14-04-2014 16:21 - Les frontières coloniales et leur imposition dans la vallée du Fleuve Sénégal, 1855-1871... (Conclusion)

Les frontières coloniales et leur imposition dans la vallée du Fleuve Sénégal, 1855-1871... (Conclusion)

...Bouleversements des hiérarchies politiques et statutaires.

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- Conclusion : On peut discerner trois catégories de réponses à la mise en œuvre de la nouvelle frontière coloniale du Fleuve Sénégal.

Premièrement, il y avait ceux pour qui la frontière représentait une opportunité pour couper les anciens liens tributaires, échapper à des nouveaux ou améliorer leur position de négociation vis-à-vis de leurs supérieurs dans la hiérarchie de la société de la vallée.

Dans cette catégorie se trouvent les ahl algibla dont l’installation dans les territoires du Waalo, contrôlé par les Français au cours des années 1860, affecta Sidi Mbayrika. Les chefs des Awlâd Banyug et des Awlâd Bu‘ali furent assez innocents pour reconnaître leurs motivations politiques dans leurs choix de rester sur la rive Sud.

De la même manière, pour les tributaires du pays Wolof — y inclus les chefs du Kajoor et du Jolof —, l’installation de la frontière française fournit une opportunité pour couper les anciens liens tributaires, même pour ceux, comme le Lat Joor, qui résistèrent à la pression française sur leurs propres territoires. De manière assez ironique, des telles réponses ne furent pas seulement confinées aux tributaires et aux subordonnés du Trârza.

Comme les Français le découvrirent, la frontière qu’ils avaient créée interférait avec leurs propres efforts pour imposer l’autorité sur les nouveaux territoires. La même frontière qui créait une zone de contrôle pour les Français créait également une zone en dehors de leur contrôle. Au sein de cette dernière, des villageois comme Mabok et Seydou Moumou exploitèrent la situation pour échapper aux impôts et pour rétablir les anciens liens avec la rive droite.

En deuxième lieu, il y avait ceux pour qui la frontière représentait une menace à laquelle il fallait s’opposer à tout prix. Des Trârza, comme les Ahl Mhammad Shayn comprirent qu’il n’y aurait aucun compromis avec un régime français qui allait détruire le mode de vie dont ils dépendaient. Même s’ils manquaient de pouvoir pour défier par la force cette frontière, leur frustration croissante affecta Sidi Mbayrika et l’amîr du Trârza fut finalement vulnérable à une attaque issue de sa propre lignée familiale.

Finalement, il y avait ceux pour lesquels la nouvelle frontière représentait des dilemmes trop complexes à résoudre, soit par une politique d’acquiescement, soit par une opposition ouverte. Pour nombre d’entre eux, en particulier Sidi Mbayrika, ce n’était pas tant la frontière qui posait problème mais sa mise en œuvre inconsistante par les Français. Les variations de la politique française sur ce thème rendaient difficiles toutes les prédictions et toutes les accommodations.

Le fait que la frontière était relativement perméable pour les subordonnés, les tributaires et les dissidents, alors qu’elle était relativement imperméable pour les élites guerrières, faisait de cette frontière une menace aux hiérarchies établies, voire à l’intégrité morale guerrière, telle qu’elle était conçue par les hassân Trârza. En ce sens, il est remarquable et paradoxal que durant les années 1860, Sidi Mbayrika poussa plus souvent les Français à rigidifier et à uniformiser cette frontière qu’à l’abolir.

Source : Mariella villasante : « Raymond M. Taylor : Saint Xavier University, Chicago Traduit de l’Anglais (Etats-Unis d’Amérique) par Christophe de Beauvais . Publié dans : Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel, sous la direction de Mariella Villasante Cervello, Paris, L’Harmattan : 439-456. »

Articles précédents : http://adrar-info.net/?p=24197; http://adrar-info.net/?p=24214; http://adrar-info.net/?p=24238; http://adrar-info.net/?p=24279; http://adrar-info.net/?p=24314

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Sources d’archives. Archives Nationales du Sénégal (ANS)

ANS 9G-1, 167-8, Chefs des Awlâd Ahmad min Daman au Gouverneur, le 3 Avril 3 1860.

ANS 13G-101, 19, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 1er Juin, 1860.

