04-05-2012 00:03 - Journée Mondiale de la liberté de la presse : La presse indépendante condamnée à la mort.
La Mauritanie, à l’instar de la communauté internationale célèbre aujourd’hui 3 mai 2012, la journée mondiale de la liberté de presse. Une journée instaurée par l'Assemblée générale des Nations Unies en décembre 1993 après la tenue du séminaire pour le développement d'une presse africaine indépendante et pluraliste.
Ce séminaire s'était déroulé à Windhoek (Namibie), en 1991, et a conduit à l'adoption de la Déclaration de Windhoek sur la promotion de médias indépendants et pluralistes. La Déclaration de Windhoek exigeait l'établissement, le maintien et la promotion d'une presse pluraliste, libre et indépendante et mettait l'accent sur l'importance d'une presse libre pour le développement et la préservation de la démocratie au sein d'un État, ainsi que pour le développement économique.
Cela dit, même si l'on célèbre depuis 1993 la journée mondiale de la liberté de presse, il ne fait pas de doute que celle-ci s'enracine encore plus loin dans l'histoire des Nations Unies.
En effet, il est stipulé, dans l'Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 que : « Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
Aujourd'hui, force est de constater que dans le monde entier, le 3 mai est devenu non seulement l'occasion d'informer le public à propos des violations du droit à la liberté d'expression mais aussi le moment de se rappeler que plusieurs journalistes sont morts ou risquent la mort sinon la prison en transmettant la nouvelle aux gens.
La célébration de la journée mondiale de la presse est aussi pour nous, une journée d’action qui favorise et permet de mettre sur pied des initiatives qui visent à la défense de la liberté de la presse. C’est aussi une journée d’évaluation de cette liberté de la presse ; une journée de rappel qui offre l’occasion d’interpeller les Etats –surtout le nôtre- au respect des engagements qu'il a pris envers la liberté de la presse.
C’est également une journée d'alerte de l’opinion publique nationale et internationale et accroître la sensibilisation à la cause de la liberté de la presse. Elle est aussi une journée de réflexion, pour stimuler le débat parmi les professionnels des médias sur les problèmes qui touchent la liberté de la presse et l'éthique professionnelle ; une journée commémorative en mémoire des journalistes qui ont perdu la vie pendant qu'ils exerçaient leur profession ; une journée d'appui envers les médias qui sont victimes de mesures qui entravent la liberté de la presse ou qui visent à l'abolir.
En fait la liberté de la presse est considérée comme une pierre angulaire des droits de la personne et comme une assurance que les autres droits seront respectés. Elle favorise la transparence et une bonne gouvernance et représente, pour la société, la garantie que régnera une véritable justice. La liberté de la presse est le pont qui relie la compréhension et le savoir.
Elle est essentielle à l’échange d’idées entre les nations et les cultures, qui sont une condition menant à une compréhension et à une coopération durables.
Sans doute que la liberté de la presse est une réalité en Mauritanie, même si les défis à relever sont nombreux et complexes. Mais osons le dire, l’heure est grave ! Et pour cause : la presse indépendante se meurt à petit feu.
Parce qu’elle n’a pas les moyens de ses ambitions. Les lecteurs en savent quelque chose pour avoir constaté plus d’une fois les menaces d’arrêt de parution à chaque fois que la subvention à l’impression versée par l’Etat à l’imprimerie nationale prend du retard.
Du coup, la direction de l’imprimerie nationale fait pression sur l’Etat en augmentant les coûts d’impression sans se soucier le moins du monde des conséquences d’une telle décision. En réaction, les éditeurs eux-aussi menacent de recourir à l’arrêt des parutions, convaincus de son impact négatif sur l’image du régime politique.
Outre cette arme de chantage, la presse indépendante souffre du manque de dialogue et de concertation avec les autorités ; de l’inexistence d’appui financier à la presse quand bien même il a été annoncé l’octroi d’une subvention de 200 millions d’ouguiyas et de l’absence de mécanisme transparent pour l’attribution des abonnements et annonces publiques ainsi que la difficulté d’accès à l’information.
De plus, le secteur qui a besoin de réforme pâtit de « l’anarchie continue dans le secteur et le non respect des conditions stipulées dans la loi sur la presse et qui prévoient de transformer les journaux en établissements de presse ». On le sait, les responsables de publication exigent la mise en place d’une instance commune de concertation entre la presse et les autorités et l’annulation de la sanction de détention dans des crimes liés à la publication.
Dans ce dernier cas, les responsables des journaux indépendants réclament de « s’aligner en la matière sur de nombreux pays démocratiques dans le monde ». Autre défis non moins capital, c’est la libéralisation de l’audiovisuel qui peine à se concrétiser véritablement.
Toute chose qui amène à penser que si la liberté de la presse en Mauritanie était une réalité, aujourd’hui nous pouvons dire que nous observons un recul sérieux dans sa progression.
Moussa Diop
