25-11-2010 00:02 - L'évolution politique de la Mauritanie de 1900 à nos jours
La conquête et l’occupation de la Mauritanie furent parmi les plus tardives et les plus difficiles d’Afrique. Commencées vers 1902, elles ne sont considérées comme achevées qu’aux environs de 1934.
Les luttes pour l’indépendance, engagées contre la domination coloniale s’inscrivent dans le cadre du mouvement de décolonisation général consécutif à la seconde guerre mondiale et au réveil des peuples colonisés. La période post indépendance sera marquée par une succession de régimes civils et militaires.
I. La conquête et l'occupation française : (1900-1920)
La conquête du pays fut préconisée par Xavier Coppolani qui, en 1898 fut chargée par le général De Trintinian “d’une mission au Soudan et au Sahel méridional”. A son retour, il préconisa la jonction entre les possessions françaises d’Afrique noire et celles du Maghreb et insista sur l’utilité qu’il y avait à établir une “ Mauritanie occidentale” groupant toutes les tribus maures sous une même direction.
Dés le 27 décembre 1899, un projet de constitution d’une “Mauritanie occidentale” était élaboré et envoyé au gouvernement général de l’A.O.F. Cinq ans plus tard, le 18 octobre 1904, la Mauritanie fut officiellement promue territoire civil, avec à sa tête, comme commissaire général du gouvernement Xavier Coppolani.
Entamée aux environs de 1902 par Copolani, la première phase de la pénétration française fut pacifique : elle aboutit à la signature de traités avec les émirs du Trarza et du Brakna avec l’appui des marabouts groupés autour de Cheikh Sidiya. Elle sera cependant arrêtée au Tagant par l’assassinat de son promoteur à Tidjikja, le 12 mai 1905 par Sidi Sghaïr O/ Moulaye Zeïn.
En 1908, une colonne envoyée sous le commandement du Colonel Gouraud conquiert l’Adrar. La pénétration française sera marquée par une résistance farouche animée par les émirs Ahmed Saloum (du Trarza), Ould Aïda (de l Adrar), Bakkar O/ Soueïd Ahmed (du Tagant) mais aussi par le marabout cheikh Ma El Aïnine.
Au sud du pays, la résistance fut animée par Abdoul Bocar Kane au Fouta Tooro et Fodiyé Diaguily (au Guidimakha).
Les « opérations de police » contre les résistants se poursuivirent pendant longtemps contre les irréductibles razzieurs, pour la majorité, grands nomades du nord, R’gueibat et Oulad Dlim.
Devenue colonie en 1920, la Mauritanie, ainsi appelée depuis la conquête française de l’intérieur du pays, est rattachée à l’Afrique Occidentale Française (AOF) et administrée depuis Saint-Louis du Sénégal, conjointement avec le Sénégal (colonie de Mauritanie-Sénégal).
II. L’EVEIL DE LA MAURITANIE A LA VIE POLITIQUE MODERNE : (1946-1960)
La constitution d’octobre 1946 offre à la Mauritanie qui était jusque-là associée au Sénégal lors des consultations électorales), le droit de désigner elle-même sa propre représentation parlementaire. Les élections législatives de 1946 permettent au territoire de faire son entrée dans la vie politique moderne. En effet, le 10 novembre 1946, Horma Ould Babana, interprète issu de la tribu des Idawali de Méderdra est élu député avec 6076 voix sur 9611 suffrages exprimés grâce au soutien de la SFIO et de ses députés locaux Lamine Guèye et Senghor. Son rival, le français Yvon Razac, soutenu pourtant par l’administration, a dû s’incliner face au verdict des urnes.
Dès 1947, l’opposition à Horma O/ Babana se structure autour de la chefferie traditionnelle conservatrice, des jeunes modérés et de l’administration. Le 16 février 1948, lors d’un congrès constitutif tenu à Rosso, “l’Union Progressiste Mauritanienne” (U.P.M.) voit le jour. Dirigée par Sidi El Moctar N’Diaye, cette formation politique rassemble les vieux conservateurs et certains jeunes parmi lesquels on retrouve Moctar O/ Dadah.
L’U.P.M. s’apparente dès 1948 au R.P.F. (Rassemblement du Peuple Français) fondé en avril 1947 par le général de Gaulle. Ce dernier devenait membre d’honneur du l’U.P.M. et nommait Abdallah O/ Cheikh Sidiya (chef spirituel des Wulad Biri) président d’honneur du R.P.F. Conscient de l’ampleur du mouvement qui se dresse contre lui et de la proximité des élections législatives, Horma réagit en créant son propre parti : “l’Entente Mauritanienne”.
