02-09-2010 13:19 - Aqmi : Comment empêcher la destruction de la Mauritanie ?
Pour certains de nos vaillants intellectuels et «soutiens indéfectibles» à qui veut les entendre, cette question n’est pas à poser, pour la simple raison que la Mauritanie ne courrait aucun risque de destruction à court et moyen terme ni à plus long terme.
Pour d’autres, bien d’autres, la question mérite d’être posée : depuis l’apparition du phénomène El Qaida dans notre pays en 2005, des pans entiers de notre économie sont passés dans la trappe sécuritaire : le tourisme, la simple circulation des personnes et, plus important encore, la quiétude des populations et la sérénité des cœurs.
Le bilan est lourd : Plus de 55 militaires sont morts assassinés à différents endroits du pays, des dégâts matériels importants ont été enregistrés et des étrangers ont été spectaculairement tués ou enlevés sur notre territoire.
Depuis les opérations kamikaz à Nouakchott, l’été dernier et présent, peu de consultants européens acceptent de se rendre chez nous. Le sommet de cette inquiétude chez les européens a atteint son paroxysme depuis l’ «opération Germaneau» et la réplique d’Aqmi le 25 du mois dernier.
La réalité est bien là . Aqmi menace de poursuivre ses opérations chez nous et quoi que nous fassions dans l’immédiat, il est à craindre que nos efforts ne puissent garantir que nos frontières soient totalement hermétiques contre un ennemi expérimenté, puissamment soutenu par des appuis logistiques de toutes sortes et qui mise sur la terreur pour soutirer des collaborations locales, idéologiques ou tribales, voire polico-stratégiques suprarégionales.
Mon propos sera d’examiner sans états d’âmes la question posée au travers de deux axes majeurs :
- La Mauritanie est elle seulement une cible collatérale du terrorisme ou bien est elle en réalité la cible principale?
- La Mauritanie peut elle se défendre durablement de la manière présente et comment faire pour protéger notre pays et éviter sa destruction ?
La Mauritanie, hélas, n’est pas une cible « accidentelle » du terrorisme saharien et sahélien. Depuis bien avant 2005, la Mauritanie a essayé de différentes manières de contenir les dangers liés au banditisme et aux trafics en tous genres de l’époque, pratiqués même à l’intérieur de ses frontières, alors que les actions « militaires » se limitaient à l’Algérie et au Mali. Pour différentes raisons, je ne vais pas décrire les méthodes utilisées par la Mauritanie à une certaine époque.
Trois faits ont milité pour une guerre frontale entre les terroristes –trafiquants et la Mauritanie :
- L’Algérie a réussi au bout de 20 ans à protéger plus efficacement ses frontières avec le Mali, le Niger et la Mauritanie. Les trafiquants étaient ainsi obligés à trouver une position de repli plus tranquille ;
- Le Mali, mis en danger par une guerre sans fin et ruineuse avec les Touaregs a finalement opté pour un modus vivendi d’ont il avait fort besoin pour assurer la paix civile chez lui faute d’obtenir une reddition des combattants du désert.
- L’Opération Lemghaiti, qui a précédé de peu la chute du Président Taya, et qui était une action punitive, avait sonné le début des hostilités avec les trafiquants et positionné la Mauritanie dans la ligne de mire du crime organisé qui avait développé des ramifications locales énormes , notamment dans la drogue, le trafic d’armes et de marchandises prohibées, telles les cigarettes et les véhicules. On se souvient, sur ce dernier point, que les réseaux de trafic étaient si bien montés à l’intérieur de nos frontières que des avions, des réseaux humains et matériels, s’activaient en toute impunité dans nos aéroports, dans nos villes et dans nos brousses.
Le démantèlement de ces réseaux en totalité ou en partie a conduit à une radicalisation des oligopoles du crime organisé contre les personnes et les pays dans notre sous-région. En réalité, la Mauritanie, constitue aujourd’hui, la seule façade maritime « jouable » pour constituer un espace vital pour le trafic transnational en tous genres. Un rapide survol sur Google montre que la Mauritanie « donne », d’une part, sur les principaux pays enclavés :le Mali, le Niger, le Burkina, le Tchad, le Soudan, et bien sûr sur le sud algérien et marocain ainsi que le Sahara .
