08-05-2026 15:56 - Ghazwani au-delà de 2029, est-ce possible, est-ce souhaitable ?

Ghazwani au-delà de 2029, est-ce possible, est-ce souhaitable ?

De tout ce que l'homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s'est déposé dans son organisme.... Chaque génération doit faire tout l'apprentissage. Là gît la grande différence des civilisations humaines avec les civilisations animales. De jeunes fourmis isolées de la fourmilière refont d'emblée une fourmilière parfaite.

Mais de jeunes humains séparés de l'humanité ne pourraient reprendre qu'à la base l'édification de la cité humaine. La civilisation fourmi est inscrite dans les réflexes de l'insecte... La civilisation de l'homme est dans les bibliothèques, dans les musées et dans les codes; elle exprime les chromosomes humains, elle ne s'y imprime pas."

A travers cette citation du biologiste et historien des sciences Jean Rostand, le constat est délivrant: quoique l'homme aura à engranger de richesse, de victuailles ...rien ne se déposera dans son ventre. Carpe diem, cueille le jour car le plaisir est éphémère, la souffrance en est l'alternance. L'homme qui vivra un siècle, mourra quand même sans un centime à emporter.

Le problème chez l'être humain, après avoir tout " appris, éprouvé, ressenti" , durant toute une vie, est de n'avoir jamais retenu la leçon. Si j'étais président de la république de Mauritanie, je prendrais en compte ce qui est arrivé aux prédécesseurs de mon prédécesseur, je serais tenu d'élucider comment et pourquoi les différents présidents mauritaniens ont eu à chaque fois des destins peu désirables.

Si j'étais Mohamed Ould Ghazwani, actuel président de la république islamique de Mauritanie cochant presque toutes les cases du bon chef d'Etat convenable, je me méfierais du syndrome de fin de parcours du chef de l'exécutif mauritanien, voué soit à l'exil soit à la prison. J'ose parier que Mohamed Ould Ghazwani en homme tolérant, pacifique et visionnaire sache démentir, voire démystifier le syndrome fatal de fin de règne de nos premiers citoyens.

En effet de 1960 à nos jours, pour le pouvoir, contre le pouvoir et par le pouvoir, quel est le président mauritanien qui n'a pas été un moment emprisonné, hormis les feux Mohamed Mahmoud Ould Louly et Ely Ould Mohamed Vall, ces deux ayant exercé la fonction présidentielle une courte période chacun?

N' y'a -t-il pas une troisième issue de sortie convenable, apaisée, digne du rang de président ?

Tout le monde sait que j'aime bien Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, pas pour l'attention qu'il m'a toujours exprimée,...même pas pour avoir été un compagnon d'arme, mais plutôt pour son humanisme inégalable. L'humanisme est une qualité bienveillante qu'on peut partager avec tout le monde.

En somme, que Ghazwani soit président ou simple citoyen, n'endiguera en rien ma grande estime en sa personne toute simple. Cependant quand on aime bien quelqu'un, on doit attirer son attention sur certaines choses importantes de la vie, surtout quand ce dernier brigue une fonction sensible, à savoir la magistrature suprême de son pays. Je ne doute pas un instant de l'aversion que le code génétique du Maure en général porte sur la critique, soit-elle constructive.

En effet rare est le Maure qui aime être critiqué pour ce qu'il fait. C'est pour cela qu'il y a peu de réussite. La société mauresque est également manichéiste. Quand on est partisan, on approuve et on se tait, on profite, puis on se casse une fois l'idole dans le pétrin, ou les mamelles séchées. Ce qui semble être de l'opportunisme, est presque érigé en doctrine chez nous.

Et pourtant cette attitude est contraire à l'éthique, à mon éthique. Personnellement, je ne suis pas de ce moule. J'ai de l'admiration et surtout de la gratitude pour ce président, bien que je ne sois pas tout à fait aligné sur une toute petite partie de sa politique. Ghazwani est tellement tolérant, qu'il ne peut pas faire du mal à une mouche piquante. Cela risque un jour de se retourner contre lui, à force d'encaisser les fautes ou les crimes économiques des autres.

A/ 2019-2024: La bataille contre Ould Abel Aziz.

Le début du premier mandat a été perturbé, disons-le franchement par l'irruption du président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz dans la scène politique, au moment où on s'attendait à ce qu'il prenne du recul. Une surprise pour quiconque connaissait les liens d'amitié et de complicité entre l'actuel président Ghazwani et son ex alter ego.

