deux cents candidats à la migration clandestine. Les médias nationaux et internationaux ont tous saisi l’information pour clamer aux yeux du monde qu’il est temps qu’une solution soit trouvée pour arrêter le mouvement périlleux de jeunes africains vers l’Europe.

Ce qui n’a pas été dit, c’est que chaque jour qui passe vient avec son lot de voyageurs vers l’inconnu. Des candidats à la mort encouragés à partir de l’Afrique, d’un bout à l’autre du circuit de voyage. Chez eux d’abord aux confins de l’Afrique, en Mauritanie ensuite aux frontières maritimes avec l’Europe.

Ce que les Autorités n’ont pas dit, c’est que cette horde de jeunes qui s’est lancée dernièrement dans l’aventure, a son semblable tous les jours. Ce que les Autorités taisent, c’est que les pirogues quittent généralement des côtes mauritaniennes. Tout le monde sait que les jeunes embarquent en pleine nuit, au moment où bizarrement, les forces de l’ordre chargées de la surveillance, ne se trouvent pas en place. Ce moment est toujours choisi où la situation est entièrement favorable au départ.
Comment des groupes de jeunes peuvent-ils quitter la ville, charger leurs embarcations de victuailles, s’approvisionner en carburant et défiler sur la plage, sans éveiller le moindre soupçon ? Il y a forcément complicité, qui fait l’affaire des uns et des autres. On aura beau installer des radars sur des vedettes et des avions, renforcer les équipes de surveillance en mer, impulser des nouvelles dynamiques de surveillance,… tant que le mal n’est pas détruit à la source, on avancera pas d’un iota pour sauver la vie de millions de jeunes aventuriers.

De tous les pays d’Afrique et d’Asie, la Mauritanie est aujourd’hui le pays le plus envahi par les hordes des désespérés. Nouakchott et Nouadhibou constituent les dernières parcelles fragiles à partir desquelles, il est encore possible de tenter «l’aventure ». C’est ce qui explique le fort taux d’étrangers dans ces deux villes côtières. Parfois, il s’agit d’autochtones qui veulent faire comme les autres. Personne n’a le courage de dire que dans cette situation, les coupables sont connus.

Ce sont ces armateurs, ces passeurs, ces complicités qui se trouveraient au sein des forces de surveillance maritime. Ce sont aussi ces managers des filières de la mort, ceux qui alimentent en commun l’action lucrative qui consiste à faciliter l’entrée des étrangers, candidats à l’immigration, ceux qui les embarquent vers la mort, moyennant de faramineux montants, compris entre 200 et 300 mille ouguiyas (300 à 500 euros). Ce montant n’est pas seulement un quitus pour la mort, il sert aussi à acheter la complicité de hauts responsables de la surveillance côtière. Il assure le silence et sert de «laisser passer» pour l’au-delà.

Il ne sert à rien de se voiler la face, les autorités doivent savoir que des centaines de jeunes mauritaniens tombent dans les filets des trafiquants à l’immigration clandestine, des centaines de milliers d’africains disparaissent au grand dam de leurs familles.. A défaut d’arrêter l’hémorragie qui nous vient des autres pays à travers nos frontières poreuses, nous devons au moins veiller à protéger nos enfants.

Chaque Mauritanien qui périt dans une aventure, interpelle nos consciences, tire la sonnette d’alarme, crie le désarroi d’une jeunesse que nous devons écouter, rassurer et réconcilier avec les valeurs de dignité, de combativité et d’attachement au pays. Nous n’y arriverons pas en présentant la situation comme une pratique des «autres», ceux qui fuient la misère, les guerres civiles et les pandémies.

Nous faisons partie du lot, à un degré peut être moindre. N’empêche, nos fils tentent aussi la folle aventure. A nous de les dissuader. A nous surtout de redoubler de vigilance pour que nos côtes soient des aires d’espoir, de vie et de détente, et non le dépôt de tombes d’immigrés non identifiés éparpillés aux quatre coins des côtes nord-africaines.

Amar Ould Béjà

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