Mieux encore, la Mauritanie, au travers de ces pays, donne également sur la Lybie. Et donc sur la méditerranée. Tous ces pays ont au moins un point commun : ils disposent de peuplements identiques que pour la Mali, l’Algérie et la Mauritanie. Ces pays disposent aussi du même désert, ont les mêmes problèmes d’identité et économiques dans les régions sahariennes « partagées » sur leurs frontières. C’est dire que l’espace vital du trafic est loin de se circonscrire à deux ou trois pays. Par conséquent, les dangers seront d’autant plus grands que la nébuleuse criminelle se sera répandue dans les pays plus « lointains ». Ne perdons pas de vue que le Burkina est devenu partie prenante (négociateur) du conflit transsaharien lié aux trafics et que la Lybie a longtemps constitué le socle de la lutte transfrontalière des hommes du désert trafiquants ou pas.
Kadhafi n’est –il pas l’Imam de tous les pays sahariens ? Au-delà des données géographiques et raciales, la Mauritanie « pose » d’autres problèmes sous-régionaux :
- La bassin de Taoudenni, riche en pétrole et en gaz et le « Ouad Ennar » ( comme l’appellent les anciens qui ne fréquentaient jamais cette zone pendant l’été en raison des maladies graves résultants des radiations), connu depuis les années soixante dix ( consortium SNIM-France-Japon constitué peu avant la guerre du Sahara pour l’exploitation des gisements irradiés) soulève des appétits internationaux mais aussi sous –régionaux. Or tout le monde sait que le pétrole et l’uranium, ne s’accommodent pas facilement de la paix pendant les phases de « qualification » économique et politique des zones visées et que le prélude à la « pacification politique durable » des sites passe nécessairement par la pression sécuritaire.
De là à penser que la Mauritanie paie aujourd’hui pour ce qu’elle donnera demain, il n’y a qu’un pas à franchir et il est vite franchi. Ainsi, on est en droit de se poser la question : comment la Mauritanie va –t- elle trouver l’argent et la logistique nécessaire à sa sécurité « tout de suite » pour trouver la paix demain ? La règle est connue de tous dans les coulisses des multinationales pétrolières et minières et de leurs alliés politiques aux commandes dans les pays puissants. Mais la Mauritanie ne pose pas aujourd’hui que des problèmes d’opportunités liées à son sous-sol riche en pétrole et en minerais de toutes sortes. Le Sahara ne doit pas être occulté dans cette donne. Jusqu’à présent, l’Algérie a été pendant vingt ans tournée vers ses difficultés intérieures.
Depuis la reprise en main des choses par Bouteflika, le raisonnement change. Alors que le Maroc, a réussi ces dernières années une reprise en sa faveur du conflit sous –régional, son grand voisin et ennemi traditionnel, perd de plus en plus la face. Il est à craindre maintenant que la politique des voisins –frères, à nos frontières, ne dérape en notre défaveur en nous transformant en base arrière d’un conflit qui risque de se radicaliser le temps de faire pression sur la communauté internationale pour trouver une voie de sortie « honorable pour tous », sauf pour la Mauritanie.
Cela est d’autant plus vrai qu’historiquement, la Mauritanie a plus que perdu dans ce conflit : son âme, d’abord, en combattant férocement ses propres frères au Sahara Occidental, puis sa souveraineté, car, ne l’oublions pas, « les frontières du Maroc » vont aujourd’hui jusqu’à Cansado à Nouadhibou et même bien au delà …
Pays maghrébins ou pas, pays frères ou pas, la géopolitique n’a pas d’états d’âmes et une déstabilisation de la Mauritanie insupportable aura une conséquence automatique : le Maroc « prendra en charge pour sa propre sécurité » toute la zone jouxtant ses frontières méridionales, tandis que l’Algérie n’hésitera pas à « remonter » au-delà du 22ème parallèle dans sa ligne directrice longitudinale pour les mêmes raisons. Ce faisant, tout en contribuant à limiter l’insécurité dans « leurs zones d’attraction », elles peuvent aussi régler d’autres problèmes géostratégiques liés à leur lutte fratricide pour contrôler et la façade maritime objet de leur convoitise et les visées récurrentes en termes de géopolitique économique.
