22-08-2014 22:58 - L’amour au temps de facebook ( episode 3 )

L’amour au temps de facebook ( episode 3 )

Adrar-Info - « Si tu te sens incommodée par cette excuse, c’est sûrement sous l’inspiration maléfique de mon ami que je l’ai écrite hhh … » Cette phrase fit tilt dans son cœur et elle comprit avec une joie intense et profonde que Mohamed et son ami étaient une seule et même personne.

Il venait enfin de laisser parler son cœur, avec retenue certes, mais il l’a laissé parler tout de même. C’est ainsi que la cendre devint verdure, que cette luxuriance d’émeraude vit éclore des étoiles qui brillèrent d’un éclat soutenu dans ce jardin inespéré, que les fleurs du destin s’entrouvrirent en un baiser délicieux.

Mohamed n’osait pas s’aventurer dans le terrain périlleux de sa conquête, sans avoir au préalable assuré ses arrières. En bon stratège. Mais c’était méconnaître Sara, son sentimentalisme et la générosité de son âme. Personne n’avait le pouvoir de la contrarier longtemps, même s’il ne pensait pas à s’excuser auprès d’elle. Pour elle, tout le monde, s’ils n’étaient pas bons, n’étaient pas mauvais en tout cas. Et Ahmed dans tout ça…

Il la voyait s’éloigner irrémédiablement et en concevait un chagrin sans bornes. Ce faisant, il déversait son trop plein d’amour sur ses enfants que Sara le voyait serrer souvent dans ses bras, avec l’énergie du désespoir. Recherchant peut-être une ressemblance, une odeur qu’ils auraient héritées de leur mère.

Sara voyait tout cela avec beaucoup de tristesse et serait retournée auprès de son ex-mari, si leur religion le leur avait permis.

Sara sacrifierait, sans une seconde d’hésitation, toutes les promesses de bonheur de la terre pour effacer cette incommensurable peine qu’elle lisait dans ses yeux, cet insondable gouffre de douleur qui le minait intérieurement, elle le savait. Elle le connaissait si bien son Ahmed ! Pauvre Ahmed !

Une chose cependant tempérait son sentiment irraisonné de culpabilité vis-à-vis d’Ahmed. L’acharnement de sa famille contre cette femme de ehel gueble (°) qui traitait ainsi leur fils. Il était facile pour eux d’oublier que leur fils, par trois divorces déclarés, avait définitivement annulé l’espoir d’une vie commune, aux yeux de la Loi.

Mais que pouvait-elle pour Ahmed ? Et devait-elle pour autant renoncer elle-même à connaître à nouveau le bonheur de vivre auprès d’un homme qu’on aime, qui vous aime et qui vous le dit d’une façon si spéciale, si émouvante.

Lamina, son amie, lui avait pourtant rétorqué avec une sagesse infinie : « Les hommes sont tous les mêmes. N’attends jamais grand-chose d’eux. Le réveil serait moins traumatisant.

A plus forte raison un homme que tu as connu dans un espace virtuel. Ceux là, ‘‘ella dhouk elma essmeyne, dhakou weinhou’’ (dans les croyances locales, les djinns ne sont pas visibles pour plus d’une seconde et jamais pour plus d’une personne.) »


Elle ajouta, d’un ton docte : « Tu es en train de partager, de communiquer, de rire, de pleurer parfois, de passer par les émotions les plus diverses et les plus invraisemblables et l’instant d’après, Facebook déconnecté, l’ordinateur éteint, plus rien. Tu te demandes, si tu n’as pas tout rêvé. »

Les hommes, les femmes, les paroles, les sentiments, les serments, tout s’évapore et s’envole en fumée, en buée fugace et évanescente, dans l’air du temps, songea Sara, à part elle.

Mais pour elle, il n’en allait pas ainsi. Elle gardait tout en elle et le disséquait en rêvant. Peut être parce qu’elle n’avait pas de vie sociale à proprement parler.

Elle ne quittait chez elle que pour aller au travail ou pour changer les livres qu’elle empruntait au centre culturel français et puis Mohamed n’était pas comme les autres. Mohamed était différent des autres. Douloureusement, irrémédiablement différent. Pour son plus grand malheur ou pour son plus grand bonheur, qui sait ?

De plus, elle le connaissait physiquement ou du moins lui il la connaissait physiquement.

Mohamed s’enhardissait dans ses messages, tout en restant dans les limites d’un conformisme qui mettait ses sens à rude épreuve. Il avait réveillé la femme qui sommeillait en elle sans qu’elle le sache.

Elle s’était habituée, n’ayant pas connu d’homme depuis longtemps, à évoluer dans le monde spécial et brumeux des êtres asexués. Quelle calamité toute cette histoire. Elle n’avait pas besoin de ça, à ce tournant de sa vie.

A quel avenir pouvait-elle rêver avec un homme marié à une Espagnole, qui n’allait certainement pas se laisser larguer. Ces femmes-là ne ressemblaient pas aux Mauritaniennes. Elles ne se laissaient pas quitter facilement ou alors le faisaient regretter à l’homme par tous les moyens légaux possibles, à leur portée, et Dieu savait qu’elles en avaient des procédés légaux. A condition que lui-même songe vraiment à la larguer d’ailleurs.

Qui pourrait le jurer ? Après tout, il était peut-être tout simplement en train de prendre du bon temps avec une compatriote vulnérable et crédule. La proie idéale pour les aventuriers de tout genre.

Et même s’il arrivait à se débarrasser de l’Espagnole – elle refusait obstinément de lui donner son nom, Iréna, – peut-être préférerait-il épouser une femme plus jeune, sans enfants.

Sara essaya de retenir fermement les rênes de son cœur, lui faisant subir les douches froides les plus variées pour lui ‘’remettre un peu de plomb dans la tête’’. Mais il renâclait et tel un cheval de race, piaffait d’impatience et s’élançait plus déterminé que jamais, les naseaux fumant de rêve, de désir, d’espoir…

Ces yeux profonds et doux, cette bouche au dessein merveilleux, ces mains fortes et qu’elle imaginait sur son corps aussi douces que de la laine, personne ne les lui arracherait du cœur.

-tnesswi : savoir parler au coeur et aux sens de la personne de sexe opposé

-n3aj : précieux

-tbeydhine : la culture du hassaniya

-gueble : sud

A suivre……/

Nouvelle de Aichetou Ahmedou repris de son blog : http://aichetouma.com/



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