28-03-2026 09:15 - Les éleveurs mauritaniens face au syndrome de la mort au Mali

Les éleveurs mauritaniens face au syndrome de la mort au Mali

SAHARA MEDIAS - Triste journée dans le village mauritanien de « Sarsar », après la mort de sept de ses habitants qui avaient pénétré en territoire malien à la recherche de pâturages pour leur bétail depuis quelque temps, ce qui a provoqué un profond choc au sein de la communauté locale.

Dans ce village situé à 27 km de la commune d’Aïn Varba, à 130 km d’Aioun, capitale de la wilaya du Hodh El Gharbi, à l’est de la Mauritanie, les habitants et les notables se sont rassemblés ce vendredi pour présenter leurs condoléances.

Le village est constitué d’un ensemble de huttes habitées par des membres de la communauté « Foulan », une ethnie répandue dans toute l’Afrique de l’Ouest, qui vit principalement de l’élevage de bovins et de la transhumance à la recherche de pâturages.

La tristesse se lit sur les visages de Kendouro Bela Bah, qui a perdu Ibrahim, Haroun et Hamdou, et de « Mamdou Sow », accablé par la mort de ses fils Alassane et Ibrahim, ainsi que d’Ibrahim Sali, qui a perdu Mahmoud et Youssouf.

Dans une vidéo qui circule, le maire de la commune d’Aïn Varba, Mohamed Lemine Al-Banan, apparaît entre deux pères qui ont perdu leurs fils lors de l’incident au cours duquel huit Mauritaniens ont été tués, tandis que le troisième père se trouve toujours au Mali.

Le maire s’adressait aux habitants du village pour leur faire part des dangers liés aux déplacements à l’intérieur du territoire malien, en particulier dans la période actuelle, en raison de l’évolution de la crise sécuritaire que connaît ce pays depuis 2012.

Détails de l’incident

Lors d’un entretien téléphonique avec Sahara Media, le maire d’Aïn Varba a précisé que les victimes avaient été tuées mercredi dernier dans la région de Tantalé, au sud du département malien de « Yélimani », à 100 km de la frontière mauritanienne.

Il a précisé que des éléments armés non identifiés avaient appréhendé les victimes près d’un puits alors qu’elles abreuvaient leur bétail, en compagnie d’un Mauritanien, soulignant qu’un des pères les accompagnait lors de ce déplacement, mais qu’il avait quitté le puits avant l’arrivée des forces armées, qui ont relâché deux enfants qui se trouvaient avec les victimes.

Il a indiqué que les forces les avaient emmenés depuis le puits, avant que leurs corps ne soient retrouvés par la suite, soulignant que les habitants des zones frontalières avaient l’habitude de se rendre en territoire malien pour abreuver leur bétail, malgré les avertissements constants des autorités mauritaniennes quant au danger que cela représentait.

Le maire a affirmé que les autorités n’ont jamais cessé de mettre en garde contre les dangers de la transhumance en territoire malien des mises en garde que « les victimes n’ont malheureusement pas respecté.

Une affaire complexe

Dans le même temps, le journaliste spécialisé dans les questions maliennes, Hamadi Diallo, estime que cet incident ne le surprend pas, soulignant que le principal problème réside dans le fait que les nomades mauritaniens « n’ont pas respecté les consignes de l’État leur enjoignant de rester à l’intérieur des frontières de la Mauritanie ».

Il a souligné que « certains d’entre eux sont allés bien loin en territoire malien, certains même ont atteint la région de Yelman et celle de Sedmentali, très éloignées de la Mauritanie ».

Il a affirmé qu’« il y a des centaines de Mauritaniens bloqués à l’intérieur des frontières maliennes et que, par conséquent, en cas de confrontation ou si la malchance les amène à croiser l’armée malienne, ils sont exposés à ces violations ».

