21-04-2026 01:35 - Francophonie : en Mauritanie, une candidature qui interroge face au recul du français dans l’administration
TRUST MAGAZINE - Alors que Nouakchott porte la candidature de Dr Coumba Bâ à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, des voix critiques s’élèvent au sein même du pays.
Le journaliste mauritanien Hacen Lebatt dénonce un paradoxe qu’il juge difficilement compréhensible, dans un contexte marqué par la marginalisation croissante de la langue française.
La candidature de la Mauritanie au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, portée par Dr Coumba Bâ, continue de susciter débats et interrogations.
Si les autorités mettent en avant une ambition diplomatique stratégique et une volonté de renforcer le rôle de l’espace francophone, certains observateurs pointent une contradiction de fond.
C’est le cas du journaliste mauritanien Hacen Lebatt, pour qui cette démarche apparaît comme un « paradoxe incompréhensible ». Dans une publication sur sa page Facebook, il met en lumière le décalage entre l’ambition affichée à l’international et les pratiques linguistiques actuellement en vigueur au niveau national.
« Le Parlement mauritanien interdit désormais strictement aux députés de s’exprimer en français. Les ministères ont émis des circulaires officielles proscrivant l’usage du français dans les correspondances administratives. Tous les discours officiels sont totalement dépourvus de français, et même la page officielle de la Présidence de la République ne contient pas une seule ligne dans cette langue », relève-t-il.
Pour le journaliste, ce tournant dépasse la simple réforme administrative : « Ce changement reflète une volonté souveraine légitime, fondée sur l’histoire et l’identité du pays, ainsi qu’un désir de réorganiser les priorités linguistiques de l’État ». Toutefois, il estime que cette orientation entre en contradiction directe avec les ambitions affichées au sein de la Francophonie.
« Il existe une contradiction évidente entre la mise à l’écart du français en Mauritanie et la candidature à la tête d’une organisation chargée de promouvoir cette langue à l’échelle mondiale », insiste Hacen Lebatt.
Une stratégie diplomatique assumée par Nouakchott
De son côté, le gouvernement mauritanien défend une approche résolument tournée vers le multilatéralisme. En officialisant, le 17 avril, la candidature du Dr Coumba Bâ, les autorités présentent cette initiative comme un levier pour « renforcer le rôle et l’influence de l’espace francophone ».
Diplomate expérimentée, actuelle ministre-conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et envoyée spéciale auprès de l’OIF, Dr Coumba Bâ incarne, selon Nouakchott, « une vision stratégique et une capacité de dialogue » adaptées aux défis contemporains de l’organisation.
Cette candidature s’inscrit dans une dynamique de recomposition diplomatique, à l’approche du sommet de la Francophonie prévu en 2026 à Phnom Penh, où la compétition s’annonce particulièrement ouverte.
Entre souveraineté linguistique et ambitions internationales
Au-delà du débat conjoncturel, cette controverse met en lumière une question plus large : celle de l’articulation entre souveraineté linguistique et positionnement international.
Si la Mauritanie semble engagée dans une redéfinition de ses priorités linguistiques, privilégiant davantage l’arabe dans les sphères officielles, sa volonté de peser au sein de la Francophonie pose inévitablement la question de la cohérence stratégique.
Un débat qui, à mesure que l’échéance électorale de l’OIF approche, pourrait prendre une dimension aussi bien politique que diplomatique.
Par: TRUST Magazine
