24-07-2016 21:16 - Sommet de la Ligue Arabe de Nouakchott : Pourquoi les ténors boudent-ils ?

Sommet de la Ligue Arabe de Nouakchott : Pourquoi les ténors boudent-ils ?

Mauriweb - Le 27ème sommet de la Ligue arabe s’ouvre, lundi, à Nouakchott. Pour historique, le sommet l’est pour les mauritaniens. Jamais, en effet, la Mauritanie n’aura organisé, sur son sol, depuis son adhésion en 1973 à cette organisation, une rencontre d’une telle envergure. Mais est-ce une fin en soi?

Jamais le monde arabe n’a été aussi déchiqueté. Jamais l’oppression et la violation des droits de l’Homme n’y ont été aussi flagrantes et les défis sécuritaires, économiques et sociaux plus exacerbés.

Pourtant, la demande d’accueil du 27ème sommet n’a jamais été formulée par les autorités mauritaniennes avant le désistement du Maroc, en février 2016. Les autorités mauritaniennes y ont vu, sans doute, une aubaine pour se remettre en selles diplomatiques.

Les explications au revirement du Maroc, hub diplomatique par excellence, indiquant qu’en raison des nombreux défis, «le sommet arabe ne peut être une fin en soi ou devenir une simple réunion de circonstance» comme ce fut le cas, en 2015, lors du dernier sommet de Charem-El Cheikh, en Egypte. Les autorités mauritaniennes ne semblent pas avoir été intimidées par les nombreuses difficultés organisationnelles et politiques en vue.

Pour les autorités mauritaniennes, notamment pour le président Aziz, en fin de mandat, le sommet était une opportunité diplomatique à «ne pas rater» d’autant que le coût de la solution de rechange au Maroc était pris en charge par certaines monarchies du Golfe comme l’Arabie Saoudite qui aurait déballé, à elle seule, plus de vingt millions Usd pour aider la Mauritanie à accueillir ses hôtes. Le sommet prévu les 7 et 8 avril à Marrakech prit alors la direction de Nouakchott.

Sauver les apparences !

Le succès diplomatique du président Aziz, abritant et présidant le 27ème sommet de la Ligue arabe, après avoir présidé aux destinées de l’Ua, 2014-2015, est donc indéniable. Il se distingue désormais comme l’unique président mauritanien à avoir présidé les deux organisations. L

a fierté affichée par une importante frange de la Mauritanie d’abriter ce sommet -quoique frelatée par le chauvinisme d’une certaine opinion panarabiste y trouvant l’occasion de s’en prendre aux francophones- rassemble l’écrasante majorité des mauritaniens attachés à leurs origines arabes mais aussi africaines. Il est en tout cas bien clair que la classe politique mauritanienne à enterré ses clivages à l’aune du succès organisationnel d’un sommet du genre.

Mais à la veille de l’ouverture officielle du sommet, ce succès semble mitigé non seulement par les impairs organisationnels mais aussi et surtout par les défections du principal leadership du Monde arabe. Sur onze chefs d’Etat et de gouvernements annoncés, on risque de n’en voir que deux, trois ou quatre tout au plus. Un demi-échec.

Mais déjà, le sommet est entré dans le vif du sujet politique et stratégique pour les questions inscrites à l’ordre du jour. La Palestine, la Syrie dont le poste est gelé, l’Irak, la Lybie et surtout le Yemen sont les dossiers chauds de ce sommet. Si la Palestine continue de faire le consensus suite notamment à la proposition française d’une nouvelle conférence pour la paix (rejetée par les israéliens) sur tous les autres sujets la division est annoncée.

Nouakchott n’a certainement ni l’ambition, ni la prétention de faire évoluer ces dossiers. Elle reste campée sur ces différentes questions sur le positionnement des saoudiens. Elle a encore plus de raison de le faire quant au Yemen où l’envoyé spécial du SG des nations-unies, est notre compatriote, Ismael Ould Cheikh Ahmed, organisant actuellement des pourparlers au Koweit entre les belligérants de cette crise.

