08-09-2010 07:43 - La Crise politique mauritanienne, ou l'impossible solution
Un émissaire de l’ONU, monsieur Said Djinnit, vient de séjourner dans notre pays avec la très exaltante et très officielle mission de trouver une solution a la crise politique mauritanienne.
Avant cet émissaire, des tentatives non moins officielles et tout autant solennelles, ont été entreprises dans ce sens et beaucoup d’autres, plus discrètes celles-là , ont été menées dans les coulisses des labyrinthes de la diplomatie internationale sans que les résultats, forcément infructueux, sur lesquels elles ont débouchées ne soient portés a la connaissance de l’opinion publique.
Il est aussi évident que par le fait des traditions de la recherche permanente d’une détente en vue d’éliminer les causes des foyers de tension a travers le monde, d’autres émissaires viendront, développeront leurs thèses et feront, au terme de feuilles de routes aussi imprécises qu’irréalistes, des promesses aux uns et aux autres avant de rentrer chez eux convaincus d’avoir fait leur boulot mais, comme stipulé par leurs contrats de travail, sans aucune garantie de résultats
Et comme un monolithe, défiant par son envergure le temps et l’érosion et réglant par son volume et au rythme de sa passivité les mouvements qui l’entourent, la crise mauritanienne demeurera dressée au centre de nos préoccupations et de celles de l’ONU sans qu’une solution ne vienne compromettre ses prétentions a l’éternité.
Mais comme l’a dit Mao Tse Toung dans sa réflexion sur la solution de la problématique des contradictions internes (De la juste solution des contradictions au sein du peuple) la crise mauritanienne, comme d’ailleurs toute crise aux causes et origines délocalisées, ne peut trouver de solution durable qu’en faisant participer a sa recherche, directement ou par partis-écrans interposées, les belligérants réels et souvent insoupçonnés
En guise d’illustrations vivantes et toute proportion gardée, il suffit de savoir par exemple que pour trouver une solution durable, peu importe qu’elle soit juste ou pas, au problème du Sahara Occidental il ne faut pas compter sur les résolutions de l’ONU et du Tribunal de la Haye, mais plutôt commencer par concilier sur la question les points de vue de l’Algérie et du Maroc, sans quoi la communauté internationale impuissante sera contrainte a se résigner ou a faire la même chose qu’au Koweït avec les conséquences qu’on peut facilement imaginer.
Le premier cas échéant, cette démarche passe obligatoirement par la satisfaction des exigences géostratégiques, économiques ou politiques qui servaient de mobiles inavoués à l’implication de chacune des parties dans le conflit. Et encore, faudrait-il nécessairement trouver une sortie honorable permettant aux deux régimes de sauver les apparences devant leurs peuples respectifs et de donner l’impression qu’ils n’ont pas entretenu un conflit sanglant pendant quarante ans pour des balivernes.
Quant aux principaux concernés, les Sahraouis eux-mêmes, ils peuvent toujours attendre car leur sort ne compte pas, ou plutôt si, mais en deuxième position, c'est-à -dire juste après que les deux acteurs principaux se seraient tirés d’affaire à bon compte.
La même chose est valable pour la Somalie dont la crise n’est que l’aboutissement en terre étrangère d’un conflit multilatéral civilisationnel, politique et religieux mettant en prise l’Occident et la Qaida par Ethiopie, Erythrée, Ouganda et Kenya interposés.
Toute solution a cette crise passe, elle aussi, par la mise autours d’une même table de négociation de toutes ces parties et par la satisfaction totale ou suffisamment partielle des mobiles inconciliables qui se profilent derrière l’implication dans le conflit de chacune d’entre elle. L’impossibilité de la solution de la crise Somalienne viendrait donc de cet impératif mais aussi et surtout de la difficulté de faire représenter la Qaida à un niveau qui soit assez crédible pour engager la nébuleuse terroriste.
