11-02-2019 10:11 - Interview avec N’Diaye Bocar

Interview avec N’Diaye Bocar

Journal Le Terroir - Ancien Directeur du Conseil Juridique et de l’Environnement à la la SNIM, N’Diaye Bocar est admis à la retraite depuis environ 24 mois ou plus. Militant de la première heure pour la démocratisation de notre système politique, observateur attentif et analyste lucide de la vie politique de notre pays, quelque fois déroutant par ses propos, Dr Bocar N'Diaye, diplômé en droit a accepté de répondre à nos questions qui tournent autour de l’actualité politique du moment.

L’un des rares cadres de l’UPR à avoir osé exprimer publiquement, au cours de la dernière campagne de réimplantation de la formation présidentielle, au mois d’Avril 2018 son opposition au 3ème mandat.

Homme politique de gauche qui a longtemps milité à l’UFP avant de changer de camp en 2014 suite au boycott prôné par sa son ex-formation politique, M. N’Diaye s’exprime à cœur ouvert dans les colonnes du Terroir.

Le Terroir-N’Genndi : Au lancement de la campagne de réimplantation de l’UPR à Boghé, au mois d’avril 2018, vous êtes l’un des rares cadres de ce Parti à prendre publiquement le contre-pied d’un militant de base qui avait même été soutenu par Ely Ould Alada, coordinateur de la dite réimplantation qui appelait, dès l’entame des discussions, le Président Mohamed O Abdel Aziz à modifier la constitution et briguer un 3ème mandat. Etiez-vous certain que le Raîss respecterait sa parole ou exprimiez-vous vos convictions politiques ?

N’Diaye Bocar : Merci de me donner l’occasion d’exprimer brièvement mon sentiment par rapport à cette actualité

Pour répondre à votre question, je dirais que j’exprimais alors les deux choses en même temps : premièrement je considérais que le 3ème mandat n’était pas le sujet, même si, comme d’habitude, certains militants, « pouvoiristes » dans l’âme, n’avaient que cela en tête ; par ailleurs, le juriste que je suis ne pouvait pas s’asseoir sur ses principes et jeter un voile pudique sur des dispositions constitutionnelles dont les meilleurs d’entre nous parmi lesquels, le Pr Salah, ont démontré le caractère intangible. J’avais donc à juste titre appelé au respect des termes de notre mission qui consistait à créer un Parti nouveau et à respecter notre feuille de route. C’était peut-être un langage nouveau.

Deuxièmement, j’ai toujours pensé que le Raîs comme vous dites, était suffisamment intelligent et soucieux de la paix et de la tranquillité de nos populations pour ne pas succomber aux chants des sirènes, par nature, éphémères et trompeurs ; je note aussi que le Président n’avait jamais exprimé publiquement son souhait ou son désir de modifier la constitution pour briguer un 3 ème mandat, même si, du reste, il pouvait « y penser en se rasant »

Qu’il y ait eu, d’après ses adversaires, un faisceau d’indices, allant dans ce sens, est une autre question ; vous savez les mauritaniens sont passés maîtres dans l’art de l’anticipation, voire de l’idolâtrie

Le Terroir-N’Genndi : le Raîss ira-t-il jusqu’au bout de sa logique, lui qui est toujours accusé par l’opposition d’être un éternel comploteur contre la démocratie Mauritanienne, qu’en pensez-vous ?

N’Diaye Bocar : Je ne sais pas de quelle logique vous parlez mais je pense que les choses sont à présent claires ; le Président ne briguera pas un 3ememandat par le biais du déverrouillage de la constitution ou par toute autre voie ; pour ainsi dire, ce débat est clos. Il appartient désormais aux acteurs politiques dont naturellement, l’Opposition, de montrer ce dont ils sont capables et de ne surtout pas déplacer le débat sur d’autres terrains. Le 3ème mandat n’étant plus un fait générateur de conflit, il faut à présent que chaque Parti ou groupe de Partis dévoile son homme et son programme.

Le Terroir-N’Genndi: comment comptez-vous faire face désormais aux partis politiques de l’opposition à Boghé, si l’on sait que votre camp politique est désormais amputé avec la nomination de l’ancien ministre de la Défense, Diallo Mamadou Bathia à la présidence du Conseil constitutionnel ?

N’Diaye Bocar : La nomination de Mr Diallo Mamadou Bathia à la tête du Conseil Constitutionnel est d’abord une marque de reconnaissance du sérieux, de la compétence de l’homme, pour qui connait l’importance du rôle du Conseil constitutionnel dans un Etat de droit, en particulier dans le contexte d’une élection présidentielle, et c’est ensuite une source de fierté pour tous ses compagnons de Boghé qui peuvent, à juste titre, se sentir « orphelins ».

Au-delà de ces considérations, je pense que ce qu’il faut que vous reteniez tout de suite, c’est quel électorat de Boghé comme pour l’ensemble du territoire national, n’appartient à aucun Parti ; les militantes et militants de Boghé feront certainement face aux autres partis avec la même détermination et la même force de conviction que par le passé ; nous avons suffisamment de ressources humaines pour ne pas tomber dans le doute, la mélancolie ou la nostalgie.

Le Terroir-N’Genndi : Votre dernier mot à l’endroit de nos lecteurs ?

N’Diaye Bocar : A vos lecteurs que je salue au passage, je voudrais dire que l’élection présidentielle est, comme ils le savent tous, le rendez-vous politique le plus important dans la vie des nations modernes ; c’est donc une étape qui mérite beaucoup d’attention et d’engagement de chacun pour l’aborder et la dépasser dans la sérénité et la concorde nationale.

Pour ainsi dire je souhaite qu’on arrête d’agiter cet éternel théorie du complot permanent et qu’on s’attèle à l’essentiel : présenter au peuple mauritanien des programmes crédibles et mobilisateurs sur les différents chapitres économiques et sociétaux ainsi que sur la gouvernance et l’approfondissement de notre démocratie.

Propos recueillis par Daouda Abdoul Kader DIOP



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