07-01-2026 16:40 - Crise des commerçants mauritaniens au Mali : la patience à bout, l’inaction de Nouakchott et l’injustice de Bamako dénoncées
POINTS CHAUDS -
La situation des commerçants mauritaniens établis au Mali demeure critique, près d’un an après le déclenchement d’une crise diplomatique entre Nouakchott et Bamako.
À l’origine de cette tension figurent les mesures prises par la Mauritanie dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, un phénomène qui a progressivement fait du pays un important territoire de transit pour les migrants originaires d’Afrique subsaharienne en direction de l’Europe.
Selon plusieurs rapports, près de 90 % des embarcations de migrants irréguliers à destination des côtes européennes partiraient de la Mauritanie, et plus de la moitié des migrants seraient de nationalité malienne.
Face à cette pression migratoire croissante, les autorités mauritaniennes ont renforcé les contrôles aux frontières et procédé au refoulement de ressortissants étrangers en situation irrégulière, dont plus de 2 000 citoyens maliens dépourvus de titres de séjour, reconduits vers la frontière mauritano-malienne.
Nouakchott a justifié ces mesures non seulement par l’application de la loi et la défense de la souveraineté nationale, mais également par la nécessité de lutter contre les réseaux de migration clandestine et de répondre aux engagements sécuritaires et internationaux du pays.
En réaction, les autorités maliennes ont pris des mesures visant des ressortissants mauritaniens vivant et exerçant au Mali, une démarche perçue par de nombreux observateurs comme un « renvoi d’ascenseur ». Toutefois, selon plusieurs sources concordantes, cette réponse est jugée injuste et disproportionnée, dans la mesure où les commerçants mauritaniens concernés étaient en situation régulière, disposaient de documents administratifs valides et se sont conformés aux exigences des autorités maliennes.
Malgré cela, plusieurs commerces appartenant à des Mauritaniens ont été fermés, notamment à Bamako et dans d’autres villes du pays, provoquant d’importantes pertes financières et plongeant de nombreuses familles dans une situation de grande précarité. Aucune mesure d’assouplissement notable n’a été observée, en dépit des démarches répétées entreprises par les commerçants.
En début d’octobre, le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, s’est rendu à Bamako dans le but de désamorcer la crise. À l’issue de cette visite, il avait obtenu des assurances des autorités maliennes quant à un règlement prochain du dossier, notamment la réouverture des commerces fermés appartenant à des Mauritaniens.
Cependant, plusieurs mois après cette mission diplomatique, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Cette inertie a renforcé le sentiment de frustration parmi les commerçants mauritaniens et alimenté les critiques d’observateurs estimant que les autorités de Nouakchott ont fait preuve d’une excessive timidité dans la gestion de ce différend avec Bamako et selon des spécialistes de la géopolitique Nouakchott a des cartes qui peuvent rendre flexible la position de Bamako en moins de 24h.
Alors que la crise s’enlise, les commerçants mauritaniens au Mali dénoncent ouvertement la timidité de l’intervention de leurs autorités dans la résolution de leurs difficultés. Ils affirment que l’absence d’une action efficace a aggravé leurs problèmes économiques et sociaux au fil des mois.
Face à ce qu’ils considèrent comme une injustice persistante depuis près d’un an, ils annoncent désormais leur décision d’organiser un sit-in devant l’ambassade de Mauritanie à Bamako, afin d’alerter l’opinion publique et d’exiger une prise en charge plus ferme et plus efficace de leur dossier.
Ould Baya
