15-10-2010 10:44 - La Mauritanie se prépare à fêter son indépendance
Nouakchott embellit ses rues et les Mauritaniens enregistrent leurs souvenirs sur des films. Les célébrations du 50ème anniversaire de l'indépendance battent leur plein.
La capitale mauritanienne ressemble à un chantier. Des rues des faubourgs aux grandes avenues Gamal Abdel Nacer, John Kennedy et Charles De Gaulle, Nouakchott tente de terminer un embellissement majeur avant le 28 novembre, pour la 50ème anniversaire du jour où le pays est devenu une nation indépendante.
"Chaque anniversaire de l'indépendance rappelle quelques mémoires magnifiques", a déclaré Mohamed Ould Ahmed, professeur de primaire à la retraite. "Aujourd'hui, quand je regarde les travaux dans les avenues et sur les trottoirs, et l'installation de l'éclairage des rues, je me rappelle quand Nouakchott n'avait qu'une seule rue pavée", a-t-il expliqué à Magharebia. "Tout cela est magnifique, je suis heureux d'avoir pu vivre pour voir pousser cette ville."
Ould Ahmed et d'autres Mauritaniens qui vivaient à l'époque coloniale et ont vu la naissance d'un pays indépendant sont des personnages importants de ces festivités.
Un comité national composé de représentants de la politique, de la culture, des médias et des syndicats, présidé par le ministre du Logement et des Affaires sociales Sy Adama, organise ce rassemblement national. Des comités locaux et régionaux participent à cet anniversaire en menant des enquêtes, en réalisant des documentaires et en interrogeant les habitants sur leurs souvenirs.
Lors d'une conférence de presse organisée mercredi 6 octobre, Adama a invité tous les Mauritaniens à "partager leurs souvenirs d'un moment inoubliable, pour reconquérir leur histoire, faire revivre l'intensité des évènements fondateurs de leur nation, et démontrer leur gratitude envers les martyrs qui se sont sacrifiés pour l'émergence d'une Mauritanie libre".
Pendant ce temps, les constructions se font sans arrêt pour tenir les délais. Les ouvriers n'arrêtent pas et l'on assiste à un va-et-vient incessant de camions et d'engins de chantier.
"Ces travaux ont perturbé la circulation, notamment parce qu'ils se font dans le centre ville, où se trouvent le grand marché, les bureaux des administrations, les banques, les hôtels et les principales sociétés de service. Les embouteillages sont énormes, et nous devons faire de grands détours, ce qui nous oblige à accélérer le rythme. Cela ne plaît pas toujours à tout le monde", a expliqué Ahmed Ould Sale, chauffeur de taxi à Nouakchott.
Malgré ces inconvénients, de nombreux habitants de la capitale estiment que ce renouveau urbain était attendu depuis longtemps.
"Mis à part l'aspect festif de l'évènement, il faut reconnaître que la ville de Nouakchott avait besoin de quartiers dignes de ce nom, et les avenues étaient trop étroites", a expliqué Daha Ould Cheikh, journaliste, à Magharebia.
"Les autorités ont déjà interdit les animaux qui vagabondaient sur ces avenues", ajoute-t-il.
En 2010, alors que la Mauritanie et seize autres pays africains marquent les 50 ans de l'indépendance conquise sur la France, les célébrations ravivent également le débat sur la langue. L'arabe est la langue officielle en Mauritanie, mais de nombreux citoyens parlent le français.
"Il y a des gens qui veulent tirer un avantage politique de tout ce qui exclut la France", explique Sow Abdoulaye. "Mais nous, Mauritaniens du sud, nous n'avons étudié qu'en français. Il est naturel que nous ayons un lien culturel avec cette langue. Mais il n'y a aucune raison d'en faire toute une histoire, parce que chaque langue, quelle qu'elle soit, enrichit une société", affirme-t-il.
"La France a vraiment contribué à cet évènement dans 17 de ses anciennes colonies", a expliqué Ahmed Salem Ould Habiboulla, professeur de français. "Le français est largement parlé au Maghreb ; cela n'a jamais été un problème."
"Mais ce 50ème anniversaire est avant tout une fête mauritanienne", ajoute-t-il.
Par Hamdi Ould Cheikh à Nouakchott