C’est aussi dans cette même grille de raisonnement qu’il convient de comprendre les crises Libanaise et Palestinienne qui ne sont que la manifestation d’une haine qui ne dit pas son nom et d’un conflit opposant le nationalisme arabe, l’islam, la judéo-chrétienneté et plus récemment, le Chiisme et la renaissance des Ottomans.
Et toujours dans la même logique, la solution au conflit du Moyen Orient n’est concevable que par un accord tenant compte des intérêts aux antipodes les uns des autres de l’Occident, d’Israël, de la Türkiye, de l’Iran, de l’Egypte, de la Russie et enfin des Palestiniens et des Libanais eux- mêmes qui, contrairement aux Sahraouis et Somaliens, sont arrivés a se faire entendre, mais seulement a se faire entendre pas plus.
La crise politique mauritanienne pour sa part et pour obéir a la même règle, ne peut échapper a cet entendement mais en plus compliqué car il faudra étendre le « partenariat » de la recherche de solution a autant de partenaires qu’il y’a de manipulateurs des causes qui servent de projets de sociétés a la plupart de nos partis politiques.
Il faudra donc commencer par impliquer, la France, les Etats Unis, la Chine, le Maroc et, bien entendu, l’Algérie. Puis en deuxième position ce sera au tour de l’Arabie Saoudite, de la Libye, du Qatar, du Koweït et de l’Iran d’être impliquer.
Vient ensuite un chapelet d’Etats et organisations qui commence par le Sénégal et le Mali, en passant par le Burkina Faso, le Soudan, le Baathisme international, le Nassérisme, la Tijanya, la Kadiriya, l’AQMI et jusqu’aux confins du Swaziland, tellement notre scène politique est nucléarisée entre des forces d’arrière plan dont les intérêts en Mauritanie sont d’autant plus difficilement explicables qu’ils sont pour le moins incompréhensibles.
Monsieur Said Djinnit doit donc changer d’approche et se persuader que la plupart des acteurs politiques qu’il rencontre ne sont concernées par la crise que dans sa dimension subversive. En d’autres termes, ils sont chargées d’allumer le feu, mais pas de l’éteindre. Les idéologues et seigneurs de guerre don ils sont les dignes représentants dans le pays se réservent l’exclusivité du rôle des pompiers leur laissant toutefois celui, peu prestigieux, de pompes funèbres et de crocs morts.
De même que notre Ministre des Affaires Etrangères doit, elle aussi, changer de méthodes et comprendre, une fois pour toute, que pour résoudre un problème, il faut nécessairement en connaitre les énoncées. Ce n’est donc pas dans les allées feutrées des hôtels Dakarois ou dans les palais de la république a Paris, à Vienne ou a Tripoli qu’il faut chercher la solution d’une crise conçue en laboratoire dans les zones les plus perturbées et les plus dangereuses du monde.
A cet égard, le meilleur des Ministres des Affaires Etrangères c’est celui qui, pour avoir compris que les crises politiques et les conflits armés du vingt unième siècles ne peuvent avoir de solutions durables pour cause de délocalisation, s’emploie a tirer parti de celles ou ceux auxquels est mêlé son pays.
L’exemple de la position Syrienne sur le conflit du moyen orient est l’illustration la plus éloquente mais aussi la plus frappante de cette réalité, encore non perceptible en raison de l’attachement congénital de l’humanité a la paix et a la concorde.
De là a conseiller au président de la république monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz de s’employer a réaliser ses engagements électoraux loin de ce tintamarre des accords de Dakar, qui ne peuvent être plus sacrés que ceux d’Oslo ou de Madrid sur une question plus sensible et plus suivie, il n y’a qu’un pas que je n’hésiterais pas a franchir aussi allégrement que s’il s’agissait d’un abonnement a la Somelec ou au Port de Nouakchott. (Les journalistes savent de quoi je parle)
M.S.Beheite
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