19-08-2014 19:58 - Nouvelle de Aichétou Ahmédou : L’histoire d'une femme (Suite et Fin)

Nouvelle de Aichétou Ahmédou : L’histoire d'une femme (Suite et Fin)

Adrar Info - Elle était devenue nerveuse et sursautait au moindre bruit. Elle se mit à fumer paquet sur paquet, en cachette de Bezeid. Il s’en rendit compte et cela lui rappela sa première épouse.

Une scène épouvantable s’ensuivit qui ôta définitivement le goût de fumer à Sellem. S’il n’y avait pas eu Lalla et Houda, ses deux filles, avec elle, elle serait sûrement morte de chagrin et de solitude.

Un jour, on téléphona à la maison pour dire que la mère de Sellem se trouvait à l’hôpital, suite à une crise d’hypertension. Ce fut évidemment Bezeid qui décrocha et en informa bien malgré lui Sellem.

- J’y vais de ce pas, attends-moi ici, et ne bouge surtout pas !

- Je viens avec toi, cria presque Sellem, au bord de l’hystérie.

- Pas question, il y a plein d’hommes à l’hôpital, les médecins, les infirmiers, les visiteurs, les malades…

« Tiens, il est jaloux même des malades », ricana Sellem, à part elle.

Il sortit précipitamment, en criant : « Si ta présence est vraiment indispensable, je t’en informerai !! »

« Dans mes rêves, oui » se dit Sellem, alors que des larmes de tristesse et de colère commençaient à l’aveugler de leur marée salée.

Les petites étaient à l’école et ne rentreraient que dans deux heures. Elle avait donc un peu de temps devant elle. Sellem se pencha à la fenêtre, puis l’enjamba et sauta. Ayant mal calculé la distance qui séparait la fenêtre du sol, elle atterrit lourdement sur son pied droit qui se replia sous elle. Un affreux bruit d’os brisé parvint à ses oreilles. Hébétée, elle ne comprit pas tout de suite qu’elle s’était cassé quelque chose, jusqu’à ce qu’une douleur lancinante lui vrillât la cheville et lui arrachât une plainte étouffée.

Sellem essaya de se relever et s’affaissa cette fois avec un cri déchirant de douleur. Son pied formait avec sa jambe un angle bizarre et une terreur sans nom s’empara d’elle quand elle s’en aperçut. En gémissant, elle se laissa aller sur le sol et resta prostrée pendant une demi-heure qui lui parut un siècle. Au bout de ce temps interminable, au cours duquel elle s’évanouit deux fois de douleur, son père, Mohamed, apparut à l’horizon, tel un rêve trop longtemps refoulé.

Mohamed s’arrêta en fronçant les sourcils, essayant de comprendre ce qui se passait. Puis il se mit à courir comme un fou et arriva tout essoufflé près de sa fille.

- Je suis entré dans une colère noire, quand ton mari est arrivé à l’hôpital tout seul et je suis venu te chercher, dit-il d’une voix hachée. Que t’est-il arrivé, ma pauvre fille ? Mon Dieu, tu as une jambe cassée !!

Il la saisit dans ses bras et la porta vers sa voiture, pendant qu’en pleurant toutes les larmes de son corps, elle lui confiait ce qui était arrivé.

- Ghlana se porte bien, elle est sortie de l’hôpital. C’était une fausse alerte, hamdoulillah.

La rage au cœur, il emporta sa fille à l’hôpital, le cœur brisé de la voir dans un état aussi lamentable.

- Tu vas retourner à la maison. Tu n’as pas besoin de mari ni de maison fût-elle un palais. Si Bezeid veut toujours de toi, il devra changer de A à Z et te traiter comme il faut et mieux encore ou renoncer à toi.

Son père, de colère, ne se rendait pas compte qu’il parlait d’une façon jugée indécente par les Maures, entre un père et sa fille.

A l’hôpital, elle perdit l’enfant qu’elle portait sans le savoir, dans un semi brouillard peuplé de douleurs atroces.

Sellem se remit lentement de sa fracture et de sa grossesse si brutalement interrompue et passa une convalescence relativement calme, entourée de ses parents, qu’elle n’aurait jamais dû quitter et de ses deux petites filles, tous aux petits soins avec elle.

Mais une fêlure douloureuse habita son cœur pour longtemps.

Bezeid ne donna jamais signe de vie, rongeant son frein et sa colère, loin des regards. Puis la terrible nouvelle tomba. Il fut interné pour crise grave de démence. Les médecins affirmèrent qu’il en avait toujours souffert mais qu’elles n’étaient jamais assez graves pour attirer l’attention et qu’elles dataient probablement de l’enfance.

Source : aichetouma.com



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