11-11-2011 13:34 - Les Etats du Sahel cherchent des solutions régionales à l'insécurité
Si le Président malien insiste sur le fait que les Etats du Sahel doivent éradiquer le terrorisme, les experts font valoir qu'une assistance extérieure est indispensable. L'Algérie, la Mauritanie, le Niger et le Mali sont "entièrement disposés" à lutter ensemble contre le terrorisme, a déclaré le Président malien Amadou Toumani Touré lors de sa visite de quatre jours en Algérie.
"Nous avons une vision commune qui nous permet de travailler ensemble pour lutter contre le terrorisme et ses ramifications", a conclu Touré le 27 octobre après avoir rencontré son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika.
Cette visite a coïncidé avec l'enlèvement de trois humanitaires européens dans un camp de réfugiés administré par le Polisario à Rabuni. Le chef de l'exécutif malien a souligné que les Etats du Sahel comptaient essentiellement sur la coopération régionale pour éradiquer les menaces sécuritaires.
"Le Mali, tout comme l’Algérie, très jaloux de son indépendance et de sa sécurité, n’acceptera en aucune manière qu’une force militaire étrangère s’installe dans son pays, même si cette force venait pour l'aider dans la lutte antiterroriste", a déclaré Touré, mettant en garde contre "l'internationalisation" de la situation au Sahel.
La situation sécuritaire en Libye a été un autre important sujet de préoccupation lors de ces entretiens. Selon le chef de l'Etat malien, ce sont "des armées entières" qui quittent la Libye "lourdement armées et qui reviennent vers leurs pays d’origine".
Certains analystes font valoir que les Etats du Sahel ne peuvent agir seuls dans leurs efforts de lutte contre le terrorisme. "Les bandes frontalières du Mali sont immenses au nord : 1 200 km de frontières avec l’Algérie, 2 000 km avec la Mauritanie et 900 km avec le Niger", déclare Sheikh Tourad Ould Eli, spécialiste des questions militaires. "Tous ces espaces ne peuvent être contrôlés avec le peu de moyens dont dispose ce pays pauvre ; c'est la raison pour laquelle je dis que la solution ne peut être que collective et que l’aide étrangère est incontournable."
Il ajoute que l'Algérie a fortement contribué à équiper l'armée malienne. "En 2009 déjà , un important lot d’équipements militaires et d’armements, notamment des armes d’assaut, des munitions et des matériels de télécommunication et du carburant, avait été livré par de gros avions des forces aériennes algériennes", indique-t-il. "Et cette aide s’est poursuivie."
Les pays occidentaux ont également apporté une aide financière aux forces armées maliennes, dit-il. C'est ainsi que l'Union européenne a aidé les Etats du Sahel dans le cadre de sa stratégie de sécurité et de développement, explique ce spécialiste.
"L’UE compte mettre des accents particuliers sur des projets de développement au sein de zones géographiques qui connaissent une forte insécurité", déclare Ould Eli. "A titre d’exemple, au nord du Mali, dans la région de Kidal, il est clair que l’absence de l’Etat et des services publics, et l’absence de perspectives économiques pour les jeunes constituent un facteur d’instabilité qui peut conduire ces derniers à rejoindre des groupes criminels."
Ainsi l’assistance étrangère contribue à "redéployer l’Etat dans ces régions" frappées par l'insécurité, ajoute-t-il.
Le Mali est lié aux Etats européens, en particulier la France, par tout un ensemble d'accords de défense, qui couvrent les facilités d’escale et de transit, l’échange d’informations, l’aide à la formation et à l’entraînement, la fourniture de matériels et d'autres, selon Mohamed Bouya Ould Sidi, spécialiste des relations internationales.
"Depuis 2010, l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger ont une coopération militaire par le biais du commandement militaire conjoint à Tamanrasset, dans l'extrême sud de l'Algérie, dans le Sahara", ajoute-t-il. "Ils ont depuis accru leur coopération en matière de renseignement."
Par Bakari Guèye pour Magharebia à Nouakchott