Tristesse d'Olympio...Il y a un fait à constater, c'est que Ould Abdel Aziz a une véritable inimitié à l'égard de quelques uns des pontes du gouvernement de Ghazwani constitué en 2019. Ces derniers lui rendent également cette aversion.

Ce n'est un secret pour personne. Au moment de l'entame du second mandat du président Ghazwani, Aziz est un prisonnier. D'ailleurs il le demeure de nos jours. Nous avons dit haut et fort à temps opportun que ses agissements étaient contraires à l'esprit d'amitié qui le lie à son successeur.

Désormais Aziz n'est qu'un citoyen lambda, incapable de nuire. Sa dernière lettre destinée à l'attention du président Ghazwani, atteste du désarroi moral du prisonnier. La nature impérieuse de Mohamed Ould Abdel Aziz ne l'aide pas à reconnaître ses fautes, encore moins à solliciter la clémence. Ghazwani connaît Aziz mieux que quiconque.

Il est à noter désormais que la seule détestation de Mohamed Ould Abdel Aziz par quelques poids lourds du gouvernement ne saurait s'ériger en un programme politique. Je sais aussi que Ghazwani n'a rien contre Ould Abdel Aziz.

Mais certains de ses ministres de souveraineté ne sont pas du même avis que lui. A la longue, l'incarcération de l'ancien président pourrait affecter le socle du crédit humanitaire voire humaniste du président Ghazwani. Et ça, moi je ne le supporterai pas. Aziz n'est plus le problème. Nous avons d'autres chats à fouetter, ou à surveiller.

B/ 2026- 2027 : deux années cruciales.

Ghazwani a encore le temps de tout remodeler, de mai 2026 au 31 décembre 2027. Si rien n'est fait d'ici cette date, nous aurons compris que Ghazwani veut juste terminer son second mandat. Il y a moins de deux ans le président français Emmanuel Macron dont le second mandat expire en 2027, avait dissous l'Assemblée Nationale.

Son objectif non avoué était d'avoir une majorité confortable, au but sans doute de rester au-delà de la date d'expiration de son second et dernier mandat, pour "cause de guerre avec la Russie", selon l'avis de plusieurs analystes politiques.

Personnellement, je ne comprends pas le sens du dialogue en ce moment, puisque le président Ghazwani jouit d'une majorité confortable de députés à l'assemblée nationale. S'il a des intentions, il faut qu'il les précise car le tout doit être ficelé avant le 31 décembre 202., je disais tantôt..

La politique est un cheminement difficile et ingrat. Il arrive un instant que ce sont vos proches collaborateurs qui lorgnent votre fauteuil présidentiel, "tous les matins en se rasant" selon l'expression devenue virale de l'ancien président français Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur sous Jacques Chirac.

Pour couper court à toutes les ambitions des uns et spéculations des autres, Ghazwani doit nous dire s'il est intéressé par un 3ème mandat ou pas. Ceci d'abord pour mettre de l'ordre dans son propre camp. Car en dehors probablement du ministre des Affaires Etrangères, l'on chuchote que la primature, et certains ministères de souveraineté guettent la date de fin de mandat de 2029, pour sortir du bois.

Si tel était le cas, logiquement les locataires de ces ministères n'encourageront jamais le dialogue que du bout des lèvres, surtout dans son éventuel volet du 3ème mandat. L'Histoire nous apprend qu'il y a des moments où la personne est seule face à son destin. Elle ne doit écouter ni conseillers, ni collaborateurs, ni partisans, car elle doit prendre sa décision elle-même sans influence, en son âme et conscience. Une présidentielle , c'est la rencontre d'un homme seul avec son peuple.

B/ Est-ce un sacrilège que de parler de 3ème mandat?

Je ne suis pas dans le secret des palais, mais qui peut empêcher les pouvoirs législatif ou exécutif d'évoquer des amendements de la constitution? N'importe quel groupe parlementaire peut déposer à l'Assemblée Nationale une proposition de loi, qui sera discutée, acceptée ou refusée.. La démocratie n'est pas la fin de l'Histoire, c'est le peuple souverain qui doit décider par un oui ou un non s'il adhère aux amendements constitutionnels qu'on peut, qu'on doit lui proposer.

Le peuple a élu ses députés pour agir à ses lieu et place. Mais l'ambition du 3ème mandat exige tout un exercice pédagogique, accompagné d'une multitude de mesures de bonne gouvernance dès cette année de 2026.

Si Ghazwani opte pour un 3ème mandat, cela veut dire qu'il a l'intention de nous proposer une nouvelle politique gouvernementale, donc un nouveau premier, jeune, dynamique, "clean", menant un gouvernement de combat, presque révolutionnaire( terme que Ghazwani n'aime pas). Et pourtant il le faut pour persuader le peuple souverain, auquel on peut aussi proposer un referendum, à défaut de passer par le parlement.

