03-01-2026 19:16 - Edito/Arrestation de Maduro : Quand la force piétine le droit
LA DÉPÊCHE - L’idée même qu’un président en exercice puisse être arrêté par une puissance étrangère, au mépris des règles élémentaires du droit international, glace le sang. C’est tout simplement le noman’s law du farwest vécu en direct.
Après l’arrestation du président Vénézuélien N. Maduro, le message envoyé par les États-Unis dans le dossier vénézuélien est limpide : la loi du plus fort tend à se substituer au droit des nations. Le Loup et l’agneau n’est sans doute plus une fable. Mais la devise de nos jours en vogue : « la raison du plus fort est toujours la meilleure ».
Nicolás Maduro n’est certes pas un modèle de démocratie. Ses dérives autoritaires, la répression de l’opposition et la crise politique qui mine le Venezuela sont largement documentées. Mais ces réalités, aussi graves soient-elles, ne sauraient justifier qu’un État s’arroge le droit d’agir seul contre un chef d’État étranger, hors de tout cadre multilatéral. Le droit international n’est pas un menu à la carte que l’on consulte selon ses intérêts ou ses humeurs.
En s’érigeant en juge, en procureur et en gendarme du monde, le président américain franchit une ligne dangereuse. Aujourd’hui, c’est un dirigeant d’un pays affaibli économiquement et diplomatiquement qui est visé.
Demain, qui pourra garantir que cette logique ne s’étendra pas à d’autres États, y compris parmi les alliés traditionnels de Washington ? Les propos désobligeants et les humiliations publiques infligés à des dirigeants de pays pourtant riches et influents, comme la France d’Emmanuel Macron, montrent bien que nul n’est à l’abri de cette diplomatie de l’arrogance.
Cette dérive unilatérale va certainement alimenter un antiaméricanisme déjà profond et dont seule l’Administration Trump sera responsable. Elle écaille un peu plus l’image des États-Unis, jadis présentés comme les garants d’un ordre international fondé sur des règles communes. À force de confondre puissance et légitimité, la Maison Blanche risque de précipiter l’effondrement de l’équilibre mondial.
L’hégémonie exercée sans retenue porte en elle les germes de l’instabilité globale. En banalisant le recours à la force et au fait accompli, les États-Unis prennent le risque de devenir les principaux détonateurs d’un monde plus violent, plus fragmenté — et potentiellement au bord d’un conflit majeur. L’histoire l’a montré : lorsque le droit cède durablement devant la force, ce sont toujours les peuples qui en paient le prix.
J.D
