21-10-2017 09:29 - Ambassadeur de France en Mauritanie : remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres à M. Djibril Zakaria Sall

Ambassadeur de France en Mauritanie : remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres à M. Djibril Zakaria Sall

Ambassade de France en Mauritanie - Nous sommes ici ce soir pour rendre hommage à un poète, M. Djibril Zakaria Sall, à laquelle leurs qualités et leurs compétences remarquables ont valu d’être nommé par la ministre de la Culture, Mme Audrey Azoulay,

Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres, Ordre créé, je vous le rappelle, en 1957, destiné à honorer les mérites des «personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu'elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde ».
Mesdames, Messieurs,

Je vais décorer M. Djibril Zakaria Sall qui a fait honneur à notre République par son action et son engagement personnel.

Avant de lui remettre les insignes, conformément à la tradition, permettez-moi de dire qui est cette personnalité méritante, qui se cache derrière cet homme en retraçant rapidement son parcours qui lui vaut, aujourd’hui, de recevoir cette distinction française, même si la majorité des personnes présentes, ici, ce soir, connaissent bien mieux M. Djibril Zakaria Sallque moi.

Djibril Zakaria SALL est un poète et écrivain mauritanien d'expression française, dont la famille, peul, est issue du Sud-ouest de la Mauritanie (Hayré Mbar dans le Brakna). Né durant la période coloniale, il suit ses études primaires et secondaires à Rosso et notamment au célèbre Collège Moderne Xavier Coppolani, de 1953 à 1960, d'où sortit la première élite de la Mauritanie postcoloniale.

Il continue jusqu'au baccalauréat qu'il ne passe pas et, devient, en 1960, instituteur adjoint stagiaire. Mais en 1961, vous changez de vocation et décidez de rejoindre l'Ecole de police mauritanienne pour devenir inspecteur. Vous passez par l'Ecole fédérale de Dakar (Sénégal) et par l'Ecole supérieure de Police de Saint-Cyr-Au-Mont-d'Or, en France. En 1965, l'inspecteur Sall est promu commissaire où il exercera sur l'ensemble du territoire national mauritanien (Rosso, Zouerate, Atar, Nouakchott avant de devenir chef de brigade mobile dans l'est du pays).

C'est en octobre 1967, alors que vous êtes commissaire à Rosso que vous commencez à écrire de la poésie. C'est la nuit que vous rédigez vos poèmes, réveillé par l'inspiration que vous couchez d'abord – me dit-on - sur des carnets publicitaires d'une marque d'automobile japonaise.

En 1969, vous avez déjà écrit 25 poèmes que vous envoyez à Leopold Sédar Senghor alors Président de la République du Sénégal qui vous répond et vous conseille d'abandonner la rime - je site - pour se "consacrer à la poésie négro-africaine pure qui est rythme et image". Fort de ces recommandations, vous continuez à écrire avec ferveur.

Il faut attendre 1970, avec le soutien du premier Président de la République islamique de Mauritanie, Moctar Ould Daddah, pour qu'un premier recueil, "Lumières noires", soit édité et publié. Muté à Zouérate, dans le Nord du pays, en 1972, vous découvrez dans la presse française l'existence du Concours de l'île des Poètes de Lyon, auquel vous envoyez deux recueils de poèmes. Deux mois après, vous obtenez un prix d'honneur de ce concours.

Vous enchaînerez les postes à responsabilité dans la Police nationale mauritanienne jusqu'en 1975.

Vous connaîtrez deux intermèdes dans votre carrière policière. Le premier, entre 1975 et 1977, durant lequel vous serez détaché au Ministère mauritanien de la Culture pour préparer le Festival des Arts Nègres qui eut lieu, en 1977, à Lagos au Nigeria, où des poèmes à vous seront lus. A cette époque, M. Sall a déjà publié ses deuxième et troisième recueils (1976, "Soweto" et 1977, "Cimetière rectiligne"), toujours avec le soutien du Président Moctar Ould Daddah.

En 1975, alors que vous étiez de passage à Washington-DC, la revue américaine BalckWorld publia quelques-uns de vos textes qu'elle fit traduire en anglais. Vous avez également été primé lors d'un concours littéraire, en 1976, à Ouagadougou, au Burkina-Faso.

C'est pourtant à cette époque, en 1977, que la censure frappe. Suite à une publication d'un poème intitulé "le coup de piston" dans le journal Chaab, hebdomadaire officiel qui vous sollicitait régulièrement pour des textes, on vous interdit désormais de publier en Mauritanie, arguant d'une incompatibilité avec sa profession de commissaire de police. Depuis lors, aucun de vos recueils ne sera publié en Mauritanie.

Le quatrième recueil de Djibril Sall, "Les yeux nus", paraîtra donc à Dakar, en 1978, aux Nouvelles Editions Africaines. Le second intermède dans la carrière policière de Djibril Sall couvre la période 1982/1994, durant laquelle vous serez détaché à la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en qualité de Directeur du Département des Affaires sociales et culturelles, basé à Lagos, au Nigeria.

A votre retour, en 1994, vous obtenez le grade de commissaire principal et vous prendrez votre retraite cinq années plus tard, en avril 1999. Ces cinq années seront pourtant très difficile à vivre puisque vous êtes mis en "vacances forcées" dans votre village d'Hayré Mbar, dans la région du Brakna. Les événements de 1989 étaient passés par là.

Vous profiterez néanmoins du jumelage de votre village avec la commune française de Saint-Benoît-du-Sault, dans l'Indre, pour publier un nouveau recueil de poèmes, "Sillons d'espoir".

Au début des années 2000, vous découvrez avec joie que vos textes commencent à être lus et diffusés en Mauritanie, notamment par le biais du Centre culturel français mais également du fait de certains professeurs qui l'enseignent et l'invitent dans les classes. Votre poème "le village" sera même donné comme examen de maîtrise à l'Université de Nouakchott.

Il faut ajouter pour être tout à fait exhaustif que Djibril Sall s'est aussi essayé au théâtre. Vous avez écrit deux pièces, l'une traitant des problèmes de voisinage lorsque vous officiez à Atar dans le Nord du pays et, l'autre, "le Cri du drogué", traitant du problème de la drogue. Les deux n'ont jamais fait l'objet d'une publication.

L'activité littéraire de Djibril Sall s'est aussi faite en langue peul, sa langue maternelle, avouant qu'il découvrait ainsi la liberté de ne plus être français comme on le lui avait inculqué à l'école, en même temps qu'il explorait les possibilités littéraires de sa langue.

Cette distinction vient souligner et récompenser non seulement une personnalité attachée aux Arts et à la Culture comme vecteur d’union nationale, mais également un ardent défenseur de notre langue et du modèle français de soutien public à la culture et à l’éducation populaire. Elle vient également récompenser un véritable un ami de la France.

M. Djibril Zakaria Sall au nom de la ministre de la Culture, je vous fais Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres.



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