15-09-2010 11:55 - Il ya 11 ans : Décès de Hamdi Ould Mouknass, ancien ministre des Affaires étrangères mauritanien.
Le 15 septembre 1999, 15 septembre 2010 jour pour jour, notre pays perd l’un de ses fils qui a su marquer de son empreinte la mémoire collective de notre nation la Mauritanie. Une journée symbolique de commémoration et de prières pour l’âme de feu Hamdi Ould Mouknass, père fondateur de la diplomatie mauritanienne.
A l’occasion nous publions l’hommage rendu par son fidele ami, le grande journaliste tunisien Abdel Aziz Dahmani.
Adieu l'ami.
On peut disserter longtemps sur les qualités humaines de Hamdi : la discrétion, la pudeur, l'exquise courtoisie, la tolérance, l'amitié fidèle, la dignité, la noblesse physique et mentale Mais l'homme politique, le négociateur, sait être tenace, ferme s'il sent ses droits, ceux de son pays, du monde arabe ou de l'Afrique bafoués.
Il a été le grand ministre des Affaires étrangères (1968-1978) de l'âge d'or de la Mauritanie et de Mokhtar Ould Daddah. Mais la guerre du Sahara imposée par l'Algérie via le Polisario a eu raison du "maillon faible" de ce conflit.
Hamdi Ould Mouknass nous a quitté, sans avertir, le 15 septembre, à Nouakchott, à l'âge de 63 ans. Ce jour-là , je me suis senti comme orphelin, alors que la radio venait d'annoncer que notre terre est dorénavant peuplée de six milliards de personnes. Il y a des jours comme ça!
Cette perte s'ajoute à celle qu'a connue le Maroc et le monde, le 23 juillet avec le décès du Roi Hassan II. Là aussi la terre a vacillé sous nos pieds Hamdi Ould Mouknass est allé à ses funérailles et malgré le petit réconfort d'y avoir rencontré tant d'amis parmi les grands de la terre, ce décès l'a profondément marqué. Il m'a téléphoné pour me faire part de sa grande peine.
Mais Hamdi est un optimiste en ajoutant. "Abdelaziz tu verras, Mohammed VI fera aussi un grand Roi. Il a de qui tenir".
Pudeur.
On peut disserter longtemps sur les qualités humaines de Hamdi : la discrétion, la pudeur, l'exquise courtoisie, la tolérance, l'amitié fidèle, la dignité, la noblesse physique et mentale Mais l'homme politique, le négociateur, sait être tenace, ferme s'il sent ses droits, ceux de son pays, du monde arabe ou de l'Afrique bafoués. Il a été le grand ministre des Affaires étrangères (1968 ¬ 78) de l'âge d'or de la Mauritanie et de Mokhtar Ould Daddah. Mais la guerre du Sahara imposée par l'Algérie via le Polisario a eu raison du "maillon faible" de ce conflit.
Le coup d'État du 10 juillet 1978 contre le régime de Ould Daddah le surprend alors qu'il se trouvait au sommet de l'OUA à Khartoum. Il décide de rentrer immédiatement à Nouakchott pour partager le sort de son Président et ministres, arrêtés par les soldats de la junte militaire. Il est cueilli au bas de l'avion, mais avant de rejoindre la caserne où sont parqués ses collègues, il remet aux nouvelles autorités un chèque de 10 millions de dollars que lui avait remis quelques jours auparavant Cheikh Zeid des Émirats pour aider à la reconstruction d'un pays en guerre imposée.
Libéré en 1979, puis en 1980 après une vive campagne de ses amis, apprenant qu'il était gravement malade, Hamdi a connu depuis sept ou huit arrestations, plus au moins longues. L'une d'elles en 1993 pour avoir favorisé une visite privée au Maroc de Mokhtar Ould Daddah.
Rayonnement.
Mais ces dernières années, il y a quelques divergences de vue entre les deux hommes qui s'estiment beaucoup et se sont souvent rencontrés à Nice. Le différend portait sur la légitimité du pouvoir en place et Hamdi après avoir créé son propre parti, l'UDP (l'Union pour la Démocratie et le Progrès) en juin 1993, a rejoint en 1997 la majorité présidentielle de Maouyia Ould Sidi Ahmed Taya.
Il avait l'espoir de faire bouger le système de l'intérieur au niveau de la démocratisation, moralisation et pour une meilleure entente entre les composantes ethniques du pays. À l'extérieur, les portes de nombreux chefs d'État lui sont restés constamment ouvertes et de tous temps, au pouvoir ou dans l'opposition, il est resté le réconciliateur, le médiateur, pour atténuer conflits et litiges.
Entre autre cause, Hamdi, s'est beaucoup usé pour atténuer les souffrances des Irakiens et des Libyens suite aux inhumains embargos imposés par les puissances occidentales. Hamdi est surtout un homme de cœur et l'ami des grands, souffrant beaucoup pour les petites gens, simples et sans défense.
L'un des premiers hommes qui a été touché par la grâce et le rayonnement de Hamdi, a été certainement Michel Pinder. Directeur d'un lycée (Michelet) de Nice, là où Hamdi s'est inscrit en 1956 pour préparer le bac. 23 ans plus tard en 1979, Pinder s'est mobilisé et a mis "tout" en jeu pour sauver son ancien élève dont la vie était en jeu au fin fond du désert mauritanien du côté du Bounded.
Pinder a appris que Hamdi est atteint d'un double foyer du cancer au nez et au pied et il mobilise tous les amis de Hamdi pour l'arracher à l'oubli et peut être à la mort. Sauvetage réussi grâce à une belle chaîne de l'amitié. Mais Hamdi était pauvre et l'Hôpital Américain qui l'a soigné coûtait cher. Pinder était là Ce directeur d'école m'a un jour expliqué:
"c'est Hamdi Ould Mouknass qui m'a fait découvrir la grande noblesse de l'âme, les qualités humaines du monde arabe et musulman. Cet élève qui n'élève jamais la voix a subjugué l'ensemble de mon école, professeurs et camarades de classe à une époque où d'autres jeunes sont appelés pour aller se battre en Algérie" Hamdi durant une vie exemplaire a toujours concilié l'humilité avec l'intelligence et le respect de soi avec le bien d'autrui.
Adieu l'ami.
MHI numéro 387
