22-05-2026 09:54 - Mauritanie : la Banque centrale serre la vis monétaire face au retour des tensions inflationnistes
FINANCIAL AFRIK - A l’issue de son Conseil de Politique Monétaire (CPM) du 18 mai 2026, la Banque centrale de Mauritanie (BCM) a choisi de reprendre la main sur le front monétaire. En relevant son taux directeur de 50 points de base, de 6 % à 6,5 %, l’institution dirigée par Mohamed Lemine Dhehabi envoie un signal clair : la stabilité des prix redevient une priorité dans un environnement international redevenu inflationniste.
Officiellement, la décision s’explique par la remontée progressive des tensions sur les prix, sous l’effet combiné de la hausse des coûts de l’énergie, du renchérissement des produits alimentaires importés et d’un excès de liquidités dans le système bancaire.
Mais derrière cette lecture technique se dessine une évolution plus structurelle de la doctrine monétaire mauritanienne : la BCM cherche désormais à renforcer sa crédibilité comme banque centrale moderne, davantage focalisée sur l’ancrage des anticipations d’inflation et la stabilité macrofinancière.
Le choix d’un relèvement modéré de 50 points de base traduit une stratégie d’équilibre. La Mauritanie reste portée par des perspectives favorables dans les secteurs minier, gazier et halieutique, avec des attentes élevées autour des projets énergétiques offshore.
Un resserrement monétaire trop brutal aurait risqué de freiner le crédit et l’investissement dans une économie encore en phase de consolidation financière. La BCM tente donc de contenir les pressions inflationnistes sans casser la dynamique de croissance.
Cette décision intervient également dans un contexte de mutation progressive du système financier mauritanien. Depuis plusieurs années, les autorités monétaires cherchent à améliorer les mécanismes de transmission de la politique monétaire, dans une économie longtemps caractérisée par une forte dollarisation informelle, une profondeur financière limitée et une circulation importante de liquidités hors circuit bancaire. En relevant son principal taux directeur, la Banque centrale cherche aussi à restaurer davantage de discipline monétaire dans le secteur bancaire.
La question de l’excès de liquidités mentionnée dans le communiqué mérite une attention particulière. Elle révèle que le défi mauritanien n’est pas uniquement importé via les prix mondiaux, mais également domestique.
L’abondance de liquidités dans les banques peut alimenter des tensions sur les prix, peser sur la stabilité du taux de change et compliquer la gestion monétaire. Dans ce contexte, le relèvement du taux directeur vise autant à absorber les pressions inflationnistes qu’à signaler une volonté de normalisation monétaire.
Le mouvement mauritanien s’inscrit plus largement dans la tendance observée ces dernières années dans plusieurs économies africaines.
Après les épisodes inflationnistes provoqués par les chocs post-Covid, les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés énergétiques, de nombreuses banques centrales africaines ont adopté des politiques monétaires plus restrictives afin de défendre leur monnaie et contenir l’inflation.