Les élections du 17 juin 1951 constituent un grand bouleversement du paysage politique mauritanien. Le candidat de l’opposition Sidi El Moctar N’Diaye qui bénéficie du soutien de l’administration l’emporte sur Horma O/ Babana qui avait perdu l’appui de ses amis politiques de la S.F.I.O. Il recueille 29 323 voix contre 23 649 pour le leader de “l’Entente Mauritanienne”. L’U.P.M. dominera la vie politique du pays jusqu’en 1956 date à laquelle elle fut secouée par une crise profonde. Certains jeunes proches du courant de la renaissance arabe qui reprochent à l’U.P.M. son manque de politisation et sa collusion avec l’administration coloniale, forment “l’Association de la Jeunesse Mauritanienne” (A.J.M.) dont le congrès constitutif se tient en juillet 1956.
Une large coalition formée aux élections législatives de 1956, aboutit à une 2e défaite de Horma qui ne recueille que 17 317 voix contre son rival 106 603 à Sidi El Moctar Ndiaye. Sans doute aigri par ses échecs électoraux, Horma rejoint le Maroc où il soutient la thèse du “Grand Maroc” prônée par le Parti de l’Istiqlal (proche du pouvoir royal) qui repoussait les frontières du Royaume chérifien jusqu’au fleuve Sénégal englobant ainsi la Mauritanie.
C’est dans ce contexte trouble que Mokhtar Ould Daddah, jeune avocat au barreau de Dakar et conseiller territorial de l’Adrar sous administration coloniale, devient vice-président du Conseil de gouvernement en 1957 après avoir pris la tête de l’UPM. La 1ère pierre de la future capitale, Nouakchott, est posée le 5 mars de la même année.
Président du Conseil l’année suivante, l’autonomie adoptée par référendum en novembre 1958 fait de lui le premier ministre de la République islamique de Mauritanie avec la bénédiction et le soutien de la France. L’indépendance est proclamée le 28 novembre 1960 malgré l’opposition du Maroc soutenu par la Ligue Arabe. Ould Daddah est ensuite élu président de la République par l’Assemblée en 1961.
III. LA MAURITANIE POST-COLONIALE : UNE ALTERNANCE DE REGIMES CIVILS ET MILITAIRES :
Mokhtar Ould Daddah surnommé « le père de la nation », instaura un régime fondé sur le monopartisme. Dès 1961, le PRM (Parti du Regroupement Mauritanien) fondé à la suite du Congrès de la réunification à Aleg, est remplacé par le Parti du peuple mauritanien (PPM) qu’il dirige d’une main de fer. Il se fera réélire en 1966, 1971, et 1976, jusqu’au coup d’état qui le renversa en juillet 1978.
En politique intérieure, Moktar Ould Daddah prit une série de décisions qui ont marqué son règne : sortie de la zone franc et création d’une monnaie nationale (l’Ouguiya, en 1972), dénonciation des accords de coopération économique et culturelle avec la France (1973, treize ans après l'indépendance du pays), nationalisation de la MIFERMA qui devient SNIM (1974), entrée en guerre contre le Front Polisario (1976). Ce conflit, dans lequel Moktar Ould Daddah s'est rangé aux côtés du Maroc de Hassan II, ruinera le pays et sera la principale cause de son renversement en juillet 1978 par des officiers dirigés par le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck placé à la tête d’un comité militaire de redressement national (CMRN).
Celui-ci est balayé le 6 avril 1979, à la suite d’une révolution de palais par un nouveau Comité dit de salut national dirigé par le colonel Mohamed Mahmoud Ould Louly qui devient chef de l’Etat secondé par le colonel Ahmed Ould Bouceïf, premier ministre (disparaîtra le 27 mai dans un accident d’avion au large de Dakar-Yoff).
En août 1979, la Mauritanie accepte de se retirer du Sahara Occidental. Un nouveau changement à la tête de l’Etat intervient le 4 janvier 1980 lorsque le colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla, jusque-là premier ministre, prend la présidence du pays et renforce la loi islamique. Il est aussi destitué le 12 décembre 1984 par son chef d’état-major, le Colonel Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya.
Le long règne de Ould Taya sera surtout marqué, à partir du milieu des années 80, par la résurgence des revendications identitaires : En septembre 1986, des intellectuels négro-africains qui réclamaient une meilleure représentativité de leurs communautés dans les sphères de l’Etat sont arrêtés et placés en détention.
L’année suivante, des officiers noirs accusés de tentative de coup d’état, sont condamnés à de lourdes peines dont trois capitales. Cette situation favorise une forte tension avec le Sénégal voisin en avril 1989 à la suite d’un banal conflit opposant agriculteurs et éleveurs. Dans le même temps, les communautés s’affrontent violemment et les deux pays expulsent mutuellement des ressortissants. Dans la foulée, près de 20 000 mauritaniens noirs sont déportés vers le Sénégal.
Confronté aux critiques internationales pour le non-respect des droits de l’Homme, notamment en ce qui concerne la communauté négro-africaine dont un demi millier d’officiers et de soldats est exécuté en 1991, le président Ould Taya fait promulguer une nouvelle Constitution et instaure le multipartisme la même année. Il est élu président en 1992, malgré une victoire contestée. Réélu en 1997 et en 2003, sa volonté affichée de bloquer en même temps le jeu démocratique lui valut plusieurs tentatives de coups d’états dont celle de juin 2003 qui affaiblit considérablement son régime.
