23-01-2007 12:10 - Interview de Messaoud Ould Boulkheïr, président de l’APP
« Bonne gouvernance, transparence: de beaux mots creux! »
La Tribune: Un certain consensus s'était dégagé au lendemain du 3 août, avec les espoirs que la transition suscitait. Un consensus incité par les médias, la société civile et les partis. Aujourd'hui, on a l'impression que ce consensus s'effrite, car la réalité mauritanienne (finances et politique) s'avère moins changée que prévue. Qu'en pensez-vous?
Un consensus initial s’était dégagé effectivement, car le CMJD portait les germes d’un nouvel espoir avec ses engagements qui rendaient optimistes une population exténuée par les deux dernières décennies de dictature. C’était inespéré pour des mauritaniens menés de main de fer pendant au moins douze ans! Mais ces engagement ont été foulés, brisés. On s’en rend mieux compte aujourd’hui. Pour notre part, nous avons toujours eu des réserves. Si cette confiance se délite, c’est qu’il y a eu de sérieux ratés! Au lieu de rassurer en prouvant dans les actes que «rien ne sera plus comme avant», il a plutôt rassuré l’ancienne classe dirigeante et corrompue: les nominations ont été effectuées dans les mêmes terreaux socio politiques que sous le régime déchu! Il y a un réel fossé entre les annonces et les actes. Cela est d’autant plus désolant que les municipales et législatives ont montré la volonté des citoyens de rompre définitivement avec le passé.
La Tribune: Vous avez été le premier à dénoncer les écueils de la transition, notamment vos réserves quant à l’impartialité du CMJD dans le nouveau paysage politique qui se dessine chaotiquement. Pensez-vous que vos critiques vous isolent sur la scène politique actuelle?Messaoud Ould Boulkheïr: Cela m’isolerait si mes soupçons de départ étaient infondés. Mais le temps m’a donné raison. J’ai été un administrateur civil pendant assez longtemps pour connaître quelques arcanes de la scène politique mauritanienne. Je le dis sans ambages et sans prétention. J’ai toujours dit ce que je pensais. Les militaires ont essayé de saboter les partis pérennes en multipliant les candidats indépendants. Ce n’est un secret pour personne, le CMJD a un favori. Un cadre de l’APP a été reçu par un gradé de l’armée envoyé par le CMJD ces jours-ci, pour discuter comme il me l’a rapporté sur des solutions alternatives pour prolonger éventuellement le mandat actuel du gouvernement de transition. C’est confus dans mon esprit donc, d’autant qu’il y a eu des manifestations publiques pour promouvoir un tel cas de figure! On en saura plus dans les semaines à venir. Mais l’intérêt du pays, et cela ne doit échapper à personne, est que le processus de transition se termine dans les délais prévus.
Cela m’isolerait si mes soupçons de départ étaient infondés. Mais le temps m’a donné raison. J’ai été un administrateur civil pendant assez longtemps pour connaître quelques arcanes de la scène politique mauritanienne. Je le dis sans ambages et sans prétention. J’ai toujours dit ce que je pensais. Les militaires ont essayé de saboter les partis pérennes en multipliant les candidats indépendants. Ce n’est un secret pour personne, le CMJD a un favori. Un cadre de l’APP a été reçu par un gradé de l’armée envoyé par le CMJD ces jours-ci, pour discuter comme il me l’a rapporté sur des solutions alternatives pour prolonger éventuellement le mandat actuel du gouvernement de transition. C’est confus dans mon esprit donc, d’autant qu’il y a eu des manifestations publiques pour promouvoir un tel cas de figure! On en saura plus dans les semaines à venir. Mais l’intérêt du pays, et cela ne doit échapper à personne, est que le processus de transition se termine dans les délais prévus.
La Tribune: Quid de votre candidature aux présidentielles justement? Surtout à présent que la CFCD semble s'être auto disloquée après l'annonce à Kiffa de la candidature de Ahmed Ould Daddah, le départ de Mohamed Ould Maouloud et celui du FP?
Malgré tout cela, la CFCD existe toujours. Elle a été créée pour unir des efforts, accepter de participer à la renaissance du pays, ensemble. Mais à l’impossible nul n’est tenu. Dès le départ il n’était pas question d’une candidature unique. Et malgré la défection du Hatam et du FP qu‘il ne m‘est pas permis de critiquer, et les candidatures de chaque parti affilié à la CFDC (la sienne se fera le jeudi 19 janvier- ndlr), la stratégie a toujours été de s’unir autour de la liste du CFDC qui passerait le premier tour. De plus, après analyse, il nous a semblé impossible de cristalliser notre union en une seule candidature: trop de querelles intestines nous auraient affaiblis.
La Tribune: On a l'impression que la structure sociale mauritanienne, n'est pas prête de changer, niée par des mentalités trop sclérosées par le passé... Comment l'envisagez-vous dans les prochaines années?
