25-02-2026 02:00 - Sahara occidental : comment Alger et le Polisario ont été contraints de renoncer à l’indépendance
Jeune Afrique -- Début février, le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario se sont réunis à Madrid pour discuter du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Plusieurs points continuent de cristalliser les tensions. L’analyse de François Soudan, au micro de RFI.
Les 8 et 9 février, le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario se sont réunis lors d’un conclave à Madrid sous l’égide des États-Unis pour évoquer le sort du Sahara occidental. Durant ces discussions, Rabat a présenté une version actualisée de son plan d’autonomie de l’ancienne colonie espagnole.
« Le point de départ du processus de négociations en cours sous la houlette américaine, c’est l’abandon implicite du référendum d’autodétermination », rappelle François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, au micro de RFI.
L’option de l’indépendance est désormais jugée obsolète et remplacée depuis l’adoption de la résolution 2797 des Nations unies, en octobre 2025, par une discussion autour du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Le texte, dont une version synthétisée a été divulguée par un média espagnol, repose sur le principe d’une autonomie interne classique : « La région aurait la main sur tous les sujets d’intérêt local, tandis que le pouvoir central conserverait les compétences régaliennes », précise François Soudan.
Désaccords
Ce nouveau plan aborde des questions institutionnelles, avec la mise en place d’une assemblée élue mais aussi un volet consacré à la réconciliation – avec l’amnistie des dirigeants du Polisario – et au retour organisé des populations sahraouies réfugiées dans les camps de Tindouf, en Algérie.
Pour l’heure, ce plan d’autonomie, à l’état de projet, fait encore l’objet de désaccords. Les négociations en cours pourraient buter sur certains points. Par exemple, l’Algérie et le Polisario rejettent le mode de désignation du chef de l’exécutif local qui, selon le texte, doit être « nommé par le roi » Mohammed VI.
Ils lui préfèrent une élection. Les deux parties souhaitent aussi que le référendum sur le statut d’autonomie de la région soit réservé aux électeurs sahraouis, contrairement au document qui prévoit que l’ensemble du corps électoral marocain soit impliqué dans le vote.
Un revirement majeur d’Alger
L’adhésion d’Alger se fait, pour l’heure, sans réelles contreparties. « Il est clair qu’en acceptant de se rendre à Madrid sous la pression diplomatique et psychologique américaine afin de participer à des négociations autour du plan marocain, l’Algérie et le Polisario sont en quelque sorte allés à Canossa », poursuit François Soudan.
Plusieurs sessions de discussions doivent avoir lieu d’ici la prochaine rencontre prévue en mai, lors de laquelle Washington espère finaliser un accord-cadre politique. « On peut imaginer que le président Tebboune réfléchit déjà à la manière d’expliquer à son opinion publique ce qui pourrait apparaître comme un revirement majeur. Mais, pour Alger, c’est sans doute le prix à payer pour sortir d’un certain isolement diplomatique », conclut François Soudan.
