26-02-2019 18:30 - Changement climatique: «Il faut des stratégies d'adaptation»

Changement climatique: «Il faut des stratégies d'adaptation»

RFI - Des chefs d’État et de gouvernement des pays du Sahel ont adopté à Niamey un plan d’investissement climatique de plus de 350 milliards d’euros sur douze ans. Un plan qui vise à pallier les conséquences du réchauffement climatique. Cette somme est-elle à la hauteur des enjeux ?

Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique dans cette région du Sahel ? Et quelles solutions pour en limiter les effets ? Thierry Lebel, directeur de recherche, hydroclimatologue et spécialiste du cycle de l’eau en région tropicale à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), répond aux questions de Pierre Firtion.

RFI : La température en moyenne a augmenté à l’échelle planétaire de près de 1 degré depuis 1980. Mais au Sahel, cette hausse est encore plus importante.

Thierry Lebel : Effectivement, les hausses de température sont généralement plus fortes sur les continents que sur les océans. Donc 0,8-0,9-1 degré à l’échelle globale, cela signifie souvent à peu près 1,5-2 voire 3 degrés sur les surfaces continentales. Et au Sahel, on est un petit peu en dessous de 2 degrés.

Donc des températures qui augmentent et d’un autre côté, des pluies qui elles sont moins importantes que dans les années 50-60 ?

Disons que 50-60, c’était une époque vraiment humide sur le Sahel. Après on a eu la très grande sécheresse des années 70-80-90. Depuis, on a eu une certaine reprise au niveau des cumuls annuels, mais un régime pluviométrique qui est plus erratique. Et ce qu’on constate depuis 10-15 ans, c’est qu’effectivement on a toujours un déficit d’évènements pluvieux sur la région, un peu comme on avait à l’époque de la grande sécheresse.

En termes de totaux annuels, cela a été compensé par le fait que, quand il pleut, il pleut souvent de manière plus violente, plus intense. Mais ce n’est évidemment pas forcément de l’eau qui est facilement exploitable. Il va pleuvoir très fort, donc ça va ruisseler, ça va provoquer des inondations et ce n’est pas forcément très bon pour les usages agricoles.

Donc ces phénomènes sont plus violents, plus intenses que par le passé. Et cela entraîne aussi des inondations. Et là aussi, vous remarquez que le phénomène est en augmentation ?

Oui. C’est un peu multifactoriel ces questions d’inondation dans toutes les régions du monde, parce qu’il y a à la fois un facteur climatique et un facteur démographique et d’occupation des sols. Les pluies sont plus intenses dans des zones qui sont plus ruisselantes, avec des populations qui sont plus exposées. Et on a observé en gros une multiplication par dix en une quinzaine d’années du nombre de morts dus aux inondations en Afrique de l’Ouest.

La conséquence de tous ces phénomènes, c’est que les rendements agricoles sont en diminution. Et cela, c’est un vrai problème pour les populations, parce qu’on rappelle qu’en cette région du Sahel, l’agriculture est le principal moyen de subsistance…

Oui, le Sahel, c’était traditionnellement une région finalement qui était assez bien en équilibre. Bien entendu, il y a toujours eu des disettes, voire des famines qui étaient dues aux aléas climatiques d’une année sur l’autre qui caractérisent le climat de la région. Mais globalement, c’était une région qui nourrissait bien ses populations, du moins en alimentation de base.

Mais la croissance démographique fait qu’aujourd’hui, cela devient de plus en plus difficile d’être en autosuffisance alimentaire. Là aussi, on a cette conjonction des deux phénomènes : à la fois, la pression démographique et l’aléa climatique qui se conjuguent pour rendre les zones plus vulnérables aux disettes.

Une fois qu’on a dressé ce constat, quelles sont les solutions à mettre en œuvre pour lutter contre ces phénomènes ?

Il y en a plusieurs. Il y a d’abord des solutions au niveau global pour amortir le réchauffement climatique en diminuant nos émissions de gaz à effet de serre. Et puis après, il y a un agenda qui est plus régional qui consiste pour les pays à avoir des stratégies d’adaptation à un nouveau climat et un nouvel environnement, au niveau notamment de la protection des terres, d’avoir des pratiques qui essaient de conserver la ressource en sol, des pratiques agricoles qui permettent de retenir l’eau.

Là, il y a des techniques traditionnelles déjà qu’on pourrait essayer de développer un peu plus systématiquement dans la région, et également essayer, dans la mesure où il y a cette accélération du cycle hydrologique, de faire des retenues d’eau qui permettraient de se protéger contre l’érosion et de pouvoir éventuellement réutiliser l’eau en irrigation locale.

Ces techniques dont vous parlez, est-ce qu’elles sont déjà mises au point dans certains pays de la région ?

Oui, il y a des endroits, par exemple le Burkina Faso qui a fait beaucoup d’expérimentations dans ce domaine. Il y a des projets qui peuvent exister par région, par exemple dans la région de Tahoua au Niger. Au Sénégal aussi, le fait de replanter des arbres pour aller vers des systèmes agricoles qui soient plus résilients, qui associent à la fois des cultures et des systèmes arborés ; ce sont des techniques qui commencent à être assez bien connues, d’ailleurs qui sont même parfois même ancestrales, qui étaient bien maitrisées, qui avaient été un petit peu oubliées au profit d’un modèle agricole un peu trop inspiré du monde occidental. Mais c’est quand même encore loin d’être généralisé.

Les 17 pays de la bande sahélienne ont validé un plan d’investissements climatiques de plus de 350 milliards d’euros sur 12 ans. Est-ce que les Etats et la communauté internationale ont suffisamment pris la mesure des enjeux ?

Oui, je pense. Quand on pose cette question, c’est toujours un peu difficile de savoir ce qu’on entend par prendre la mesure. Intellectuellement, les décideurs, les gouvernements dans leur très grande majorité voient bien qu’il va falloir faire face à un choc climatique important. Cette somme est quand même très considérable, puisqu’elle dépasse largement le montant du fonds vert qui a été annexé à l’Accord de Paris et qui est censé répondre aux besoins de l’ensemble des pays qui doivent s’adapter au réchauffement climatique.

Là, on parle quand même de sommes tout à fait considérables. Après c’est toujours pareil. D'abord est-ce qu’on sera capable de les mobiliser ? Comment seront-elles dépensées ? Il y a toujours le risque quand on affiche des grosses sommes comme ça que ce soit dépensé sur des très gros projets peut-être un petit peu surdimensionnés.

Dans l’absolu, c’est une somme vraiment considérable. Il y aura possibilité de faire beaucoup de choses avec, mais ce qu’il faut espérer, c’est que ça correspondra à des stratégies qui soient bien réfléchies.



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Source : RFI
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