19-03-2013 11:49 - Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Pour ne pas dire dictature…

Editorial d'Ahmed Ould Cheikh : Pour ne pas dire dictature…

Entre Mohamed Ould Bouamatou et le «pouvoir» (euphémisme utilisé par l’homme d’affaires pour ne pas nommer qui vous savez), la tension est à son comble.

Sentant l’étau se resserrer autour de sa banque, désormais soumise à un pillage systématique de ses avoirs, par la Banque centrale, sous forme d’Avis à Tiers Détenteur (les fameux ATD) en provenance du fisc et d’amendes venues de nulle part, Ould Bouamatou a décidé, la semaine dernière, de prendre les devants. En fermant unilatéralement les portes de son institution.

N’ayant plus accès à ses dépôts, exclue du marché des changes, incapable de réaliser la moindre transaction, elle n’avait d’autre choix que de mettre la clé sous la porte.

Un coup de maître réussi par le banquier qui, dans un communiqué au vitriol, sonne la résistance contre le pouvoir. Groggy, la Banque centrale reste quelques jours sans réagir, avant de contrecarrer en convoquant les responsables de la banque pour leur intimer l’ordre de rouvrir les guichets. Faute de quoi, des mesures seront prises «conformément à la loi bancaire» (ne pouffez pas de rire, SVP, on est en Mauritanie).  Une loi sur laquelle cet institut d’émission s’est pourtant sciemment assis, au moment où il fallait porter tort à la GBM. Alors qu’il doit en être le garant. C’est aussi ça, la Mauritanie nouvelle.

Que va-t-il se passer à présent ? La BCM, s’étant subitement rappelée qu’il faut respecter ne serait-ce qu’un tout petit peu de forme, a décidé de prendre la voie «normale». Elle vient d’adresser un blâme à la banque, en prélude à une série de mesures qui peuvent aller jusqu’au retrait de l’agrément. Mais ce qui s’est passé, avant ? On le passe par pertes et profits ?

Les milliards soustraits des livres de la banque, en toute illégalité, ils sont où, monsieur le gouverneur ? Le fait qu’une banque soit dans la ligne de mire du pouvoir vous autorise-t-il à tripatouiller ses comptes ? N’est-il pas de votre devoir de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour éviter qu’une institution financière ne tombe en faillite, au risque d’entraîner tout le système financier dan son sillage ?

Il y a belle lurette que ce pays a perdu toute logique. On cherche noise à un homme d’affaires et, comme il n’est pas en place, on embastille son adjoint, pour des motifs totalement farfelus. Puis on arrête le président d’une initiative mise en place par ses soutiens. Parce qu’on a contesté le fait du Prince, on doit s’attendre à tout. Et il n’y aucun recours contre l’arbitraire. La police peut, aisément, trafiquer des procès-verbaux, la justice envoyer des innocents en prison, le fisc étrangler tout citoyen indocile et la Banque centrale faire ce qu’elle veut avec la loi.

Notre président ne manque pas pourtant une occasion de clamer que nous sommes un Etat de Droit, sans aucun prisonnier d’opinion. Certes, l’arbitraire s’est fait plus sélectif. S’ils avaient tiré sur une innocente ou dilapidé de l’argent public, Mohamed Ould Debagh et El Kory Ould Addad ne seraient certainement pas en prison à l’heure qu’il est. Toujours cette logique «proprement» militaire si spécifique à la Mauritanie où le champ de la plus extrême susceptibilité – celui des (très) gros sous – reste sous (très) sourcilleuse garde. Pour ne pas dire dictature…

A O C



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Commentaires (6)

  • bach (H) 19/03/2013 15:00 X

    cher Ahmed ould cheikh:
    En lisant vos articles sur ce feuilleton politique, financier et même tribal, je reconais que vous ecrivez assez bien, que vous étes sensibles à l'arbitraire. Là ou je ne suis pas d'accord avec vous c'est quand vous dénoncez l'arbitraire comme un fait nouveau. je cite

    " Une loi sur laquelle cet institut d’émission s’est pourtant sciemment assis, au moment où il fallait porter tort à la GBM. Alors qu’il doit en être le garant. C’est aussi ça, la Mauritanie nouvelle".

    Nous citoyens de mauritanie (Maures blancs, haratins, pulaar, soninké et wolof) nous subissons l'arbitraire depuis toujours. Nous avons vu nos freres et soeurs, nos amis partir en prison à cause de l'arbitraire, nous avons vu des PV d'audition inventés (pas modifié), nous avons tout vu dans ce pays. ce qui change ce ne sont que les victimes et aujourd'hui Bouamatou est une victime, demain Ould Rais sera peut être une victime ou moi même qui suis entrain de poster mes commentaires.

    En conclusion je ne suis pas arrivé à croire a votre combat car il s'apparente à la defence d'une personne et non a celle d'un principe. j'aimerai bien que vous utilisez votre respectable plume pour defendre des idées et non des partisans. Moi je suis contre l'arbitraire, contre ce qui arrive a Bouamatou.

  • majlissi (H) 19/03/2013 13:01 X

    Babavall tu es un vulgaire menteur près à tout travestir pour défendre Aziz... Arrête tes balivernes, vous ne connaissez rien à rien... Juste une grande gueule qui pue la corruption.

    Contre les femmes qui manifestent, contre les Ongs, contre la COD, contre Bouamattou, contre les médias, contre tout ce qui pue lazizanie.

    Comment peux-tu accuser un citoyen que les tribunaux n'ont pas encore mis en examen. Tu es minable et lâche dans ta manière de défendre celui qui te paye avec de l'argent public.