On s’attendait à ce que le CMJD agisse d’une quelconque façon sur les mentalités et comportements de la société mauritanienne. Cela peut se faire sans dirigisme, mais avec conviction, par une sensibilisation de masse. La mise à l’écart d’une frange de la population est toujours d’actualité. Des communautés différentes vivent sur le même sol, mais n’ont pas les mêmes chances de réussite dans la vie, à cause d’un système biaisé par une élite incompétente.
La Tribune: La transparence financière et la bonne gouvernance, avec la question de la corruption sous-jacente: quel état des lieux feriez-vous de ces fers de lance de la politique de transition du CMJD?
Messaoud Ould Boulkheïr: je commets des erreurs chaque jour. Je suis contre l’autoritarisme, qui fait de l’individu un mouton docile, sans maîtrise aucune sur sa destinée. Dans ce sens, je n’ai jamais pu me contenter de demi convictions dans les rangs du parti. Je me suis ainsi peut-être aliéné quelques alliés. Lors des municipales, des trahisons ont eu lieu contre nous, mais aussi du fait de quelques éléments rebelles dans notre parti, comme à Nouadhibou par exemple; je pense que cela vaut pour plusieurs partis: les trahisons ont été faites à l’encontre des consignes soumises au sein du CFCD! J’ai souvent été déçu dans ce sens, car j’attends que les actes de tous que les actes soient conformes à la parole donnée. Malheureusement les ambitions personnelles prennent encore trop souvent le pas sur une entité plus élevée telle que le parti ou l'Etat.La Tribune: Pensez-vous avoir commis beaucoup d’erreurs dans votre vie politique? Il y en a une que vous regrettez particulièrement?
La Tribune: Vous semblez tenir votre caractère rebelle de votre famille, notamment de votre mère. Vous racontez dans la biographie consacrée sur votre blog, que vous ne menez de combat que contre vous-même, pour vous forger un caractère, atteindre vos limites, être un homme...
J’ai toujours pensé, et cela m’a guidé toute ma vie d’adulte, que l’on doit continuellement tendre à s’améliorer, à se dépasser. Je ne sais pas si les tribulations de ma famille, rebelle c’est vrai,m’ont marqué dans ce sens: je n’ai jamais eu confiance qu’en mon caractère sans concessions pour évoluer dans une société inégalitaire. Très jeune je me suis dit que sans argent, sans lignée noble, je ne me ferai respecter, qu’en liant mes actes à mes paroles. Cela m’a souvent créé des problèmes d’ailleurs…
La Tribune: Vous évoquez souvent le rôle symbiotique que devrait jouer la Mauritanie dans le rapprochement entre l’Afrique noire et le monde arabe, de par sa situation géographique, multiculturelle, et historique. Cela vous semble encore plus urgent aujourd’hui?
Une des grandes erreurs sur le plan de la politique étrangère du régime «déchu» avait été de sortir de la CEDEAO. Sa seconde erreur est sous-jacente à la première, et relative au fait qu’elle n’a jamais pu s’imposer et compter réellement dans le Maghreb. La Mauritanie est un carrefour extraordinaire, culturellement et géographiquement, mais nous n’avons pas su profiter de nos ressources culturelles et de cette position stratégique. Nous devrions être une sorte de trait d’union entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, mais nous demeurons une sorte de no man’s land sans repères. Ce rôle aurait dû être d’autant plus aisé à remplir qu’un lien fort devrait nous unir plus que nous diviser: l’Islam.
La Tribune: La situation au Darfour présente des aspects similaires culturellement et historiquement avec la situation chez nous, selon certains observateurs. Qu’en pensez-vous?
Mais le Soudan est noir dans sa quasi-totalité! Donc socialement il n’y a pas d’analogie en la Mauritanie et ce pays. D’autant qu’il n’a été arabisé que depuis à peine deux siècles maintenant. C’est aberrant de faire une telle comparaison, car ce qui se passe là bas résulte plus d’une acculturation qui a mal tourné, que d’un massacre ethnique. La seule analogie que je retiendrais serait le fait que l’intolérance n’est l’apanage d’aucun peuple, et qu’elle n’est tout le temps le fruit de la couleur de peau, de la religion, mais aussi parfois de la cupidité. C’est une tendance de l’espèce humaine malheureusement. Et pourtant, croyez-moi, ce qui se passe au Soudan et ce qu’il y a de plus grave actuellement au monde. Ça me touche presque plus que ce qui se passe chez nous!
