22-03-2011 06:55 - Les jeunes Mauritaniens organisent une manifestation pacifique

Les jeunes Mauritaniens organisent une manifestation pacifique

La dernière manifestation en Mauritanie s'est déroulée dans une ambiance joyeuse, mêlant musique et militantisme. La chaleur brûlante du soleil n'a pas dissuadé les jeunes Mauritaniens d'organiser un rassemblement à Nouakchott, le vendredi 18 mars. Cette manifestation, organisée par la Coordination des jeunes du 25 février, s'est déroulée dans le calme, en mêlant revendications pour les réformes et musique hip-hop.

La liste des 28 revendications des manifestants comportait des appels à la démission de l'actuel gouvernement dirigé par Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, et la formation d'un gouvernement de coalition nationale composé de technocrates disposant "de large pouvoirs pour mettre en oeuvre un programme de réforme qui réponde aux aspirations de tous les Mauritaniens".

Les manifestants ont également demandé une augmentation du salaire minimum dans la fonction publique à 73 000 ouguiyas, afin que "le pouvoir d'achat des citoyens puisse suivre la hausse des prix et la baisse du cours de l'ouguiya". De plus, ils ont souligné la nécessité de développer une main-d'oeuvre nationale "au lieu de dépendre de l'expertise étrangère".

"La liste des revendications qui a été présentée à l'Etat par la coordination et qui a été lue lors de cette manifestation représente les aspirations de tous les Mauritaniens, quels que soient leur âge et leur origine sociale", a déclaré Mohamed Ould Heiba, un jeune homme d'une vingtaine d'années, à Magharebia.

"Je pense donc que chacun dans ce pays est concerné par ces demandes. Je pense aussi que les dirigeants de ce pays doivent écouter la voix des jeunes aujourd'hui avant qu'il ne soit trop tard", a-t-il ajouté.

Pour sa part, Mohamed Lemine Ould Mohamed, un membre de la coordination, a dit : "Les voix qui appellent à la réforme continueront à se faire entendre en Mauritanie jusqu'à ce que nous constations une réponse immédiate à toutes nos demandes."

"Cet appel à la réforme n'est pas issu de nulle part", a-t-il ajouté. "La vie est devenue difficile en Mauritanie du fait de la hausse continue des prix et de la baisse des salaires, couplées à l'augmentation du taux de chômage ; cela a poussé de nombreux jeunes à émigrer à l'étranger à la recherche de meilleures conditions de vie."

Par ailleurs, des centaines de salariés temporaires de la fonction publique ont organisé jeudi une manifestation à Nouakchott devant le Palais présidentiel. Ils protestaient contre ce qu'ils ont décrit comme des conditions de vie difficiles, qui ne leur permettent pas de bénéficier des nombreux avantages des salariés permanents, comme les augmentations mensuelles de salaires, la sécurité sociale, la promotion et le droit à la retraite.

Ils se sont plaints de leur marginalisation et de la manipulation dont ils font l'objet, rappelant leurs conditions de vie qui, selon certains d'entre eux, "durent depuis plus de dix ans".

"J'ai décidé de rejoindre les manifestants parce que je n'ai pas d'autre choix", a déclaré Mohamed Ould Ammar, 58 ans, employé au ministère de l'Enseignement de base depuis neuf ans, en tant que salarié non permanent.

"Je subviens aux besoins d'une famille de quatre filles et de trois fils qui sont tous au chômage", a-t-il expliqué à Magharebia. "Le plus gros problème que nous avons en tant que salariés non permanents tient au retard continu dans le paiement de nos maigres salaires, qui atteint parfois trois mois."

L'analyste politique Moktar Ould Ali a expliqué que "au vu des révolutions de la jeunesse qui se déroulent actuellement dans le monde arabe, tous les pays du Maghreb arabe ont annoncé des réformes politiques et économiques, à l'exception de la Mauritanie, qui a préféré jusqu'à maintenant laisser les forces de sécurité affronter ces manifestants, une méthode qui s'avère désormais inutile et sans avenir".

Ould Ali a mis en garde le gouvernement mauritanien contre "les conséquences d'un trop grand recours à des solutions sécuritaires pour traiter avec les jeunes, au lieu du dialogue et de la compréhension."

Par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud et Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott



Source : Magharebia
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