23-12-2007 17:04 - Les dunes du Dakar : Objet de fascination et obstacle au développement
Les dunes du Dakar : Objet de fascination et obstacle au développement
Du cinq au vingt janvier 2008, 465 concurrents s’ébranleront de Lisbonne, traverseront cinq pays pour atteindre Dakar. La trentième édition du Dakar passera par Nouakchott, Atar, Tidjikjat, Kiffa et Nouadhibou.
Le Rallye Paris Dakar, où le Dakar tout court, c’est une gigantesque armada de motos, autos, hélicos et camions qui sillonnent l’Afrique, du Maroc au Sénégal en passant par la Mauritanie, le Mali… Ces cortèges de bolides passent tellement vite que les habitants des régions traversées les voient à peine.
La Mauritanie, du fait de son « étendue désertique incommensurable » est au Dakar ce qu’une finale est à la coupe du monde de football, ce que le dernier tour de piste est à une course de 10 000 mètres. C’est dans notre immense Sahara que les hommes du rallye et leurs engins sont le plus mis à rude épreuve. Ces hommes, habitués à l’Europe verdoyante et urbanisée, sont fascinés par l’impression de vide, de néant que leur procure le désert.
Sur ces dunes à perte de vue, dans cet environnement hostile et sec, vivent des hommes et des femmes qui ont leur histoire, leur culture. Le héros pour nous, ce n’est pas celui qui franchira le premier les bordures du lac rose, ligne d’arrivée du Dakar. Notre héros à nous, c’est celui qui, quotidiennement, lutte pour tirer de cet environnement avare quelques gouttes d’eau, de lait de chèvre, quelques dattes pour survivre.
Après vingt neuf éditions, ce que les africains savent du rallye, ce sont des Toubabs qui passent furtivement dans des voitures et des motos colorées en effrayant les chameaux et les chèvres. Il leur arrive même d’écraser quelques piétons. C’est pourquoi, à la question : A quoi sert le rallye ? Les mauritaniens, majoritairement, répondent : A rien.
Comme tous les pays traversés, nous avons droit à un droit de passage. C’est la contrepartie de notre désert offert en spectacle aux millions de téléspectateurs occidentaux.
Le rallye, nous dit-on, donne un véritable coup de fouet au tourisme ; il donne aux téléspectateurs l’envie de venir voir de près ces dunes. Seulement, dans notre pays, ces tas de sable ne sont pas objet de fascination. Les dunes de sable pour nous, c’est la sécheresse, la désertification, le manque d’eau, la malnutrition…
Pour les motards, les dunes sont un espace de jeu. Pour nous, ce sont de redoutables adversaires que nous combattons avec les moyens du bord pour les fixer à défaut de les faire disparaître. Le Sahara, paradis des sports mécaniques, est, pour ceux qui y vivent, un gigantesque obstacle au développement.
Khalilou. Diagana
khaioubi@yahoo.fr
