13-10-2010 18:06 - Sénégal : La 'wadarchie' en marche triomphale.
En octroyant le portefeuille de l’Energie à son fils qui cumulait déjà d’autres charges ministérielles, Wade est plus que jamais déterminé à pousser son rejeton jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Un forcing d’un projet monarchique qui monte en toute vitesse en dépit des dénonciations de la classe politique, de l’indignation de la société civile et du ras-le-bol des citoyens sénégalais, qui souffrent d’inondations, de délestages et autres inflations des denrées de première nécessité etc.
Face à une telle situation, l’on se demande si le rôle de l’Union africaine, de la CEDEAO de l’ONU et du reste de la communauté internationale serait de croiser les bras laissant le Président Wade faire chavirer la démocratie sénégalaise dans son océan monarchique ?
La communauté internationale attend-elle cette goutte d’eau fatale qui fera déborder le vase et plongera le pays dans la confusion ? Ne sera-t-il pas trop tard à ce moment ?
La «Wadarchie» a commencé depuis la cooptation de son fils, un ex de la city londonienne, un brin gentleman, méconnu jusqu’en 2000 par les Sénégalais, et, qui en l’espace de peu d’années et avec la baguette trop magique de son président de père s’est métamorphosé en Pic de la Mirandole des temps modernes : diplomate, expert aérien, génie terrestre, ingénieur en travaux publics, spécialiste en hydrocarbures.
Aux dernières nouvelles, ce prince héritier serait le messie qui vient libérer les populations sénégalaises de leur calvaire ! La presse sénégalaise aurait vu juste en qualifiant l’homme de «Mën lepp» l’omnipotent. Ajoutons à cela l’infaillibilité de ce prince. L’on se souvient de l’appréciation du père président visitant les chantiers de l’ANOCI dirigés par le dauphin: «Je dirais à ta maman que vous avez bien travaillé». Le père tressant des lauriers au fils au moment où les gens réclamaient un audit de ces dits chantiers!
Wade-père et Wade-fils plus que jamais déterminés à mener leur projet
La sirène de la monarchie a donc retenti et le train de la dynastie Wadienne se dirige maintenant vers le sommet de l’Etat. A son bord il y a Wade-père le conducteur et Wade-fils le seul passager. D’ailleurs pour des besoins de balisage le fils mène une croisade contre des ministres, l’ex président de l’assemblée nationale et le numéro 2 du «parti de Papa».
Toutes ces victimes ont été «décapitées» et il reste encore d’autres têtes à abattre. Certains n’hésitent pas à parler de l’actuel premier ministre sénégalais Souleymane Ndéné Ndiaye comme prochaine bête à immoler à l’autel des turpitudes wadiennes.
Aujourd’hui Wade-père et Wade-fils sont plus que jamais déterminés à mener jusqu’au bout de l’invraisemblance leur projet méphistophélique même si cela nécessite de ruiner les acquis démocratiques et de bafouer la constitution.
Et pour soutenir le bien fondé du projet monarchique, le leader du Sopi avance cyniquement: «Je veux compléter les chantiers que j’ai débutés». Bizarre ! On dirait que l’Etat n’est pas une continuité. Mais quel prétexte fallacieux qui d’ailleurs n’est que le énième mensonge que nos chefs d’Etat pour ne pas dire nos chefs de bandes avancent. Triste manière de pérenniser la démocratie et la stabilité !
Sinon qui aurait plus de chantiers à achever que le président Brésilien, Lula ? Celui-ci n’avait besoin que 8 années pour hisser son pays au rang de la huitième puissance mondiale. Et malgré sa popularité intacte et ses gros chantiers Lula n’a pas tripatouillé la constitution pour se maintenir au pouvoir.
Wade lui il viole la constitution (en espérant lui faire un vilain enfant) et trahit ses propres engagements envers le peuple sénégalais.
La preuve en est qu’en premier lieu la constitution en son article 27 ne lui accorde que deux mandats renouvelables une seule fois, mais Wade en veut trois. Et en deuxième lieu, il déclarait après les présidentielles de 2007 : «Je ne me présente pas en 2012, parce que la constitution ne me le permet pas» pour déclarer ensuite sa candidature 2 ans avant les échéances de 2012.
Délinquance en costume cravate.
Aujourd’hui la stratégie de Wade est mise à nu ; elle consistait à briguer un troisième mandat au mépris de la constitution. Mais la véritable lame de fond de cette délinquance en costume cravate c’est l’adoubement de son fils Karim le Magnifique. Mais en attendant le christ sauveur, saint Jean Baptiste se doit de bénir les eaux troubles du Sunugal. En attendant Godot il faudra que le fils mûrisse et accumule davantage de l’expérience dans les sphères régaliennes avant que papa ne le propulse au plus haut sommet et de l’entourer d’hypocrites et d’opportunistes tout en s’érigeant en bouclier et en garde-fou.
Face à ces prétentions wadarchiques, le Sénégal qui n’a jamais connu de coup d’Etat malgré la prolifération de celui-ci dans les pays limitrophes, commence à avoir des nausées développant ainsi des symptômes d’instabilité. L’on s’interroge d’ailleurs si Stephen Smith, ancien journaliste de RFI, n’avait pas raison quand il prédisait, dans son livre Négrologie (Calmann-Lévy 2003), le chaos au Sénégal?
Mohamed Diop
