10-05-2014 08:00 - Mémoire nationale mauritanienne : guerre civile et conquête coloniale au sénégal.(7)…

Mémoire nationale mauritanienne : guerre civile et conquête coloniale au sénégal.(7)…

Adrar-Info - ….La fin de la monarchie et l’essor de l’islam au Kajoor, 1859-1890. Lat Joor et le chemin de fer, 1875-1883 La question du chemin de fer domina la seconde moitié du règne du Lat Joor. Après la guerre contre Amadou Seexu, Lat Joor fit de concessions politiques au parti musulman, mais il redoubla également d’efforts pour satisfaire sa cour en poursuivant son expansion territoriale.

En 1875-1876, le Kajoor envahi une nouvelle fois Bawol et Jolof. Bien que Lat Joor ait réussi à installer son cousin Alburi Njaay sur le trône du Jolof, il ne put jamais sécuriser son pouvoir au Bawol (Fall 1974 : 133-135). Il devait également satisfaire les demandes de son entourage en titres, et récompenser sa base au Kajoor, toutes choses qui étaient limitées par ses accords avec les Français.

Pour Lat Joor, le chemin de fer pouvait fournir une opportunité pour renégocier. La question qui l’occupait était le retour de province de Ganjool et de Jander qui était contrôlé par les Français selon les thèmes du traité de 1871[1].

Le chemin de fer était inscrit dans l’agenda français depuis 1875, mais aucun accord formel ne fut réalisé avant 1879, lorsque Lat Joor signa un traité autorisant les Français à prendre possession d’une étroite bande de terre au Kajoor et de construire un chemin de fer.

Cependant, le traité ne permit pas à Kajoor de récupérer ses provinces perdues. L’accord « secret » du Lat Joor avec les Français, autorisant la construction du chemin de fer, devint le point focal du conflit factionnel au Kajoor[2]. En 1879, il tenta de retirer à Demba War et à ses alliés les positions qu’ils détenaient au Kajoor. Cela s’avéra être difficile.

Demba War Sall avait été le commandant militaire en chef du Kajoor depuis deux décennies, et lui-même et trois de ses frères détenaient des positions de pouvoir importantes comme chefs de province. Lorsque leur pouvoir fut menacé Demba War Sall mit en avant Samba Lawbé Faal, un neveu de Lat Joor comme candidat rival pour le trône[3].

Si Kajoor avait été indépendant, Demba War Sall aurait pu réussir à démettre Lat Joor en 1879. Les électeurs du royaume se réunirent et apportèrent leur soutien à Samba Lawbé comme futur roi (Monteil 1966 : 95). Samba Lawbé était un jeune homme, mais il avait prouvé sa valeur dans la guerre récente du Kajoor contre Jolof. Plus important encore, il était à la fois Geej en lignée maternelle et Faal en lignée paternelle.

Cela signifiait qu’il avait plus de légitimité [généalogique] pour le trône que Lat Joor. Les élections n’eurent pas d’effet immédiat, les Français affirmant à présent leur seul droit de reconnaître un roi. D’un autre côté, Demba War avait révélé sa poigne politique.

En 1881, Lat Joor commença à s’éloigner du projet de chemin de fer, même s’il pensait dépendre de l’aide française. Certaines preuves suggèrent que Demba War et ses alliés poussèrent Lat Joor sur cette voie sachant que ceci conduirait à une crise. La plus importante pression vint de Samba Lawbé qui annonça son opposition au chemin de fer.

Il suivait clairement en cela les instructions de Demba War Sall. La bataille autour du chemin de fer était purement et simplement un conflit de pouvoir entre Lat Joor et Demba War. Toutes les parties impliquées dans ce conflit avaient approuvé le projet de chemin de fer lors des négociations de 1879 (Ganier 1965 : 227). En faisant en sorte que Samba Lawbé déclare son opposition au chemin de fer, Demba War poussait Lat Joor à le suivre tout en sachant qu’il perdrait le soutien des Français.

Au même moment, Demba War et Samba Lawbé assuraient en privé les Français qu’ils soutiendraient le projet (Witherell 1964 : 98). Pour rendre les choses plus claires encore, l’un des frères de Demba War, Ibra Fatim Sarr, fut le seul officiel important à soutenir ouvertement le chemin de fer en 1881-1882 ; il avait occupé le poste de représentant de la monarchie à Njambur pendant presque tout le règne de Lat Joor.

Une fois que Lat Joor eut déclaré publiquement son opposition au chemin de fer, il fut difficile pour lui de revenir sur ses paroles. En 1882, il fit le vœu de combattre pour arrêter le chemin de fer.

A suivre…/

James F. Searing University of Illinois at Chicago . Traduit de l’Anglais parChristophe de Beauvais. Publié dans Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel.Sous la direction de Mariella Villasante Cervello, Paris, L’Harmattan, 2007, vol. I : 391-438.

Articles précedents : http://adrar-info.net/?p=24591; http://adrar-info.net/?p=24608; http://adrar-info.net/?p=24628;http://adrar-info.net/?p=24647; http://adrar-info.net/?p=24656: http://adrar-info.net/?p=24693

[1] Julian Wood Witherell, The Response of the Peoples of Cayor to French Penetration, 1850-1900, Ph.D. University of Wisconsin-Madison, 1964 : 193.

[2] Sur cette question voir Germaine Ganier, Lat Dior et le chemin de fer de l’arachide, Bulletin de l’ifan 27, B, 1965 : 223-281.

[3] Les sources françaises indiquent que Demba War et Samba Lawbé reçurent le soutien du principal électeur jaambuur [notables, non-aristocrates] en 1879. Voir la lettre de ce jaambuur au Gouverneur citée in V. Monteil, Lat Dior, Damel du Cayor et l’islamisation des Wolofs au XIXe siècle, in Monteil, Esquisses sénégalaises, Dakar 1966 : 95.


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