Tout cela est pour signaler que les appétits régionaux ne sont peut être pas étrangers à ce qui se passe chez car le hasard n’existe pas en politique internationale. Pour des raisons de sensibilité, je n’évoque pas toutes variables internes liées au contexte mauritanien propre (ethnique, tribal, régional). Et qui peut faciliter des dérapages dans un sens ou un autre par rapport à la lutte contre l’insécurité, aujourd’hui maquillée en insécurité islamique pour meubler la galerie. Dans ces conditions, je conclue à ce niveau, que la Mauritanie n’est pas qu’une simple cible collatérale du conflit Aqmi mais bel et bien la cible de cette nébuleuse pour les raisons développées plus haut : elle recèle des richesses considérables, elle est fragile, elle dispose d’une façade maritime immense, elle n’a pas les moyens de se protéger et elle offre des « opportunités » en terme de déstabilisation.
Comment dans ces conditions penser puis mettre en route une politique sécuritaire dans ce contexte ? A priori, une solution exclusivement militaire est d’emblée vouée à l’échec. Pour protéger nos 1800 KM de frontières avec le Mali, en comptant seulement 1million UM et par an et par KM, cela donne 1, 8 Milliard ! Or nous avons besoin de 30 Millions UM par KM linéaire ! Au moins ! Calculez vous-mêmes le chiffre nécessaire. Cet argent est nécessaire pour la logistique ; véhicules, armes, munitions transmissions, coûts humains, etc…. Une option militaire ruinera les ressources du pays sans pour autant obtenir la sécurité nationale.
Ne perdons pas de vue que le plus puissant pays militaire du monde a été mis en déroute pas la guérilla et non par une armée régulière. C’est que le coût psychologique de la guerre, lié au coût humain est devenu si insupportable pour le USA qu’ils ont dû trouver une porte de sortie pour arrêter l’hémorragie humaine, sans compter le coût économique qui a dépassé dix fois celui de la guerre du Vietnam pour des résultats nul, si ce n’est d’avoir « chassé » Saddam Hussein. L’orientation d’une bonne décision n’est pas à commenter pour des raisons évidentes dans ces lignes. Mais j’en évoquerai les principes :
- D’abord, pas de guerre avec les trafiquants ;
- Ensuite, pas d’immixtion dans les conflits sous –régionaux, donc neutralité totale ;surtout par rapport au sahara ;
- Gel des recherches minières dans les zones sensibles politiquement, notamment vers le 22ème parallèle Nord-Ouest et Nord-est.
- Signer avec l’Algérie des accords privilégiés dans le domaine du Gaz et du pétrole et l’indemniser pour ses pertes sur les investissements passés réalisés en Mauritanie ( pour rappel, l’Algérie a gelé ses investissements dans ce domaine).
- Aider le Mali pour ses approvisionnements sensibles et activer le commerce avec la partie touarègue, notamment ;
- Ouvrir la Mauritanie au commerce libre ouest africain, comme jusqu’en l’an 2000 (mois de juin) ;
- Accorder au Sénégal des privilèges dans le domaine de la pêche et du Commerce frontalier ;
- Négocier avec les chefs tribaux maliens, nigériens et sud algériens, comme cela s’est fait à une certaine époque ;
- Activer le commerce dans la partie orientale mauritanienne comme il ya plus de sept ans ;
- Libéraliser le commerce de devises et baisser les tarifs douaniers pour les principaux produits utilisés dans les pays enclavés et qui « dépendent » de nous ;
- Arrêter la politique contre les islamistes et laisser les tribus gérer leurs spécificités religieuses et sociales. L’état n’a aucun moyen de s’opposer aux ramifications de ce type ;
- Interdire et criminaliser l’esclavage sous toutes es formes et constituer un fonds économique de 30 Milliards UM sur 5 ans pour ces franges de nos populations ;
- Constituer un gouvernement d’union nationale pendant les 4 prochaines années, basé sur les accords de Dakar. En effet une démocratie pure n’est pas viable dans notre contexte actuel et nous devons nous considérer en situation de guerre. Ce sont là donc quelques idées éparses mais elles ont le mérite d’apporter des propositions concrètes.
