24-08-2014 02:47 - L’amour au temps de facebook ( episode 4 )

L’amour au temps de facebook ( episode 4 )

Adrar-Info - Ainsi le temps passa et ainsi passa le temps. La vie s’écoulait au rythme des messages de Mohamed. Pourtant un nuage obscurcissait l’horizon de leur relation virtuelle. Mohamed s’avérait très jaloux et comble de ridicule de publications et de commentaires, qu’il lisait sur son mur.

Sara était déjà sujette à tant de questions sans réponses, de problèmes de conscience et d’essais de remise à l’heure de l’horloge de sa vie sociale de femme encore jeune et très désirable – c’est ce que les œillades masculines lui rappelaient régulièrement et auxquelles elle commençait à prêter attention alors qu’elle pensait en avoir fini avec tout ça.

Alors la jalousie de Mohamed était non seulement ridicule mais déplorablement déplacée. Les publications n’engageaient que leurs auteurs et tant qu’elles ne contenaient pas de termes obscènes ou autres atteintes à l’honneur, elles ne la dérangeaient nullement.

Ils échangèrent leurs numéros de téléphone et purent passer de délicieux moments à bavarder de vive voix. A Nouakchott, la chaleur réduisait le temps au silence mais dans son cœur les notes parfaites d’une mélodie transcendante battaient en sourdine. Les nuages se poursuivaient dans un ciel placide et indifférent et aucune larme céleste ne venait troubler l’imperturbable course des saisons.

Puis Mohamed explosa un beau jour, croyant avoir découvert qu’elle avait une deuxième relation avec un autre homme sur facebook. Une autre marche vers le palier du ridicule parfait.

Il lui écrivit qu’il n’en pouvait plus de souffrir mille morts chaque fois qu’il consultait son mur, pour finalement tomber sur une trahison si flagrante. Il allait faire en sorte d’arrêter de souffrir à cause d’elle et la seule façon de faire était d’arrêter toute forme de relation avec elle.

Elle reçut ce message alors qu’elle venait juste de lui en envoyer un : « Je relisais tes premiers messages et rien à faire chaque fois que je les relis j’ai envie de pleurer sous le coup d’une émotion si intense, mêlée d’amour, de gratitude, de tristesse et d’un bonheur tellement timide que je me demande si même il réussira à pointer un jour le bout du nez …

Je m’imagine dans tes bras, au comble de la félicité, nichée dans ton odeur, enveloppée par ton corps, enroulée autour de ton cœur, incrustée sous ta peau, t’absorbant tout entier et pour l’éternité.

Chaque attouchement me fait atteindre le nirvana, chaque mouvement, chaque soupir, chaque regard, chaque sourire et je disparais sans laisser de trace. Oublions où nous sommes, oublions la monde entier, par où tu passes, un ouragan me fracasse et notre dernier cri n’est même pas une délivrance … »


Et comme si cela ne suffisait pas, elle avait encore écrit : « Mon amour, comme tu sais bien me parler, tellement bien que ça me fait un peu peur, tout ce bonheur qui me tombe dessus quand je m’y attends le moins, mais quand je te dis que tout ça n’est qu’un rêve, c’est pour garder un peu les pieds sur terre, pour ne pas trop m’éloigner de ce qui est ma réalité. Pour moi, je crois que le temps du bonheur est passé, aux yeux de la société en tout cas.

On pourrait, à ton retour au pays, faire un mariage secret pour éviter que les gens jasent à propos de nous, mais est-ce que toi tu voudras de ça, ou même de moi.

Je sais que je ne devrais pas dire tout ça, mais aujourd’hui, je suis émotionnellement très perturbée et dans ces cas-là, je ne dis que des bêtises. Mon fils chéri est cloué au lit par une mauvaise grippe. Cela fait deux nuits que je ne dors pas. Ma bonne m’a quittée et à la banque nous avons en ce moment un travail fou.

Donc si je regrette demain d’avoir écrit tout ça, fais s’il te plaît comme si je ne l’avais jamais écrit. Fais ça pour moi, par amour pour moi, si tu m’aimes vraiment comme tu le dis.

En tout cas pour moi, il ne fait aucun doute que je t’aime éperdument et au train où vont les choses, c’est bien parti pour durer une vie entière, en ce qui me concerne en tout cas. En ce qui te concerne, je ne sais pas, tu es un homme et comme la plupart des hommes, tu es certainement quelque part volage. Et pourtant, tu es tout de douceur, tu en un homme en miel et en fleurs.

