17-06-2010 15:04 - Le feuilleton des dockers se poursuit…, Les commerçants toujours sourds-muets

Le feuilleton des dockers se poursuit…, Les commerçants toujours sourds-muets

Du 3 au 10 juin dernier, des protestations ouvrières avaient éclaté dans différents endroits du pays. C’était les dockers qui criaient leur colère. Au fait, ils manifestaient contre la «non application» du contrat social qui les lie aux autorités des ports. De même, pour les dockers dans la rue Charii Rizg, «il n’était plus question de continuer à ne percevoir que 500 UM au tonnage mais plutôt 1300 UM».

Le syndicat exige «l'ouverture de négociations entre patronat et dockers». En effet, la Confédération libre des travailleurs mauritaniens (CLTM), qui représente les dockers, avait ficelé une plate forme revendicative, dans laquelle, il exige «l'ouverture de négociations entre patronat et dockers pour, entre autres, rehausser le prix du tonnage à 1300 UM, établir un nouveau contrat social pour plus de protection des dockers, etc.»

En cas de refus des doléances, le secrétaire général de la CLTM, M. Samory Ould Beye, mettait en garde quiconque empêcherait les dockers d’aller en grève et déclarait, alors, à la presse, le 3 juin courant: «La confédération accompagnera les dockers jusqu’au bout. Elle fera face à tout ceux qui cherchent à humilier les dockers.»

Justifiant ce ton, Ould Beye soutenait que «les dockers ont des familles qui dépendent d’eux et qu’ils ne pourront plus, du coup, rester dans ces conditions difficiles qui les exposent à bien des risques.» Samory s’interrogerait, au passage, sur comment les dockers pourraient se contenter de ladite situation alors que d’autres classes ouvrières ont bénéficié d’une augmentation de salaire et de différentes primes.

Ces doléances et gémissements ont-ils eu un effet chez l’autre partie? Difficile à dire quand on sait que la rencontre qui s’en était suivie ne réunissait pas patronat et dockers mais plutôt, les dockers aux forces de l’ordre : «Ils ont dressé contre nous, policiers, gardes et gendarmes qui nous ont réprimés, blessés et arrêtés alors que nous réclamions nos droits», hurlait un docker participant aux émeutes survenues dans la rue Charii Rizg, le 3 juin.

Furieux, ce dernier a déploré «le complot contre les dockers», dont les complices seraient «l’Etat, les commerçants et la presse», laquelle a été accusée d’esquiver de rapporter «le traitement sauvage et raciste que les dockers ont subit». Un traitement qui, dira Ould Mbeyrick, le secrétaire général du syndicat des dockers des villes, «n’étouffera pas nos revendications car, malgré les blessés et les arrêtés, nous continuerons à lutter jusqu’à l’obtention de nos droits».

Un dialogue de sourds persistant

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, jusqu’à samedi dernier c’est le dialogue de sourds entre patronat et dockers. En effet, samedi denier au siège de leur section syndicale à El Mina, les dockers ont déploré le «refus des commerçants» de dialoguer avec eux.

Pour en avoir le cœur net et en savoir davantage, Nouakchott Info s’est approché des quelques commerçants de la rue Charii Rizg. Mais ceux auxquels nous avons demandé leur avis répondaient gentiment: «Nous sommes occupés ; nous maintenons les 500 UM pour le tonnage». Même retour bredouille du siège du patronat, où notre interlocuteur a déclaré: «les concernés sont tous partis à Genève en Suisse et ne vont retourner qu’en fin juin».

Par ailleurs, il est à noter que le syndicat des dockers qui avait créé trois commissions «chargées de diriger la grève» au niveau du Trarza, de la Route de l’Espoir et Nouadhibou s’est réuni samedi dernier au siège de la section. Au cours de la présentation des rapports, le président de la commission de Trarza dira qu’«un commerçant a fait venir des dockers du Sénégal».

Et le secrétaire général du syndicat des dockers des villes, M. Moilid Ould Mbeyrick d’ajouter: «Lorsque nous avons saisi le Wali sur la question, il a répliqué: «Je peux vous répondre dans deux jours, voire deux ans.» Quant au président de la commission de Nouadhibou, M. Amar Ould Emdieyra il accusera le directeur du port autonome de Nouadhibou de «refuser de rencontrer les dockers..»

Mohamed Diop

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Mohamed Mahmoud Ould Amar, le Secrétaire général du syndicat des dockers des ports: «Nous n’accepterons plus ces conditions actuelles que vivent les dockers».


Pour en savoir davantage,
Nouakchott Info a rencontré M. Mohamed Mahmoud Ould Amar, Secrétaire général du syndicat professionnel des dockers des ports qui nous a accordé un bref entretien.

Nouakchott Info : Pourquoi êtes vous partis en grève ?

M.M.A : Nous voulons que le docker soit reconnu et traité en tant qu’être humain. Il doit jouir de tous ces droits, notamment la sécurité sociale, le payement des heures supplémentaires et la prime de vieillissement.

Nouakchott Info : Après ce mot d’ordre, quand est il des revendications ?

M.M.A : Il n’y a aucune avancée significative, sinon de simples déclarations de bonnes intentions du directeur du port de Nouakchott. En ce qui concerne la rue Charii Rizg nous n’avons même pas d’interlocuteur chez les commerçants.

Nouakchott Info : Pourquoi cette absence d'écho?

M.M.A : C’est la faute de l’Etat. Il a favorisé les commerçants au détriment des dockers qui ont subit une répression sauvage. Et je vous rappelle que c’est la première fois qu’on déploie en même temps la police, la garde et la gendarmerie contre des manifestants. Le problème est que nous avons sollicité un dialogue et reçu, en guise de réponse, des gaz lacrymogènes. Pourtant dans les autres pays, il y a des commerçants et des dockers. Mais par civisme, aucun des deux n’entrave l’autre et les dockers ne sont non plus réduits en servitude.

Nouakchott Info : Vous êtes accusés d’être manipulés par des politiques, est-il vrai ?

MMA : Seules les mauvaises langues le disent. En tout cas, nous n’accepterons plus ces conditions actuelles que vivent les dockers, ni le mauvais traitement qu'ils subissent.

Propos recueillis par Mohamed Diop

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