02-10-2010 10:09 - Lutte anti tabac?
La prochaine rencontre des Parties à la Convention-Cadre pour la
Lutte Anti-Tabac en novembre prochaine pourrait avoir de graves
conséquences pour les paysans africains producteurs de tabac. Les États du
Marché commun d’Afrique de l’Est et Australe (COMESA) ainsi que les
associations d’agriculteurs se mobilisent depuis plusieurs semaines pour
faire entendre la voix des sans-voix en Uruguay.
Le traité, ratifié par 171 nations dont la Mauritanie, vise à réduire
l’impact des maladies causées par le tabagisme. Il est entré en vigueur en
février 2005 et, depuis, les États se réunissent régulièrement pour
discuter des moyens les plus efficaces pour sa mise en œuvre pratique :
de
nouvelles propositions sont formulées sur des points précis à chaque
rencontre, et les Parties sont par la suite fortement incitées Ã
transcrire ces recommandations dans leurs législations respectives.
Cette proposition doit encore être soumise à l’examen et au vote des pays membres lors de la 4e conférence qui se tiendra en novembre en Uruguay. Les cigarettes sans ingrédients existent déjà et représentent près de la moitié du marché mondial – sans que l’on constate des effets moins nocifs du tabagisme dans les pays où elles sont présentes.
L’OMS elle-même affirme que la présence ou absence d’additifs ne change pas le niveau de dangerosité, les ingrédients étant utilisés pour conserver au tabac sa fraîcheur et son arôme originel : on peut se demander alors pourquoi la proposition ne reprend pas les lois américaine, française ou australienne qui n’interdissent que les saveurs de fruits ou de bonbon qui pourraient, elles, attirer les jeunes.
Le Canada (où 99% des cigarettes sont déjà sans ingrédients) a déposé l’an dernier une loi interdisant l’usage d’additifs… et se retrouve désormais critiqué par une quinzaine de pays devant l’Organisation mondiale du Commerce pour entrave – car il ne peut prouver que sa démarche aura des résultats positifs en termes de santé qui justifieraient qu’on empêche ces pays de produire et exporter des variétés Burley ou Oriental.
Si les cigarettes avec additifs sont interdites mais pas les autres, on aussi peut douter du fait que les fumeurs arrêteront du jour au lendemain : ils pourront toujours se reporter sur les marques restantes ou, pire, aller se fournir chez les contrebandiers.
Les recettes secrètes qui permettent à chaque marque d’avoir son goût caractéristique ayant disparu, elles seront par ailleurs d’autant plus faciles à contrefaire, et la différence entre produit légitime et contrefaçon deviendra de plus en plus difficile à détecter.
Deux ans après avoir mis en place des recommandations pour réduire la contrebande lors de la 3e conférence des Parties en 2008, on propose donc des mesures excessives qui contredisent les efforts déjà réalisés !
Le Bureau international du Travail, l’Organisation du Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) et plusieurs pays signataires ont d’ores et déjà indiqué leur opposition à des propositions qui en l’état soulèvent plus de problèmes qu’elles n’en résoudront.
Espérons que les représentants du pays sauront eux aussi défendre une position raisonnable et équilibrée, basée sur des expériences réussies pour protéger les jeunes sans laisser le champ libre aux contrefacteurs."
