20-04-2013 21:42 - Otages : trois manières de traiter avec les terroristes

Otages : trois manières de traiter avec les terroristes

Si la libération de la famille Moulin Fournier justifie la stratégie de négociation discrète prônée par le gouvernement, elle ne garantit pas un succès avec Aqmi.

La ligne directrice de la France en cas de prise d'otage est clairement définie par François Hollande : "La politique de la France, c'est qu'il n'y a pas de versement de rançons", avait-il prévenu fin mars. C'est du moins la position officielle. La réalité est parfois différente, comme l'avaient montré des experts américains, selon lesquels Nicolas Sarkozy avait payé 17 millions de dollars pour libérer des otages.

Au-delà de la position officielle, chaque prise d'otage est traitée en fonction d'un contexte spécifique : localisation, relations avec les Etats, motivations des preneurs d'otages et possibilité ou pas d'intervenir militairement ou par la négociation.

La diplomatie comme arme

Dans le cas de la famille Moulin-Fournier, capturée au Cameroun, les kidnappeurs désignés sont des membres de la secte Boko Haram, très active dans le nord-est du Nigeria. La secte s'en prend aux chrétiens et revendique des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

La libération de la famille "n'est pas une action de force", a-t-on déclaré à l'Elysée, mais le fruit de "contacts multiples que nous avons pu établir" avec le concours des autorités nigérianes et camerounaises, ces dernières ayant noué en particulier des "contacts locaux". Au-delà, "la pression a joué", a-t-on ajouté. En clair, l'armée française n'est pas intervenue, mais l'Etat a pesé sur les gouvernements locaux pour qu'ils influent sur les groupes terroristes.

"C'est en étant le plus discrets possible que nous pouvons être les plus efficaces", a fait valoir François Hollande. Si Boko Haram a une volonté de médiatisation et n'hésite pas à publier des vidéos montrant les otages afin d'attirer l'attention sur elle, la France avait pris la décision d'agir le plus discrètement possible. Une stratégie couronnée de succès.

Au Mali et plus généralement dans le Sahel, le groupe le plus actif est Aqmi. Il a indiqué qu'il gardait la porte ouverte des négociations avec la France et que les otages détenus par le groupe étaient en vie, dans un entretien donné par son responsable des médias au début du mois, mais publié seulement ce vendredi.

"Nous n'avons pas fermé la porte des négociations et le gouvernement français porte l'entière responsabilité de toute atteinte" aux ressortissants français, a indiqué Abou Abdoulilah Ahmed, le responsable de la Fondation Al-Andalous, l'outil de propagande d'Aqmi. Dans ce cas, ce n'est pas les gouvernements locaux, dont l'autorité a été minée par ces groupes, qui mettent la pression, mais l'armée française engagée dans la région.

Le retour du "gros bâton" ou la force armée en action

Car la présence de l'armée française au Mali rend la situation complètement différente avec celle du Cameroun et du Nigeria. L'armée française combat les djihadistes au côté des forces maliennes et africaines. Des opérations militaires pour libérer les otages sont donc plus simples à mettre en place, ce qui peut effrayer les preneurs d'otages.

L'avancée rapide des troupes françaises dans le nord du Mali peut, malgré les poches de résistance, acculer les preneurs d'otages. D'autant plus que Jean-Marc Ayrault avait été très clair : il avait dit son refus de "rentrer dans les logiques de chantages" à la suite d'une proposition du Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest) d'amorcer des discussions en vue de la libération d’un otage.

Le commandant en chef des forces africaines de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine), le général Shehu Abdul Kadir, avait affirmé en février qu'une opération franco-africaine était en cours de préparation pour libérer les otages français détenus au Sahel.

Toutefois, ces opérations militaires sont risquées pour les otages. Abou Abdoulilah Ahmed, le responsable de la Fondation Al-Andalous, l'outil de propagande d'Aqmi a confirmé des annonces précédentes de son groupe selon lesquelles un huitième otage français, Philippe Verdon, enlevé dans un hôtel dans le nord du Mali, avait été exécuté en mars. Mais un otage mort ne vaut plus rien.

La marchandisation de l'otage

Officiellement, la rançon n'est plus une option. Dans le cas de la famille Moulin-Fournier, l'Elysée s'est refusé à toute autre précision sur les conditions de la libération des otages et en particulier les exigences de leurs ravisseurs de la secte Boko Haram, qui réclamaient la libération de plusieurs des leurs.

Dans ce cas, les otages sont une monnaie d'échange. Rien ne permet d'écarter que les négociations aient été fructueuses pour les terroristes. L'Etat ne pourrait pas non plus ignorer le fait qu'ils ont respecté leur part de marché en libérant les otages sains et saufs.

Lors de l'enlèvement de ces derniers, des experts étaient partagés : le mode opératoire -des hommes armés à moto- laisse à penser qu'il s'agissait d'une initiative locale, non prévue à l'avance. Il est possible qu'une bande criminelle ait commis l'enlèvement dans l'intention de vendre les otages à un autre groupe mieux placé pour en tirer une rançon plus importante, estime-t-on alors.

Les Français représenteraient alors une marchandise, ayant une valeur pécuniaire, dont le prix est fixé par des négociations entre groupuscules. Chez Aqmi, le combat est idéologique : "Nous menons le même combat avec nos frères et notre peuple du Mali, jusqu'à que nous les libérions du Croisé français ou périssions", a-t-il dit, appelant à viser des cibles françaises "jusqu'à ce qu'ils retirent le dernier soldat de la terre des musulmans".

Les otages deviennent donc un levier pour faire plier la volonté de l'Etat français d'intervenir dans la région. Sans succès actuellement. La France est une des cibles prioritaires des groupes islamistes et compte l'un des plus importants contingents de ressortissants en otage dans le monde. Au moins sept ressortissants français sont actuellement retenus en otages en Afrique. Six enlèvements ont été revendiqués par Aqmi au Sahel.

Par Alexis Toulon


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