Le 3 août 2005, une junte militaire conduite par le colonel Ely Ould Mohamed Vall met fin au régime du président Taya, alors sur le chemin du retour de Riyad où il avait assisté aux funérailles du Roi fahd. Le CMJD (Conseil militaire pour la justice et la démocratie) est déterminé à mettre en place une transition pacifique et restaurer l’ordre constitutionnel par la mise en place de « véritables institutions démocratiques ».
Le déroulement de la transition démocratique apparaît exemplaire aux yeux des observateurs et de la communauté internationale avec un passage de pouvoir réussi des militaires aux civils. Ce processus démocratique, marqué par un référendum constitutionnel (juin 2006) limitant notamment à deux le nombre de mandats du président de la République et par des élections législatives (novembre 2006) et sénatoriales (janvier 2007), s’achève avec la tenue d’une élection présidentielle.
Le 11 mars 2007, pour la première fois de leur histoire, les Mauritaniens sont appelés à choisir librement leur président parmi dix-neuf candidats. À l’issue du premier tour, Sidi Ould Cheikh Abdallahi (candidat sans parti bénéficiant de nombreux soutiens au sein de l’ancienne majorité présidentielle et accusé par ses adversaires d’être le poulain de la junte militaire) remporte 24,79% des suffrages, contre 20,68% à Ahmed Ould Daddah, ancien opposant historique au régime du président Ould Taya et président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD).
Le 25 mars, à l’issue du second tour, Sidi Ould Cheikh Abdallahi est élu sans contestation avec 52,85% des suffrages contre Ahmed Ould Daddah.
Issu d’une lignée maraboutique, Sidi Ould Cheikh Abdallahi (69 ans) est un économiste ayant détenu plusieurs portefeuilles ministériels sous les régimes de Daddah et de Taya avant d’offrir ses services au Fonds koweïtien pour le développement économique arabe. Présenté comme « un homme de consensus », il mit l’accent sur la restauration de l’unité nationale par l’organisation du retour des négro-mauritaniens déportés et la reconnaissance de leurs droits ainsi que sur la moralisation de la vie publique.
Accusé d’autocratie et de mauvaise gestion par un groupe de députés de sa majorité, le président Sidi est déposé à son tour par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz (qu’il venait de limoger quelques heures auparavant), président d’un Haut conseil d’Etat (HCE) crée à cet effet. Ce nouvel organe militaire promet d’organiser « des élections libres et transparentes dans un délai court et à préserver l’Etat de droit ».
Le nouveau chef de la junte, 54 ans dont 31 sous les drapeaux, est un homme de l’ombre. Il a contribué à faire échouer des tentatives de coups d’états en 2003 et 2004. Instigateur du coup d’état du 3 août 2005, il dirige la transition démocratique aux côtés du Colonel Ely O. Mohamed Vall. Après l’élection du président Sidi, il conservera son poste de commandant du BASEP cumulativement avec ses fonctions de Chef d’état-major particulier du président de la république.
Cette énième coup de force dénommé « mouvement de rectification » par ses partisans, a été vivement condamné par un groupe de partis mobilisés autour du FNDD (Front national pour la défense de la démocratie) ainsi que par la communauté internationale qui exigent « un prompt retour à l’ordre constitutionnel normal ». Mais le nouveau pouvoir qui s’appuie sur une confortable majorité parlementaire multiplie des opérations séductions en direction surtout des couches les plus défavorisées (réduction des prix des denrées de base, relogement des quartiers précaires de Nouakchott, lutte contre la gabegie etc.).
A l’issue des états généraux de la démocratie organisés en décembre 2008-Janvier 2009, l’élection présidentielle initialement fixée au 6 juin 2009, a dû être reportée à la suite de la signature de l’accord de Dakar par les 3 pôles politiques protagonistes de la crise institutionnelle. Le général Aziz avait alors démissionné de l’armée et de son fauteuil présidentiel occupé provisoirement par le président du Sénat. Les leaders des partis d’opposition acceptent de participer à la compétition.
Le 18 juillet, « le candidat du changement constructif » remporte le scrutin présidentiel dès le 1er tour avec 52,58% des voix. Après avoir démissionné la présidence de son parti, l’UPR, Ould Abdel Aziz prête serment le 5 août au Palais des congrès comme président de la république.
Il poursuit son programme axé notamment sur la moralisation des biens publics, la lutte contre la gabegie et la corruption, la consolidation de l’unité nationale par la poursuite du processus de retour des déportés, la tenue d’une grande prière dite de réconciliation à Kaédi et l’indemnisation des victimes des évènements de 1989-1991. Il engage une vaste campagne de lutte contre la pauvreté et pour l’amélioration des conditions de vie (lotissement des quartiers spontanés, hausse des salaires et des indemnités), effectue des visites inopinées dans différents services publics (hôpitaux, établissements scolaires, centrale SOMELEC, sièges de la télévision et de la radio) et promet d’importantes réformes dans divers domaines./
Dia Abdoulaye
camadia6@yahoo.fr
