14-03-2016 11:33 - La femme qui insufflait la vie en prison

La femme qui insufflait la vie en prison

Unicef - Une petite fille adossée au mur chantonne, les badots empruntent la ruelle ….la vie du quartier se poursuit. Personne ne semble prêter attention à cette petite maison couleur terre, située entre l’épicerie du coin et l’école du quartier. Rien ne la distingue des maisons du voisinage. Rien, hormis ses habitantes. Ces femmes que la vie a mené en prison.

Dans la cour, les gardes, effectuent leurs rondes. Plus loin, se tient droite et fière, Aicha. Elle a la beauté de sa jeunesse et la force que requiert sa fonction.

« Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail ! » dit-elle avant de décrire la longue liste d’activités qu’elle mène au profit des détenues. Dans une pièce rose, qui respire la vie, décorée de personnages Disney peints à la main, elle poursuit : « Les matins, je reçois ici les mères-détenues avec leurs enfants afin de contrôler leur état. La plupart d’entre elles ne possèdent rien et comptent sur nous pour leur remettre, entre deux jeux, des couches et quelques biscuits».

La présence de Aicha au sein de cette enceinte carcérale a considérablement changé la vie des femmes. « Les cours de sport leur font également beaucoup de bien. Il était très difficile pour moi au début de convaincre les détenues du bienfait d’une activité physique sur leur moral. Aujourd’hui, toutes participent et demandent à ce que l’on mette la musique plus fort».

« Dès la semaine prochaine, je compte instituer, en plus des cours de couture, un cours d’art plastique. Je voudrais proposer aux femmes de réaliser des bracelets » poursuit-elle en sortant de son sac une dizaine de bracelets de toutes les couleurs qu’elle a elle-même réalisés. « L’essentiel est de les tenir occupées. Elles vivent dans des conditions extrêmement précaires ».
Aicha, émue, raconte l’histoire de ces femmes, qu’elle connait toutes personnellement. « Elles sont quasiment toutes incarcérées pour Zina(1) ! Elles se retrouvent ici, enceintes et exclues par leurs familles. Les enfants naissent alors que la maman est en prison. Le système les autorise à conserver leurs enfants avec elles, mais leurs vies sont détruites».

Un sourire vient éclairer son visage. Elle poursuit : « Ma plus grande fierté est de les voir sereines après une séance de discussion. Il est vital pour elle de pouvoir parler. Les écouter est parfois difficile, mais le soutien que je reçois de mes collègues me permet de tenir ».

Ce jour, la prison des femmes comptait 24 femmes dont deux mineurs. « La situation des femmes dans nos pays est complexe mais elle s’améliore. A l’époque, Ma mère n’aurait jamais pu envisager de travailler. Aujourd’hui, à 25 ans, je suis diplômée et je travaille sans difficulté. Mon rêve ? Peindre. Peindre mes émotions. Peindre ma joie. Peindre ma colère. J’ai une âme d’artiste».

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Aicha est assistante sociale dans le cadre d’un projet mis en œuvre par la fondation Noura en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Celui-ci vise à renforcer l’accès aux services sociaux de base tels que l’accès à des cours d’alphabétisation, à un suivi psycho-social, à une réinsertion socio-économique pour les détenues mineurs et femmes en fin de peine. Ces efforts viennent s’inscrire dans l’esprit de renforcement des efforts déjà fournis par la Direction des Affaires Pénitentiaires et des Affaires Pénales (DAPAP) et la Direction de la Protection Judiciaire de l'Enfant (DPJE).

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L’UNICEF, un des principaux organismes d’aide humanitaire et de développement, travaille partout dans le monde en faveur des droits de chaque enfant. Les droits de l’enfant commencent avec un hébergement sûr, une bonne nutrition, la protection contre les catastrophes naturelles et les conflits et durent toute la vie : soins prénatals pour une naissance en bonne santé, eau propre et assainissement, soins de santé et éducation. L’UNICEF s’efforce depuis près de soixante-dix ans d’améliorer la vie des enfants et de leurs familles.

(1) La Zina désigne en loi islamique les relations hors mariage.



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Commentaires (2)

  • Ibiliss (H) 14/03/2016 23:24 X

    Je crois que de braves gens en liberté, mais miséreux, ont plus besoin d'aide dans nos faubourgs que ces canailles en prison!

  • Fr (H) 14/03/2016 15:21 X

    AICHA, ma sœur! Ce que tu fais n'a pas de prix et tu as la chance d'avoir eu cette inspiration. J'aime personnellement collaborer avec toi pour aider encore davantage ces sœurs pour surmonter les difficultés morales du moment et réintégrer la société une fois libres. J'ai quelque chose de très important à te dire pour ces soeurs, mais en privé, par mail. Mohamed MOHAMEDAMED E-mail : unfrere@gmail.com