03-03-2026 16:38 - Mauritanie : deuxième câble sous-marin en 2027… pendant que le défi Starlink s’impose déjÃ
Le Quotidien de Nouakchott -- La mise en service du câble EllaLink au premier trimestre 2027 est présentée comme un tournant stratégique pour la Mauritanie. Mais au-delà du chantier technique, un autre acteur redessine déjà le paysage numérique : Starlink, le service d’Internet par satellite d’Elon Musk.
Et c’est là que le débat devient plus complexe.
Alors que l’État investit dans une infrastructure lourde et coûteuse, Starlink propose une alternative immédiate : Installation rapide, connexion indépendante des infrastructures terrestres, débits souvent supérieurs aux offres locales et une couverture dans les zones enclavées.
Dans plusieurs pays africains, Starlink a déjà bouleversé les équilibres du marché. En Mauritanie, même si le service n’est pas officiellement homologué à grande échelle, son usage s’est diffusé par des circuits parallèles.
Résultat : une concurrence technologique inattendue pour les opérateurs nationaux.
La position des autorités mauritaniennes semble prudente, voire restrictive.
Plusieurs actions ont été observées notamment le renforcement des contrôles douaniers sur l’importation de kits Starlink, les rappels réglementaires sur l’obligation d’autorisation préalable et la surveillance accrue de l’usage d’équipements satellitaires non homologués.
L’argument officiel repose sur : La souveraineté numérique, la sécurité des communications, la régulation du spectre radioélectrique, et la protection du marché local des télécommunications.
Mais en filigrane, une autre réalité apparaît : Starlink menace directement le modèle économique des opérateurs historiques.
D’un côté, l’État cherche à : réduire la dépendance au câble ACE ; sécuriser la connectivité internationale ; attirer les investissements numériques ; et accélérer la transformation digitale.
De l’autre, il limite une technologie qui offre : redondance immédiate ; résilience en cas de panne des câbles sous-marins ; accès dans les zones rurales mal desservies ; et concurrence susceptible de faire baisser les prix.
Ce paradoxe soulève une question centrale : la priorité est-elle la protection du marché existant ou l’accès universel à une connectivité performante ?
Les partisans d’un encadrement strict avancent des arguments sérieux :
Les données transitant par Starlink échappent aux infrastructures nationales.
Le trafic n’est pas toujours localisable.
La régulation fiscale devient complexe.
La cybersécurité pose question.
Cependant, bloquer ou restreindre excessivement Starlink pourrait produire l’effet inverse maintien de prix élevés ; ralentissement de l’innovation ; frustration des entreprises numériques ; et fuite vers des solutions non régulées. Dans un monde numérique ouvert, l’interdiction pure et simple devient difficilement tenable. Le débat ne devrait peut-être pas être binaire.
Un câble sous-marin comme EllaLink offre une capacité massive (jusqu’à 12 Tbps annoncés) une stabilité à grande échelle ; coût par gigabit plus faible à long terme. Starlink, lui, apporte : flexibilité ; rapidité de déploiement ; solution de secours et connectivité des zones isolées. Les deux technologies pourraient être complémentaires. Mais cela suppose : une stratégie nationale claire et un cadre réglementaire moderne ;
À l’horizon 2027, lorsque EllaLink sera opérationnel, le paysage africain aura encore évolué. Si la Mauritanie : ne baisse pas significativement ses coûts Internet et ne développe pas d’écosystème de data centers le deuxième câble ne suffira pas.
Et si Starlink continue de s’imposer de manière informelle, cela révélera surtout un décalage entre la demande réelle du marché et l’offre régulée.
La mise en service d’EllaLink est nécessaire. Elle mettra fin à une dépendance excessive à ACE et renforcera la résilience nationale. Mais le véritable défi n’est pas uniquement technique.
Il est stratégique : Comment intégrer Starlink dans un cadre régulé plutôt que le combattre frontalement ? Comment transformer la nouvelle capacité en baisse réelle des prix ? et surtout comment faire de Nouadhibou un hub régional plutôt qu’un simple point d’atterrissement ?
La bataille du numérique en Mauritanie ne se joue plus seulement sous la mer.
Elle se joue aussi dans l’espace.
