11-03-2026 13:52 - La domination budgétaire dans les pays rentiers ! Une fabrique de serial putschistes. Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*

La domination budgétaire dans les pays rentiers ! Une fabrique de serial putschistes. Par maître Taleb Khyar ould Mohamed Mouloud*

Taleb Khyar Mohamed -- Comment peut-on imaginer une alternance paisible dans un pays rentier où le dosage de la politique économique est caractérisé par une expansion budgétaire récurrente qui se dilue dans une restriction non moins récurrente de la politique monétaire ?

Les effets recherchés à travers l’expansion budgétaire que sont le plein emploi et l’amélioration du revenu s’anéantissent de manière spontanée par le durcissement de la politique monétaire suffisamment illustré par une éviction systématique du secteur privé, par le monopole d’Etat sur le crédit à l’économie ; le tout accentué par une Banque Centrale qui privilégie les objectifs de politique budgétaire au détriment des objectifs de stabilité macro-économique.

L’alternance ne pourra dès lors se faire que de manière transactionnelle, car aucun pouvoir soutenu par une économie de rente aux conditions évoquées précédemment n’acceptera de renoncer par la voie des urnes ou « proprio motu » à une gouvernance qui fonctionne exclusivement par un accroissement chronique des dépenses publiques, alimenté par un recours systématique à l’emprunt aussi bien sur le plan interne qu’international.

Le seul effort que fournissent les dirigeants de tels pays sont ceux qui consistent à financer leur maintien au pouvoir grâce à un endettement perpétuel des Etats dont ils conduisent le destin, entretenant de la sorte une hausse constante de la dette publique, une position extérieure globale en dégringolade permanente.

Cette classe dirigeante qui confond loyauté et soumission, se maintiendra au pouvoir pendant vingt ans, trente, voire quarante et parfois plus, au cours desquels son principal souci ne sera autre que l’endettement du pays qui sera mis au service d’un train de vie dispendieux , outre le financement des ambitions politiques du pouvoir en place.

Cela se poursuivra, même s’il le faut pour l’éternité, à moins que quelques putschistes sortis de nulle part ne viennent gâcher la fête parce qu’ils n’ont pas été associés au festin, puis ça reprend de plus belle avec les nouveaux venus qui emboiteront le pas à leurs prédécesseurs qu’ils s’empresseront de jeter en prison, ou contraindront à un exil forcé, ou choisiront d’envoyer à l’échafaud.

Il ne faut donc pas s’étonner que sous de tels gouvernances, il se mette en place un système sécuritaire qui bafoue toutes les libertés et droits fondamentaux, et dont on fera l’éloge sous la rengaine démagogique : « pas de développement sans sécurité », alors que l’inverse : « pas de sécurité sans développement », serait plus approprié.

Le développement ! Ces dirigeants n’en ont cure, comme d’ailleurs les institutions financières qui se proposent de les accompagner.

Au moment de contracter avec de tels pays, les institutions financières internationales n’ignorent pas que la balance commerciale de ces pays est structurellement déficitaire, et ceci de manière récurrente.

Ces institutions financières internationales n’ignorent pas non plus que la position extérieure globale de ces pays est en constante dégringolade.

Ces institutions savent que ces Etats ne créent pas de plus-values, mais s’entretiennent grâce à la marge commerciale que leur procure l’exportation des matières premières dont regorgent leur sous-sol.

Ces institutions ne peuvent pas se voiler la face devant la dépendance des prix des matières premières dont regorgent ces sous-sols à la variation des taux de change sur lesquels ces pays n’exercent aucune influence, ce qui rend leur économie vulnérable aux chocs extérieurs.

D’autres indicateurs qui devraient empêcher ces institutions de commercer avec de tels Etats sont visibles à l’œil nu : absence de redevabilité, justice sélective, immaturité institutionnelle, pauvreté, ignorance, délinquance, enfants soldats, guerres civiles, exploitations sexuelles et usage du viol comme armes de guerre, prolifération de mouvements qui rivalisent sur le marché identitaire, encadrés politiquement par des entrepreneurs de violence…etc.

Pourtant les prêteurs institutionnels ne se font pas prier pour couvrir ces pays de dollars dont ils savent pertinemment qu’ils serviront à tout sauf à émanciper les populations qu’ils sont censés extraire de la pauvreté.

Il est dès lors légitime de se poser la question suivante: ces financiers de tout bord, ne trouvent-ils pas leur intérêt dans l’appauvrissement de ces pays ? L’appauvrissement de ces pays n’est-il pas en soi l’objectif recherché par ces investisseurs institutionnels ?

Ce questionnement n’est pas dénué de tout intérêt au vu de la thérapie commune aux pays rentiers ayant adopté les programmes d’ajustement structurelle, thérapie qui s’articule de nos jours, autour des mécanismes suivants:

-« Mécanisme élargi de crédit » présenté comme devant améliorer la balance de paiement, alors que ce qui intéresse les créanciers, c’est la balance commerciale, sous-agrégat de la balance de paiement, qui met en relation les importations et les exportations de marchandises. C’est en effet par l’amélioration de la balance commerciale que ces prêteurs institutionnels se feront rembourser.

Cette amélioration ne s’est jamais réalisée , ce qui explique l’accumulation de la dette au fil des ans, son insoutenabilité, et le recours incessant à sa restructuration, et parfois même, la revendication pure et simple de son annulation.

Cette revendication est tout à fait légitime, et ne manque pas de pertinence au vu du caractère léonin de ce mécanisme.

-« Facilité élargie de crédit » qui viserait l’amélioration du revenu, alors qu’une telle amélioration est insusceptible de se réaliser sans association du privé par la mise en place d’une politique monétaire extensive permettant l’accès au crédit des ménages, banques, assurances, services d’intermédiations financières, entreprises non financières, à des conditions avantageuses qui sont inconciliables avec une politique monétaire restrictive, considérée pourtant comme la variable pivot des programmes d’ajustement.

-Le troisième programme dit « Facilité pour la résilience durable », est plus proche d’une déclaration d’intention qui ne préconise en rien une solution concrète à la récession économique qu’il se propose de surmonter.

Convenons-en ! les programmes d’ajustement structurel sont, en ce qui concerne les pays rentiers: 1) des contrats d’adhésion qui font fi de la volonté de l’emprunteur qui doit simplement adhérer à leur contenu.

2)Ils sont truffés de clauses léonines en faveur des bailleurs de fonds, ce qui affecte gravement l’équilibre contractuel des parties et dénature l’économie de la relation au bénéfice du prêteur, et au détriment de l’emprunteur.

*Avocat à la Cour.
*Ancien membre du Conseil de l'Ordre national des avocats.




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