Mais les autorités peuvent aussi avoir une position sur ce que Ryad considère comme le «péril » iranien dont l’ambassade est fraichement ouverte à Nouakchott. C’est dans ce sillage qu’il faut aussi comprendre la décision des Etats de la Ligue arabe de créer une force militaire commune. C’est dire que le secrétariat général de la Ligue arabe peut bien avoir du pain sur la planche pour ce sommet de Nouakchott.

Mais ce sera sans doute sous la légendaire carpe de la politique de l’autruche dictée par les principaux ténors de l’organisation. Le statu quo ante dans la manière de gérer les antagonismes internes à l’organisation dictent une réforme profonde des procédures. Mais ce n’est jamais à l’ordre du jour dans une organisation où le véto d’un seul Etat parmi les 22 pourrait ajourner les décisions.

Quoique de bonne guerre pour le secrétariat général de l’organisation, l’ordre du jour des questions qui fâchent a toujours été « soigneusement » traité. Il y a donc dans l’organisation, les Grands et les petits Etats. Tout se chiffre au poids politique et financier des membres.

Les Etats pauvres notamment n’échappent pas au diktat des pourvoyeurs. Et la lutte d’influence y est monnaie courante. Sauver donc les apparences est le maître mot de l’organisation qui, en dépit de ses clivages, peut se rabattre sur des questions comme la lutte contre le terrorisme, le développement économique et social. Des priorités ciblées à tous les sommets mais qui très souvent ne sont pas suivies d’effectivité comme c’est le cas de l’union douanière, le développement durable, ou encore le marché commun arabe.

Les impairs du sommet

On peut sans doute le dire à 24 heures de l’ouverture officielle du sommet, les Chefs d’Etat et Gouvernements de la Ligue arabe ne bousculent pas à Nouakchott. Le sommet verra surtout l’hégémonie des chefs de diplomatie. Un rabais de représentation qui nuance un peu le succès diplomatique des autorités.

Le Chef de l’Etat présidera-t-il enfin un sommet de la Ligue arabe où ses l’écrasante majorité de ses pairs ne seront pas présents ? Tout compte fait, pour le président mauritanien, comme pour son gouvernement, l’important est d’émarger une année durant à la tête de cette organisation.

Le président mauritanien sera certainement toujours sollicité pour les questions engageant la Ligue arabe. Il a su le faire avec l’Ua. Il pourrait bien récidiver avec la Ligue arabe en jouant dans la cour des grands.

On ne peut non plus sur ce registre des impairs du sommet ne pas faire cas des déclarations désobligeantes du ministre libanais de la santé pour justifier l’absence du chef de gouvernement de son pays. Une bien ridicule sortie qui aura eu pour effet une boule de neige de dénigrements de ses propos (mauvaises conditions sanitaires et environnementales en Mauritanie) dans les foyers mauritaniens.

Mais il faut croire aussi que certains mauritaniens exagèrent dans leurs réactions confondant la sortie malheureuse du ministre libanais de la santé avec tout un Peuple qui nourrit des sentiments bien plus relevés aux mauritaniens. C’est un peu ça aussi le sommet de la Ligue arabe : gérer l’émotionnel des uns et des autres.

Mais il faut bien accepter que nous avons eu nos tares. Imaginez un instant que la pluie ait surpris nos hôtes à l’aéroport international Oumtounsi dont l’étanchéité n’était pas assurée. On en aurait été ridiculisés. Mais entre frères, on peut bien passer l’éponge !

JD

La Ligue arabe vieille de 45

La Ligue arabe a été créée le 22 mars 1945 au Caire (Egypte).

En 1944, à la recherche d’une fédération des pays arabes, le gouvernement égyptien mit en place un groupe d’étude chargé d’élaborer un projet. Avec l’aide des Britanniques, la conférence d’Alexandrie du 25 septembre 1944 se conclut par la rédaction du Protocole d’Alexandrie, déterminant les bases de la future association.

Les sept pays initiateurs de l’organisation sont l’Egypte, l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Syrie, le Liban, la Jordanie et le Yemen du nord.

Un protocole dit d’Alexandrie fixant les bases de cette organisation avait été lancé une année plus tôt (en 1944) avec l’aide des britanniques.



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