ANS 9G-1, 191-2, Sidi Mbayrika au Gouverneur, le 22 Mars 1862.

ANS 9G-1, 185-6, Sidi Mbayrika au Gouverneur, le 17 Avril 1862.

ANS 13G-101, 128, Commandant de Dagana, au Gouverneur, le 20 Juillet 1863.

ANS 9G-1, 195-6, Sidi Mbayrika au Gouverneur, sans date.

ANS 9G-1, 199-200, Sidi Mbayrika au Gouverneur, le 20 Juillet 1863.

ANS 13G-101, 136, Rapport administratif sur les chefs de village de Waalo, le 15 Août 1863.

ANS 13G102, 28, Cdt. de Dagana au Gouverneur, le 2 Juin 1864.

ANS 13G102, 24, Jauréguiberry au Gouverneur, le 4 Mai 1864.

ANS 13G102, 44, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 18 Septembre 1864.

ANS 9G1, 222 (223 orig.), deux lettres de Sidi Mbayrika aux chefs des Awlâd Banyug et des Awlâd

Bu’ali reçues le 30 Septembre 1864.

ANS 13G102: 81, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 15 Août 1865.

ANS 13G102: 86, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 13 Septembre 1865).

ANS 13G103, 2, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 9 Janvier 1866.

ANS 13G103, 5-6, Ahmadu Khayrdiata (Elimane de Dimar), Samba Umahani (Lam Tooro) et autres au Commandant de Dagana Martin, original en arabe et sommaire en français, reçu le 2 Février 1866.

ANS 13G103, 15 Martin au Gouverneur, le 3 Mai 1866

ANS 13G103, 19, Martin, Commandant de Dagana, au Gouverneur, le 29 Mai 1866.

ANS 13G103, 32, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 24 Sept. 1866.

ANS 13G103, 35, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 3 Déc. 1866.

ANS 13G103, 37, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 13 Déc. 1866.

ANS 13G103, 42, Intérim Cdt. au Gouverneur, le 27 Avril 1867.

ANS 13G103, 46, Intérim Commandant de Dagana au Gouverneur, le 12 Mai 1867.

ANS 13G103, 49, Intérim du Commandant au Gouverneur, le 19 Juillet 1867.

ANS 10G103, 50, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 25 Juillet 1867.

ANS 13G103, 52, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 10 Août 1867.

ANS 13G103, 65, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 26 Mars 1868.

ANS 13G103, 68, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 29 Avril 1868.

ANS 13G104, 12, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 27 Mars 1869.

ANS 13G106, 3, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 27 Janv. 1871

ANS 13G106, 20 (le 18 Avril 1871) ; 27 (le 28 Avril 1871) ; 28 (le 12 Mai 1871) ; 31 (le 28 Mai 1871) ;

46 (le 11 Juillet 1871).

ANS 13G106, 28, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 12 Mai 1871.

ANS 13G106, 29, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 18 Mai 1871

ANS 13G103, 31, Martin, Commandant de Dagana au Gouverneur, le 28 Mai 1871.

Références bibliographiques

BOURREL M., 1861, Voyage dans le pays des Maures Brakna, Revue maritime et coloniale, Paris, Septembre : 511-44 et Octobre : 18-77. KLEIN Martin, 1998, Slavery and Colonial Rule in French West Africa, Cambridge, Cambridge University Press. TAYLOR Raymond, 1996, Of Disciples and Sultans. Power, Authority and Society in the Nineteenth Century Mauritanian Gebla, Ph. D. Thesis, University of Illinois, Urbana-Champaign. TAYLOR Raymond, 2000, Statut, médiation et ambiguïté ethnique en Mauritanie précoloniale (XIXe siècle). Les cas des Ahl al-Gibla et des Ahl Ganaar du Trarza, (trad. par Christophe de Beauvais), in Mariella Villasante-de Beauvais (dir.), Groupes serviles au Sahara. Approche comparative à partir du cas des Arabophones de Mauritanie, Paris, CNRS Éditions : 83-95. TAYLOR Raymond, 2001, L’émirat précolonial et l’histoire contemporaine en Mauritanie (trad. par Christophe de Beauvais), Annuaire de l’Afrique du Nord



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