Pauvre de moi. Ta voix me plonge dans un bonheur fou, je ne sais pas où s’arrête celui du cœur et où commence celui des sens. Je suis embrasée, tremblante, j’étouffe de bonheur sous la caresse de ta voix, qu’est-ce que ce sera quand tu seras là, à côté de moi, en chair et en os. Je ne vais même pas essayer de l’imaginer.

Aucune personne n’a jamais réussi à imaginer la réalisation de ses rêves les plus fous, parce qu’alors ils n’auront plus été des rêves, mais plutôt des projets. Moi je ne peux t’imaginer à mes côtés qu’en rêve, donc je ne peux concevoir ce qui adviendra de moi le jour où nous serons ensemble pour de vrai … »


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Est-ce bien cet homme qui lui disait hier seulement : « Je suis agréablement surpris de savoir que tu te prépares psychologiquement à réussir le voyage marathon que constitue l’attente fiévreuse du dénouement de notre amour.

Tu as pris en considération tous les obstacles qui en jalonnent le parcours ; et tu as courageusement suggéré des solutions pour que ce beau périple continue en beauté, et finisse en apothéose pour notre plus grand bonheur.

Aucun rêve, aucun espoir ne deviendra réalité, si ce n’est après avoir consenti les efforts nécessaires à sa réalisation. Il faut même parfois souffrir des affres supplémentaires. L’amour n’échappe pas à la règle. A ce jour, nous poursuivons tous les deux le voyage avec sérénité tout en sachant que ‘’l’amour est le seul rêve qui ne se rêve pas.’’ »


« Là on verse directement dans le sentimentalisme » avait-elle remarqué, en riant, d’un rire qui sonna bizarrement à ses propres oreilles. C’était un rire doux, musical, l’arpège du bonheur. Un rire qu’elle n’avait pas entendu depuis longtemps. Mohamed l’avait réconciliée avec elle-même, son statut de femme, avec la vie, le bonheur, le rire et le marivaudage et autre etganiss.

Elle avait toujours adoré ce concept abstrait qu’était etganiss, mais ne voulait pas que ça se sache. Ces clins d’œil fleuris, parfumés à l’amour et au désir de plaire, ces petites piques charmeuses qui vous saupoudraient de la joie de vous sentir femme, belle et désirable.

Ce ne sont pas des choses à crier sur les toits bien sûr, bien qu’elle soit certaine que tous les hommes et toutes femmes étaient comme elle, mais ne l’avoueraient jamais pour tout l’or du monde.

Bonté divine ! Comment n’avait-elle rien vu venir ?! Elle qui se croyait fine psychologue, elle qui croyait connaitre si profondément la nature humaine. Mais allez jamais savoir avec les hommes, ils sont réfractaires à tout jugement rationnel. On ne peut jamais généraliser de règle à leur sujet.

Aussi fuyants que des grains de sable par un jour de tempête, aussi prompts à la trahison qu’un milliardaire en lune de miel. La fidélité du cœur, concept inconnu de ce mammifère plein de suffisance et qui tombe amoureux autant de fois qu’il y a de voitures sur la route de Toujounine aux heures de pointe.

Il avait continué, le salaud : « Rêve mon amour comme je rêve… Il est permis de rêver… N’aie pas peur ma chérie, les rêves comme disait l’autre sont ce qu’il y a de plus doux et peut-être de plus vrai dans la vie. »

Le fourbe, le judas ! L’avoir endormie avec des bobards pareils et lui sortir ça, alors qu’il était devenu aussi vital pour elle que l’air qu’elle respire. Dhe mahou sawi !

Quel crétin, doublé d’un idiot, définitivement débile ! Vicieux comme un âne, la nuit de ses noces! Mais pourquoi ne distinguait-elle plus les rideaux de la chambre ? Pourquoi ses joues ruisselaient-elles comme un ciel de septembre ? Elle pleurait donc. Et cela dura longtemps. Rien n’y faisait.

Chaque fois qu’elle essayait de se calmer, un ouragan plus dévastateur que le premier la fauchait, la tournoyait sans pitié dans des airs opaques et irrespirables et la laissait choir pantelante, au bord d’un nouveau précipice de douleur, encore plus vertigineux que le précédent.

Heureusement qu’elle ne lui avait pas encore envoyé le message qu’elle s’était échinée à écrire une nuit durant. Une impulsion pernicieuse la poussa à se relire pourtant.

« Je tombe de sommeil, mais je ne peux m’endormir avant d’avoir parlé de notre week-end à Las Palmas. Il y fait beaucoup plus frais qu’à Madrid. Comme on en a déjà parlé, nous nous installerons dans une petite maison au bord de la mer.

Nous nous promènerons les pieds nus au bord de l’eau et écouterons dans un silence religieux les cormorans appeler les mouettes. Tiens, comme c’est curieux, normalement, ils ne s’appellent pas entre eux. Mais notre présence là-bas est déjà un miracle à elle seule, alors les mouettes, les cormorans, hein !

