18-12-2015 19:00 - Témoignage : le Colonel (E/R) Anne Amadou Babaly se souvient du Président Moustapha Ould Mohamed-Saleck

Témoignage : le Colonel (E/R) Anne Amadou Babaly se souvient du Président Moustapha Ould Mohamed-Saleck

Il y a trois ans, nous quittait, à l’âge de 77 ans, feu Moustapha Ould Mohamed Saleck, premier président du Comité Militaire de Redressement National, chef de l’Etat (1978 – 1979). Homme pieux, intègre, patriote et démocrate, son souvenir reste vivant dans la mémoire de ses compatriotes.

L’un de ses anciens collaborateurs, Colonel (E/R) Anne Amadou Babaly, premier Intendant de l’Armée mauritanienne et ancien Ministre, livre ici ce témoignage. J’ai connu, pour la première fois, Feu Moustapha Ould Mohamed Saleck, en janvier 1965 à Atar. Il était déjà capitaine de la jeune armée mauritanienne et commandait le premier Escadron de Reconnaissance. Moi, Je rentrais de France, où je venais d’achever ma formation d’officier administratif.

Ma mission à Atar consistait à faire l’inventaire des matériels laissés par l’armée française. Après m’avoir reçu, et il m’a mis en contact avec les officiers avec lesquels je dois travailler. Il s’agit de Mohamed Sidina Ould Sidiya, Dieng Nedhirou et Ahmed Ould Minnih (Allah yarhamhoum). J’ai tout de suite perçu en l’homme un sens de la responsabilité, de la justesse d’esprit et de la noblesse du cœur.

Quand trois années plus tard, il a été nommé Chef d’Etat-major, son premier souci a été d’organiser la nouvelle armée mauritanienne et de combler le vide laissé après le départ des Français. Ainsi, il m’a confié l’administration du Bureau Technique, une structure qui gère l’ensemble des matériels techniques de l’armée : véhicules, armement, munitions, carburant, bâtiments…

J’ai été marqué par ce voyage, à Douala, au Cameroun qui nous a réunis, Moustapha, chef d’Etat-major, colonel Athié Hamat et moi. La mission avait but de s’inspirer de l’expérience camerounaise en matière de génie militaire, car Moustapha voulait doter notre armée d’une structure similaire.

Durant ce déplacement, j’ai eu à apprécier les qualités non seulement du Chef, mais aussi du frère, de l’ami, du patriote dont le désir unique était la construction de notre jeune nation mauritanienne.

J’ai donc dirigé ce nouvel organe de l’armée et travaillé sous son commandement à l’Etat-major jusqu’à son détachement à des fonctions civiles, notamment celles de Gouverneur de régions et de directeur de société d’Etat (Sonimex). Mais, nous avons gardé de très bonnes relations, en raison de l’inoubliable souvenir que je gardais de lui car c’est le premier officier mauritanien qui m’a commandé.

On s’est retrouvé à nouveau lors de ses deux passages à la tête de l’Etat-major. Entretemps, j’avais été promu Intendant de l’armée à partir de 1973. A son dernier retour à l’Etat-major, la guerre du Sahara battait son plein.

Il rentrait d’ailleurs du front nord (Région militaire d’Atar). Je me souviens que ses deux principaux collaborateurs, à l’époque, étaient les colonels Maaouiya Ould Taya, chargé des Opérations et Yall Abdoulaye, chargé de la Logistique. Pour ma part, je dépendais, directement de ce dernier.

L’armée avait peu de moyens et se retrouvait dans un conflit auquel elle n’était pas préparée. Mais, malgré tout cela, Moustapha a toujours gérer toutes les situations difficiles avec beaucoup d’adresse et de responsabilité.

Un jour, Maaouiya, chargé des opérations, me convoqua à l’effet de mettre en disposition la solde et l’alimentation des troupes, en poste avancé à Bir Moghrein, qui doit être acheminée, le lendemain par avion. Une trentaine de millions d’UM était nécessaire, mais qui n’était pas disponible dans nos caisses.

Maaouiya en fut totalement étonné et nos échanges, à haute voix, sont parvenus à Moustapha dont le bureau était à proximité de nous et qui a, vraisemblablement, entendu notre discussion. Il nous rejoint et demanda ce qui se passait. Maaouiya lui expliqua ce que je venais de lui dire et donc qu’il n’y a pas d’argent pour payer les salaires des soldats et leur alimentation.

Feu Moustapha lui dit, alors : « Mais, vous ne savez pas que ce pays est en banqueroute ? ». Il m’envoya voir le Trésorier Général de la République. Ce dernier me dit, de son côté, qu’il n’y a pas d’argent.

Je suis revenu rendre compte. Alors, Moustapha, contacta, Salem Vall Ould Moctar, Secrétaire Général du Ministère de la Défense Nationale, qui était son ami et promotionnaire d’école qui finit par nous trouver une solution.

Malgré, toute cette pression, Moustapha agit toujours avec un calme plat. A aucun moment, je n’ai senti en lui le moindre énervement, en dépit des situations de forte tension traversées, surtout quand vous restez, parfois, 24 heures de suite dans un bureau.

Dieu merci, il a toujours su maitriser les situations les plus difficiles et organiser l’équipe qui l’entourait pour que nous puissions être à l’aise dans l’accomplissement de nos devoirs. L’homme a été apprécié par ses pairs et l’ensemble de ses subordonnés. Que Dieu ait son âme.

Colonel (ER) Anne Amadou Babaly
©Cridem

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Commentaires (1)

  • Hammejerel (H) 18/12/2015 22:17 X

    Paix à son âme, qu’il repose en paix. Nos félicitations aux autres anciens de l’armée qui vivent surement des conditions peu enviables et abandonnés à leur triste sort. Nous rappelons par la même occasion au Colonel Baby que ces hommes là ne se sont pas enrichis sur le dos de l’état, et méritent tout notre estime, mais s’ils ont ouvert le bal des coups d’état et des révolutions de palais qui se succèdent encore et qui ne risquent pas s’arrêter en si bon chemin avec cette situation de blocage qui prévaut. Souhaitons que le prochain ne soit pas sanglant. Qu’Allah le souverain de l’univers guide nos pas dans le droit chemin.