  • majlissi (H) 19/03/2013 12:54 X

    Dakoma... babavall ..un internaute...

    Un corrompu qui change de noms comme il change de position. Ayez honte de participer à dépecer votre propre pays contre de malheureux sous. Des vendus, voila ce que vous êtes. Mais ne croyez pas que l'anonymat vous sauvera toujours et que votre lâcheté vous couvrira.

  • babavall (H) 19/03/2013 12:35 X

    Ahmed Ould Cheikh, entre votre commanditaire du moment, Bouamatou, et le pouvoir, rien ne va plus… comme au Casino, faites vos jeux, rien ne va plus. Il est vrai que Mohamed Ould Bouamatou, a eu maille à partir avec le fisc, avec ses sociétés BSA, Mattel et sa Banque GBM. Soit. Mais , si ‘’rien ne va plus’’, c’est parce qu’il se découvre un citoyen comme un autre, assujetti à la loi, qu’il a voulu piétinée en baron des années de dictature sous Taya.

    Ahmed Ould Cheikh, puisque vous soulevez le problème du pillage systématique de notre manne financière, comment qualifiez -vous une banque qui a triché avec les procédures d’adjudications des Bons du Trésor , et a raflé une colossale somme de 30 milliards d’ouguiyas qui était destinée aux dépenses publiques dont la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté ? Cette Banque est connue de tous : et c’est cette institution que vous défendez avec armes et fracas.

    En plumitif chevaleresque, vous défendez les droits de Mohamed Ould Debagh et El Kory Ould Addad. Bien.Mohamed Ould Debagh, et ses associés tunisiens de la parentèle de Mme Ben Ali, Leila Trabelesti ont dirigé Mauritania Airways et déclaré faillite, provoquant le chômage des employés qui n’auraient pas été indemnisés. Le syndic des travailleurs a porté plainte contre ces dirigeants indélicats et l’audit aurait montré l’existence de presumees malversations financières ayant entraîné cette faillite. Les responsabilités pénales de Ould Debagh semblent a priori avérées et son dossier est entre les mains de la justice qui doit trancher. Son complice Mohamed Lemine Ould Deidah en fuite, à Marrakech dans le palais de son patron, Bouamatou. 

    Quant El Kory Ould Addad, dont vous relevez en toute mauvaise foi le label de ‘’président de l’intitive de soutien de Bouamatou’’, il n’existe aucune relation de cause à effet avec son incarcération. En effet, El Kory Ould Addad est entre les mains de la justice pour une eventuelle complicité dans le vol des salaires de l’Armée ; en effet, El Kory Ould Addad, pourrait avoir joué le rôle de receleur des 450 millions UM volés à l’armée, pour le compte de son neveu Ould Kaoumany. Qu'il soit soutien de Bouamatou ne lui confère aucune immunité et et ne l’absout point de ses délits. 

    Et vous finissez par cette tirade philosophique ‘’Il y a belle lurette que ce pays a perdu toute logique’’. C’est vrai ; la logique que vous connaissez si bien, la logique des maux qui vous enrichissent, de gabegie, d’impunité, de clientélisme, de chantage, de racket, de malversation financière, de passe-droits, de népotisme, de délit d’initié,de pantouflage, de griotisme est bien perdue. C’est cela le sens de la Mauritanie nouvelle que vous fait tant de mal.

  • Dakoma (H) 19/03/2013 12:24 X

    Au lieu de tirer sur une innocente ils auraient dû tirer sur le président, et tout est bien qui finit bien.

    M/A O C vos brouillons ne valent pas un clou. Abandonnez la profession, vous faites fiasco.

  • ANTIGABEGIE (H) 19/03/2013 12:23 X

    Monsieur Ahmed ould Cheikh,
    Pour moi vous avez toujours été et le demeurerez, peut être, l’un de nos intellectuels, les plus appréciés. Ceci dit, vous m’étonnez, vous aussi, en prenant parti dans cette affaire, POUVOIR contre BSA.

    Pour moi, qui ne suis jamais sûr d’avoir raison, cette affaire est un montage intelligent pour perpétuer la mainmise sur le pays par un système qui ne cesse de changer de facette pour tromper les Mauritaniens.

    Maouya ould Sid’Ahmed Taya, Ely ould Mohamed Vall, Mohamed ould Abdel Aziz ont tour à tour présidé et gardé le système intact.

    Ely a renversé Maouya par un coup d’état quand il le fallait pour éviter une révolution ou autre chose incontrôlé.

    Mohamed a sifflé la fin d’une petite recréation symbolisée par un intrus qui s’appelait Sidi.

    Sachant que Mohamed ne peut être éternel, il faut préparer son remplaçant qui ne peut plus être militaire mais pas n’importe quel civile.

    Vous n’êtes, peut être, pas d’accord avec moi mais moi je veux être d’accord avec vous. Expliquez-moi, alors, à qui peut profiter la guerre entre le pouvoir de Mohamed ould Abdel Aziz et BSA de Mohamed ould Bouamatou.

    J’ai essayé, moi-même, de trouver une explication mais je n’ai trouvé qu’une seule. C’est l’intérêt général de la Mauritanie. Mais si cette solution est juste, cela veut dire que nous nous trompons tous les deux. Dans ce cas, personnellement, je reconnaitrais que le président Aziz est de bonne foi et qu’il ne badine pas avec l’intérêt national. Même pas pour garder l’amitié et la parenté ni pour retourner l’ascenseur comme on dit.