29-01-2012 09:23 - Présence mauritanienne au Davos africain.

Présence mauritanienne au Davos africain.

Du beau monde à Rabat, mercredi 25 janvier 2012, pour ce premier « Davos africain ». Entre anciens premiers ministres, chefs d’entreprises et chercheurs, ils étaient environ 200 invités à débattre de l’avenir de l’Afrique dans le cadre du Forum de Rabat, organisé par le Conseil du Développement et de la solidarité (CDS ), think tank indépendant qui réunit des personnalités publiques et privées autour de programmes et d’objectifs utiles et profitables pour le continent.

Les différents intervenants, venus de toute l’Afrique, sont unanimes. Le continent noir recèle des gisements de croissance qui peuvent être exploités grâce à une stratégie de partenariat Sud-Sud, en vue d’aboutir à une intégration régionale plus poussée. Toutefois, une volonté politique est importante, notamment en matière d’harmonisation des réglementations des affaires.

«L’Afrique n’est pas le problème, mais plutôt la solution»
. Le constat de Mohamed Benamour, président du CDS, à l’ouverture de ce Forum cristallise l’orientation des différents intervenants.

Ce continent, en plein développement, constitue un réservoir de croissance, contrairement aux économies occidentales en pleine récession. Le Maroc compte bien en profiter comme l’a laissé entendre Youssef Amrani, ministre marocain délégué aux Affaires étrangères. Le diplomate marocain a souligné que «l’économie africaine constitue un relai de croissance pour les entreprises marocaines». Le Maroc adopte une «coopération agissante, pragmatique et audacieuse avec les Etats africains», rappelle-t-il.

Ce partenariat devrait être renforcé par des accords de libre-échange. C’est le cas de celui qui devra être signé avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dans une première étape, avant de se tourner vers d’autres espaces régionaux. Les entreprises marocaines, mais aussi africaines, peuvent saisir ces opportunités en «dynamisant les échanges entre les pays du continent dans un sens de complémentarité», estime Benamour.

Les exemples d’entreprises marocaines qui ont réussi à profiter du potentiel de développement en Afrique ne manquent pas. Abdeslam Ahizoune, président du directoire de Maroc Telecom, l’une des entreprises ayant réussi son implantation en Afrique, a mis en avant les conditions nécessaires pour optimiser l’investissement dans l’eldorado africain. «La démarche d’investissement doit être marquée de rigueur et de professionnalisme», insiste-t-il. En clair, il faut mesurer la confiance à placer dans les institutions et le cadre réglementaire du pays d’accueil.

Ahizoune a également soulevé l’importance de l’appui politique pour la réussite des partenariats en Afrique. Et Ahizoune dont le groupe a investi 2 milliards de dollars en Afrique subsaharienne a fait ce constat réaliste : «ce n’est pas évident pour un groupe marocain d’avoir de la crédibilité en Afrique ». Il y a forcément une démarche plurielle basée sur le respect des réalités et des spécificités locales, avance celui qui investit en ce moment sur 5 380 km de fibre optique devant relier Ouagadougou, à Bamako, Nouakchott, Rabat puis l’Europe et le Moyen Orient.

A l’image de Maroc Télécom, de nombreux groupes marocains et maghrébins sortent de leurs frontières et investissent en Afrique de l’Ouest et du Centre. Une même dynamique est initiée en Afrique Australe avec les groupes sud-africains et en Afrique de l’Est où le Kenya opère en leader grâce à ses banques et ses entreprises.

Autant de signaux précurseurs de la nouvelle Afrique, cette Afrique qui, comme le rappelle l’égyptien Hishem El Sherif, capital investisseur, compte 1,1 milliard d’habitants aujourd'hui et comptera 1,9 milliards d’habitants en 2050. «Nous aurons besoin de 300 millions d’emplois d’ici 40 ans, ce qui en termes d’investissement consiste à mobiliser 10 trillions de dollars dans le monde arabe et 30 trillions en Afrique ».