La Tribune: un dernier mot sur les exécutions de Saddam et de ses pairs en Irak, et sur le fait que sa mort le transforme en véritable héros dans une grande partie du monde arabe?Messaoud Ould Boulkheïr: Que dire? Ce n’était certainement pas la justice qui a parlé dans ces exécutions humainement indignes. Je suis contre la peine de mort. La mort de tout homme me blesse. Quand on entend le glas, on ne se demande pas pour qui il sonne, disait un poète. Maintenant, sur la question de son martyr, chacun choisit ses héros, ou on a les héros qu’on mérite.
khalilou a écrit : 22 janvier 2007 : Présidentielle 2007 : L’APP investit Messaoud Ould Boulkheir
Il monte sur le podium, serre quelques mains et lance à la foule : « L’APP a décidé de présenter ma candidature à l’élection présidentielle du 11 mars 2007. Au moment où je déclare solennellement entériner cette décision, je mesure à sa juste valeur l’immense responsabilité qui en découle, à une époque de notre histoire où de grands espoirs sont nés, et qui étaient, il y peu, irréalisables du fait de décennies de dictature, d’arbitraire, de marginalisation et de gabegie. »
Fera-t-il mieux qu’en 2003 ?
Messaoud Ould Boulkheir, âgé de 62 ans, est né à Néma. Il est membre fondateur en 1978 du mouvement haratine "El hor" ("Libre), Messaoud Ould Boulkheir est l'ancien chef du parti "Action pour le changement" (AC), dissous en janvier 2002 par le régime de Ould Taya. A la présidentielle de 2003, il avait obtenu 4,98% des suffrages, perdant largement face au président sortant Maaouiya Ould Taya qui avait été élu avec le pourcentage officiel 67,02% des voix. Cette élection de 2003, comme tous les scrutins d’avant trois août avait été jugée non transparente par l’opposition. Avec les garanties de transparence actuelles, le candidat Ould Boulkheir et son parti espèrent jouer les premiers rôles.
L'ancien opposant mauritanien Messaoud Ould Boulkheir, un Haratine (descendants d'esclaves), a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de mars qui doit consacrer le retour des civils aux commandes du pays après le coup d'Etat d'août 2005 en Mauritanie. "En dépit de l'ampleur de la tâche, j'ai accepté de me porter candidat à la présidence de la République, fort du passé militant de notre parti", l'Alliance populaire progressiste (APP), a déclaré l'ex-opposant, président de cette formation forte de cinq députés élus à l'Assemblée nationale.
JeuneAfrique
20 janvier 2007 : Ould Boulkheir annonce sa candidature et s'engage à appliquer la justice sur tous
Dans un meeting tenu ce samedi soir le 20/01/2007 et devant la nouvelle maison des jeunes, Ould Boulkheir a prononcé un discours dans lequel il a déclaré : « Je suis déterminé à apporter des amendements constitutionnels pour renforcer la cohésion nationale; consacrer la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire; et réduire la domination du pouvoir exécutif sur les autres pouvoirs, particulièrement les prérogatives du président de la République. »
Il a ajouté : « il est nécessaire d'abroger toutes les lois limitant les libertés; de construire une armée nationale capable de protéger le territoire national et ouverte à tous les citoyens; d'abolir l'esclavage et établir une justice sociale, garantissant l'égalité et une vie décente pour tous les citoyens et l'élimination du chômage au sein des jeunes. »
A la fin de son discours, Ould Boulkheir a déclaré qu'il est important de rappeler au CMJD les engagements qu'il a tenu ces derniers mois et qui sont à l'origine de l'unanimité au sein de la classe politique. Il a averti des conséquences de toutes remises en cause de ces engagements.
Ould Boulkheir est considéré comme l'un des principaux hommes politiques mauritaniens. Il a milité dans le mouvement El-Hor pour l'abolition de l'esclavage. Il a été nommé par Ould Taya ministre du développement rural entre 1984 et 1988. Il a été secrétaire général de l'UFD/ère nouvelle, qu'il quittera en 1994 pour créer le parti Action pour le Changement.
Al-Akhbar.Info
20 janvier 2007 : Massoud candidat
L’entrée en course pour la présidentielle de mars 2007 du président de l’APP, attendue depuis longtemps, fait suite à celle de Ahmed Ould Daddah, qui a lancé sa candidature à partir de Kiffa.
Nouakchott Info
20 janvier 2007 : Messaoud Ould Boulkheir candidat aux élections présidentielles de mars 2007
M. Messaoud Ould Boulkheir, président de l'Alliance Populaire Progressiste (APP) a annoncé, aujourd'hui, samedi, sa candidature aux élections Présidentielles de mars 2007.
C'est ce qui ressort d'un communiqué remis à l'AMI par son parti, l'APP qui a décidé en effet, de présenter son président, candidat à la magistrature suprême du pays.
L'annonce de cette candidature, ajoute le communiqué, se fera au cours d'un meeting populaire qui sera tenu ce jour, samedi après-midi, à la Nouvelle Maison des Jeunes.
AMI
