16-04-2015 08:29 - Mauritanie : au-delà des chants du désert

 Mauritanie : au-delà des chants du désert

Jeune Afrique - Appelées "flash", les clés USB et les mini-cartes mémoire sont les supports les plus utilisés pour stocker, diffuser et partager des sons en Mauritanie. Connectées à un téléphone portable, à une mini-enceinte, à un transmetteur relié à l'allume-cigare de la voiture, les œuvres musicales se diffusent rapidement au sein de la population par un simple transfert de fichiers, provoquant, en quelques semaines, le succès populaire de certaines chansons.

Des vendeurs et artisans liés aux milieux artistiques deviennent des "diffuseurs" de musique. Dans leurs boutiques, des enceintes émettent les derniers tubes d'artistes locaux et sous-régionaux. Le propriétaire peut ainsi transmettre les sons dans la flash du client.

Alors que YouTube est devenu le moyen le plus utilisé pour écouter de la musique en Europe et une possibilité de monétiser les clips, cette plateforme perce doucement en Mauritanie. Rares sont les clips mauritaniens atteignant les 50 000 vues sur YouTube. Deux exceptions toutefois : Leila Moulay et Hamzo Bryn. Leurs clips respectifs Mourabitounes et It Started from Nouakchott sont des ovnis mauritaniens : ils dépassent les 200 000 vues.

Conçues à partir d'images nationales et accompagnées de quelques clichés bling-bling américains, ces vidéos ont réussi à susciter l'intérêt des internautes et d'une jeunesse en manque d'ouverture sur le monde. Les télévisions et radios mauritaniennes nationales et privées ne consacrent qu'une infime partie de leurs programmes à la musique.

Quelques rediffusions de concerts de musique traditionnelle et de la culture maure sont présentées, sans payer, ou très rarement, de droits d'auteur aux artistes ! Seuls les concerts sont susceptibles de permettre aux artistes mauritaniens de vivre de leur art, s'ils parviennent à obtenir l'assurance d'un cachet...

Les musiciens et chanteurs traditionnels sont prisés pour l'animation d'événements familiaux, pour lesquels des contrats conclus oralement peuvent atteindre des sommes importantes. Ces manifestations sont inaccessibles pour les artistes de musiques actuelles. Rares sont les salles de concert en Mauritanie, encore plus rares celles respectant leurs engagements.

Le plus souvent, ils doivent créer leurs propres événements et frapper à la porte des festivals (Festival des villes anciennes, Assala­malekoum...), des coopérations internationales ou des entreprises privées, notamment les opérateurs téléphoniques.


Avec des moyens techniques faibles, les concerts se déroulent majoritairement en playback. Les artistes et le public se sont habitués à cette pratique. Même lorsque les moyens sont renforcés et qu'une équipe technique compétente assure la manifestation, la majorité des groupes ne se produit pas en live.

Il n'est pas rare qu'un artiste monte sur scène sans même prendre de micro factice. Les spectateurs patientent alors jusqu'à leur chanson préférée, celle qu'ils possèdent dans leur flash, puis désertent le lieu de l'événement.

Cette malheureuse habitude du playback diminue l'intérêt du concert, pourtant l'un des seuls espaces où l'artiste peut être rémunéré. Les musiciens et chanteurs mauritaniens doivent parvenir à améliorer leur image et leur ouverture vers l'international. Internet est le meilleur moyen d'y parvenir.

Alors qu'Universal décèle de nouvelles possibilités économiques dans les pays africains, l'élargissement de la création musicale mauritanienne nécessite une visibilité passant par la création de comptes YouTube et Facebook en y intégrant des clips de qualité, des visuels travaillés, des textes percutants.

La Mauritanie ne possède aucune école d'art, aucun grand studio de musique, aucune véritable agence de graphisme, c'est avec l'aide de toutes les bonnes volontés - mauritaniennes, diaspora (saluons notamment la radio libre RapRim Radio), internationales - que cette situation pourra s'inverser !

Par Kévin Jaglin/Institut Français de Mauritanie













Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Source : Jeune Afrique
Commentaires : 0
Lus : 3415

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)