L’équation est complexe, poursuit M. El Sherif, qui préconise un équilibre entre la croissance, l’emploi et la nourriture. C’est une relation win-win qui «permet aux entreprises africaines d’avoir une visibilité au niveau international, grâce aux regroupements», comme le souligne Moulay Hafid Elalamy, président du groupe marocain Saham.

L’ex-patron des patrons marocains estime que les entreprises africaines «gagneraient à investir dans les pays du continent car leurs marchés ne sont pas encore saturés» comme c’est le cas en Europe ou aux Etats-Unis. Surtout que «l’intégration entrepreneuriale précède et prépare le rapprochement politique», avance Brahim Benjelloun Touimi, DG de la BMCE.

Le Maroc peut jouer un rôle leader dans cette nouvelle dynamique de développement en Afrique, en se positionnant en tant que «hub régional», de l’avis de Fathallah Sijilmassi, DG de l’AMDI. Le Royaume dispose de moyens pour réussir cette mission, notamment grâce à la «mise en place d’éléments de compétitivité en matière d’infrastructures, mais aussi via les partenariats qu’il a noués au niveau international».

Le Maroc «a vocation d’être la porte idoine pour l’Afrique via ses accords de libre-échange», selon Benjelloun Touimi. Le marché marocain étant de dimension réduite pour certains investissements internationaux, l’intégration régionale permettra de mettre en œuvre des projets communs entre différents pays.

Cette intégration, qui «constitue une priorité en Afrique depuis plusieurs années, n’a pas pu donner de résultats concrets», estime Philippe Hugont, directeur de recherche à l’IRIS. Les changements géopolitiques actuels présentent «une opportunité aux Etats africains pour profiter du déplacement du centre de gravité de la croissance», avance-t-il. Mais, attention, tout reste fragile dans la bande sahélo-saharienne à titre d’exemple.

Et le message d’Ahmedou Ould Abdallah au forum, lu par le directeur du Centre des stratégies pour la sécurité du Sahel-Sahara (Centre 4 S), Sidi Mohamed Ould Dah, a avertit sur les dangers d'une collusion entre certains cercles militaires et les activistes radicaux, collusion qui a déstabilisé la Somalie en son temps, et que l'on pourrait retrouver dans le Sahel.

Mais note d’optimisme et au moment où la croissance s’estompe dans le reste du monde, l’Afrique devrait réaliser un taux de 6% en 2012, selon la Banque mondiale. Une dynamique vertueuse pour un continent encore en pleine construction. Mais il faudra rester vigilant et éviter certains écueils. L’un des principaux obstacles à lever est l’absence d’une harmonisation des réglementations des affaires dans les différents pays, ainsi que les problèmes de corruption.

« Pour lutter efficacement contre la gabegie en Afrique, il faut nécessairement valoriser les salaires de la fonction publique. Car avec des fonctionnaires déprimés, démotivés, clochardisés, on ne peut pas parler de développement encore moins d’intégration », précise le spécialiste en communication, Mohamed Ould El Kory. Il s’agit également de ne pas «surestimer la complémentarité entre les pays africains émergents qui peuvent être aussi des concurrents sur certains marchés», prévient Nezha Lahrichi, PDG de la Smaex.

Les Etats africains devraient, selon elle, «présenter un front uni pour définir des projets communs, et établir un partenariat impliquant tous les acteurs de la société». Ils pourraient bénéficier de l’appui financier de certains organismes comme la BAD, dont le capital s’élève à 100 milliards de dollars. La Banque africaine de développement a mis en place «des documents de stratégie d’intégration régionale», comme l’a noté son vice-président Mohamed H’midouche.

Il a précisé que des «lignes de crédit à long terme ont été mises en place pour financer les projets africains». L’idée est de lancer des chantiers réunissant plusieurs Etats de la région. Pour développer cette approche, un problème de taille doit néanmoins être résolu. Les organisations d’intégration régionale sont souvent minées par des conflits entre Etats membres comme cela est le cas notamment pour l’Union du Maghreb Arabe et d’autres groupements en Afrique.

Mauritanie 24 (avec les Afriques)

Source : Mauritanie 24
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