Si Ghazwani devrait sortir en 2029, ce serait certainement un autre Maure, blanc ou noir qui prendrait sa place. Il ne faudra pas s'attendre aux miracles, car un Maure imprégné de sa culture, ayant ses codes génétiques, exprimant ses chromosomes, ne transformera jamais la Mauritanie. Il se pourrait même qu'il s'essayât à la petite dictature. Je suis persuadé d'une chose, que la démocratie joue souvent de sales tours aux électeurs de bonne foi.

Puisqu'on réclame souvent le changement, une fois survenu, on le regrette aussitôt, car il se transforme en cauchemar. Ghazwani coche toutes les cases de l'humanisme et de l'humanité du bon chef d'Etat. Quoi qu'il en coûte, moi je lui resterai fidèle en amitié et en fratrie. Je ne suis pas un politique, ni un sociologue, ma prétention s'arrête aux portiques de la sagesse...soit.

Mais je suis un observateur averti de la société humaine à travers le prisme du raisonnement par analogie, qui est l'un des principes des procédés généraux de la pensée humaine. Vous aurez à constater que dans notre sous région, en dehors du Sénégal, nous sommes entourés que de pays peu enclins à la vertu démocratique.

A force de vouloir le changement, nous risquons d'avoir un "Assimi Goïta": alors plus d'élection, car il sera élu à vie, plus de partis politiques, plus de liberté d'expression; que l'arrogance, la peur, la dictature.

Juxtaposant une géopolitique morose, voire mortifère avec une menace sécuritaire à nos frontières, ma stratégie à moi est de conserver le président Ghazwani , tout en le persuadant dès le second semestre de cette année de 2026 à une politique plus rigoureuse, juste, apaisée, profitant aux couches les plus démunies de notre fragile tissu social. C'est mon point de vue de citoyen mauritanien et personne ne doit m'en vouloir de penser ainsi. /

ELY SIDAHMED KROMBELE,
FRANCE



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Source : Ely Krombele
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Commentaires (3)

  • ouldsidialy (H) 08/05/2026 20:38 X

    S'agissant du 3ᵉ mandat. Bien entendu que la "démocratie n'est pas la fin de l'histoire", comme dit l'auteur, mais c'est surtout qu'elle n'est qu'à son début dans l'histoire politique du pays.

    1) Le dialogue national a interrogé l'un des 5 pouvoirs réels dans le pays. Oui, j’ai écrit cinq ! : le pouvoir institutionnel officiel, qui fait l'incarnation obligatoire de l'égalité pour tous les autres, a répondu de fait.

    2) La réponse est pliée dans le sens du rejet de l'idée d'un 3ᵉ mandat. Néanmoins, il s'agit du rejet d'une idée forte, 2 ans avant son à-propos. Autant dire, une simple opinion exprimée. Le pouvoir institutionnel repassera à la question à un moment où les 4 autres pouvoirs auront des choses à dire.

  • ouldsidialy (H) 08/05/2026 19:54 X

    S'agissant de l'ancien président de la république. La crise engendrée par la tentative de retour malvenue du président ould Abdel Aziz a été résolue par son jugement. Sa facture irrévocable a été un naufrage constitutionnel. L'erreur a été permise par le président de la République actuel dans le cadre de ses fonctions. Elle n’est pas réparable.

    1) Le pouvoir de grâce du chef de l'État est un privilège socle de l’État, qui reste incontestable comme l'était son immunité, puisqu'il n'a jamais été abîmé par les Mauritaniens.

    2) La grâce éventuelle du président Mohamed Ould Abdel Aziz ne réparera pas la rupture critique opérée dans le fonctionnement de l’État. Elle a néanmoins des chances de permettre la rédemption des sentiments martyrisés de 2 hommes.

    3) L'affirmation consacrée par les leaders est que leur personne ne devrait pas compter pour les questions graves. Elle est vraie. La satisfaction des sentiments des 2 présidents indiffère la Nation. Il demeure que pour les gens normaux, LA personne passe avant l'État. Le sens de l’humain appelle à la fin heureuse du martyre émotionnel de 2 personnes.

    4) Cela a aussi une raison d’intérêt général : le sort d’une population a des liens avec le bien-être de son chef d’État.

  • yawonni (H) 08/05/2026 16:22 X

    Texte kilimadjaro compris comme philosophie,conté de fee,historique,poetique qui rappelle le beau discours de corbeau et renard et du loup et le heron