A midi, on grillera des poissons achetés au village de pêcheurs le plus proche. Ils auront mariné toute la matinée dans un mélange odorant d’huile d’olive, de citron, de thym, de romarin et de basilic.

De petits légumes grillés eux aussi (il faut faire attention à la ligne, car le reste de la journée est réservé aux câlins) accompagneront ce poisson qui sera servi avec une sauce aigre-douce, et les pataaaaaates, j’allais les oublier, tu t’es habitué à en consommer durant tes matinées au travail. Chut, on ne parle pas de travail ici, mais seulement d’amour et d’eau salée (eh oui l’océan est trop proche, pour parler d’eau fraîche … lol) »


Oh quel calvaire. Elle n’aurait pas dû se relire. Comment allait-elle calmer maintenant sa colère et son chagrin. Le chagrin et la colère, un duo destructeur, annihilant. Elle essuya rageusement les larmes qui lui obscurcissaient encore les yeux. Et se promit de ne plus jamais verser une larme et encore moins pour un homme.

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Il avait parlé de crime contre sa personne, d’avilissement, d’amère désillusion et autres termes horribles, elle ne se rappelait plus très bien, tellement ses paroles l’avaient choquée et déstabilisée. A tel point d’ailleurs qu’elle avait remis en cause jusqu’à la couleur de ses rideaux ; elle ne se rappelait pas que leur teinte fût si passée.

Elle passa ainsi quelques heures dans un brume de douleur d’où seule émergeait la sensation insupportable d’injustice. Si elle avait mérité tous ces reproches, elle aurait moins souffert de tout ça, mais l’injustice chez elle était plus corrosive que le plus toxique des poisons.

Une envie furieuse de lui écrire lui démangeait les doigts et elle avait tout le mal du monde à se retenir de se connecter et de vider son cœur, sa hargne et son sentiment d’avoir été flouée et le sentiment encore plus dévastateur d’avoir été injustement traitée. Merde !! Mais elle avait une véritable fontaine à la place des yeux.

Même ses enfants avaient remarqué sa peine et lui posaient des questions pleines de sollicitude et de perplexité. Même ses enfants étaient plus sages qu’elle. Voilà où menait les actes irréfléchis comme d’être inscrite sur facebook. Puis elle balaya tous les obstacles qu’elle élevait entre sa volonté et sa raison. Non, elle ne pouvait pas rester dans cet état. Elle allait devenir folle ou aveugle ou les deux à la fois.

Sans parler de ses enfants qui posaient sur elle des regards remplis d’appréhension, chavirés par les larmes versées par leur mère, et par le chagrin qu’ils devinaient sans pouvoir s’en expliquer la raison.

Heureusement que leur père était en voyage à l’extérieur de Nouakchott. Celui-là, il l’aurait tout de suite percée à jour. Quelle honte ç’aurait été pour elle, un chagrin d’amour à son âge.

Mais les deux rides verticales, qui creusaient si profondément le front de Mohamed, entre les deux yeux, elle ne pouvait pas les effacer de sa mémoire. Elle ne le pouvait pas et ne le voulait pas.

Au diable les convenances !! Elle allait lui écrire, pour au moins comprendre ce qu’il lui reprochait au juste.

« Je me suis réveillée ce matin avec un cœur endormi. Tu l’as fortement secoué et définitivement réveillé. Je ne me rappelle pas avoir cherché á avilir qui que ce soit… »

Elle n’avait pas fini d’écrire qu’un autre message de Mohamed lui parvenait déjà. « J’ai beaucoup d’estime pour toi, mais ça ne peut plus continuer comme ça. C’est plus que je ne peux supporter. »

Le goujat !! Il ose encore. Quel mufle !!

« L’estime dont tu m’honores m’étonne alors que tu penses que j’ai fait des choses horribles, amère désillusion, tu ne trouves pas que le terme est un tantinet excessif ? J’ai compris, je ne t’importunerai plus inchallah. Je ne supprimerai pas tes messages, je ne sais pas si je réussirai à les relire un jour, mais j’aurais au moins gardé quelque chose de toi.

Ne crois surtout pas que je suis du genre à m’accrocher, je voulais juste gagner quelques miettes de sérénité en découvrant l’abomination que j’ai commise pour te causer une désillusion aussi amère. Donc je n’ai plus qu’à m’incliner et à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Je n’étalerai pas mes sentiments devant toi, rassure-toi … »


A suivre……/

Nouvelle de Aichetou Ahmedou repris de son blog : http://aichetouma.com/



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