Concernant les violations persistantes à l’encontre des Mauritaniens, il a déclaré ne pas y voir d’objectif clair : il s’agit soit d’une politique délibérée du gouvernement malien actuel visant à provoquer la Mauritanie et à l’entraîner dans un affrontement militaire afin que Bamako impose à Nouakchott les conditions qu’il lui impose, soit d’un affrontement non planifié et isolé.

Hamadi a exclu que l’incident soit lié au Front de libération de Massina, composé de Foulani et affilié au groupe « Soutien de l’islam et des musulmans », lui-même lié à Al-Qaïda. Il a souligné à cet égard que « l’armée malienne procède à des éliminations sur une base ethnique, indépendamment des affiliations politiques ou partisanes. Il y a des morts parmi les éleveurs peuls, les Arabes et les Touaregs, selon lui.

Il a évoqué le mécontentement du ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, face aux violations commises contre la Mauritanie, soulignant qu’elles étaient inacceptables, mais Hamadi a fait remarquer que les patrouilles de l’armée malienne à la frontière agissaient indépendamment des dirigeants de Bamako et ne recevaient pas d’ordres d’eux.

Une crise qui se répète

Il y a cinq jours, l’armée mauritanienne a déclaré que trois bergers, dont deux Mauritaniens et un Malien, avaient été tués sur le territoire malien, près de la frontière avec la Mauritanie, affirmant que les unités de l’armée mauritanienne n’étaient pas impliquées dans cet incident.

Dans un communiqué qu’elle a publié, l’armée a précisé qu’une force armée composée de cinq véhicules et de vingt motos était arrivée le matin du 20 mars dans le village malien de « Yakna », situé à environ 12 kilomètres de la frontière mauritanienne et à 40 kilomètres du village « Abgidide » sur le territoire mauritanien, où elle a arrêté trois bergers qui ont ensuite été retrouvés morts.

Dans le même contexte, le ministère de l’Intérieur a annoncé l’interdiction pour les Mauritaniens de se rendre sur le territoire malien, appelant au strict respect des consignes des autorités.

Il a précisé que la circulaire adressée aux autorités administratives prévoit l’interdiction de se rendre sur le territoire malien, ainsi que le lancement de vastes campagnes de sensibilisation pour inciter les éleveurs à éviter les zones dangereuses afin de préserver les vies et les biens.

Elle a annoncé la création et la mise en place de comités villageois de vigilance dans les zones frontalières, dans le cadre du renforcement de la sécurité et de l’amélioration des mécanismes de surveillance et de coordination, précisant que ces comités ont été équipés de moyens de communication pour faciliter leurs missions et les relier aux autorités administratives et sécuritaires.

Elle a souligné la qualité des pâturages cette année dans le pays, parallèlement à la mise en œuvre d’un programme gouvernemental de forage de puits dans les zones pastorales visant à réduire les déplacements des éleveurs à l’étranger.





Les articles, commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité


Commentaires : 0
Lus : 383

Postez un commentaire

Charte des commentaires

A lire avant de commenter! Quelques dispositions pour rendre les débats passionnants sur Cridem :

Commentez pour enrichir : Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Cridem.

Respectez vos interlocuteurs : Pour assurer des débats de qualité, un maître-mot: le respect des participants. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.

Contenus illicites : Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).

Cridem se réserve le droit de ne pas valider tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou grossier. Merci pour votre participation à Cridem!

Les commentaires et propos sont la propriété de leur(s) auteur(s) et n'engagent que leur avis, opinion et responsabilité.

Identification

Pour poster un commentaire il faut être membre .

Si vous avez déjà un accès membre .
Veuillez vous identifier sur la page d'accueil en haut à droite dans la partie IDENTIFICATION ou bien Cliquez ICI .

Vous n'êtes pas membre . Vous pouvez vous enregistrer gratuitement en Cliquant ICI .

En étant membre vous accèderez à TOUS les espaces de CRIDEM sans aucune restriction .

Commentaires (0)