08-06-2026 07:45 - L'historique de la fonction de chef d'Etat-Major de l'Armée mauritanienne depuis 1960

L'historique de la fonction de chef d'Etat-Major de l'Armée mauritanienne depuis 1960

La réflexion destinée à évoquer le parcours de nos différents chefs d'Etat-Major de l'indépendance en 1960 à nos jours, n'est pas cosmétique; même pas une idée prise sous la contrainte du spleen parisien.

Elle entre plutôt dans le cadre d'une patrimonialité qui consiste à donner à notre histoire militaire moderne une lecture cohérente, une nécessité impérieuse, débarrassées des accointances de la doxa, de l'étroitesse de la subjectivité tantôt partisane, tantôt supplétive, le plus souvent, très loin de l'équité morale. La morale ou l'éthique étant le principe de distinction entre le bien vertueux et le mal ignominieux.

La Mauritanie est un territoire dont la géographie attise des convoitises géopolitiques. Ce positionnement lui confère aussi un concept géostratégique pensé et étudié dans toutes les académies militaires sous régionales et étrangères depuis quelques années.

Cette même géographie nous a choyés de strates géologiques, concédant à notre territoire une richesse en ressources minières, halieutiques, en énergie fossile, en hydrogène vert, en surfaces cultivables etc.. Et voilà toute une "caverne d'Ali Baba", constituant un embryon d'autarcie et permettant surtout de nous hisser au firmament du développement économique et social des plus performants...Mais si l'on ne prend garde, ce atout naturel, suscitant les appétits extérieurs, peut devenir également, notre cheval de Troie, le cadeau empoisonné, mortel.

En effet notre tissu social dans ses différentes composantes est fragile, ne répondant pas au principe universel de citoyenneté, lui préférant encore un anachronisme parent pauvre d'une promiscuité épidermique désobligeante.

Dans ce tableau de sculpture primitive, pardon, je veux dire cet océan de désolation, où l'homo "mauritanicus" distingue à peine entre épicurisme nécessaire et hédonisme superflu, il y une petite fenêtre de tir, une réalité indispensable et nécessaire, sans laquelle, la Mauritanie aurait été, à son tour poussée depuis longtemps à une "somalisation" effroyable.

Cette lueur d'espoir qui empêche encore le diable de sortir de son édicule, c'est l'institution militaire. Nonobstant ses défauts systémiques, la légitimité discutable sur la valeur de ceux qui l'ont commandée ou qui la commande, elle demeure la seule entité capable au moins de ralentir, au mieux de nous soustraire de l'abime.

L'Armée mauritanienne était au stade du balbutiement quand une guerre inattendue, subite, a commencé en décembre 1975. De 1960 à 1976, elle n'était pas la priorité des pouvoirs publics, car sa modernisation est la conséquence directe d'une géopolitique mal ficelée, à savoir les accords tripartites de Madrid, divisant le Sahara Occidental entre Rabat et Nouakchott.

Alors comment notre Armée s'est invitée dans la vie du mauritanien, à telle enseigne qu'elle demeure encore la figure de proue, le dernier verrou avant le précipice, puisque les autres institutions étatiques étant moribondes? Quels sont les chefs d'Etat-Major qui ont pesé dans sa restructuration, rehaussé le moral de ses militaires du rang, permis son épanouissement, au lieu de gérer tout simplement le quotidien certes morose pour certains, mais oh combien lucratif pour une kyrielle de carriéristes avantageux ?

Chaque chef d'état-major a sans doute posé ses empreintes pour l'édification de notre institution militaire. L'objectif ici n'est pas de distribuer des points à tel chef ou de récuser tel autre.

Tous nos chefs d'état-major ou Cemga, mesuraient sans doute la lourdeur de leur tâche dès l'entame de la fonction. Mais, dans la vie courante les parcours des hommes ordinaires ne sont pas similaires, à plus forte raison ceux qui sont tenus d'occuper des fonctions déterminantes de Cemga, s'inscrivant ainsi dans les annales historiques d'une nation.

C'est dans cette optique, et vu le nombre de nos différents Cemga de 1960 à 2026, que nous nous contenterons d'abord de les énumérer. Ensuite nous allons mettre en exergue sur le fronton du journal militaire, cette fois, ceux parmi ces officiers qui ont voulu rompre avec l'ordinaire( ne pas confondre avec l'alimentation du soldat), afin de prendre rendez-vous avec l'Histoire. Beaucoup d'appelés, peu d'élus....

A/ De novembre 1960 à décembre1975:

1/ Au commencement était le capitaine Mbarek Ould Boune Moktar:

Le 28 novembre 1960, la jeune république mauritanienne, sortie des sables, était à l'état d'embryon. La priorité n'était pas donnée à l'Armée. D'ailleurs jusqu'en 1963, cette institution militaire était confiée à un lieutenant-colonel de la coopération militaire française. C'est à partir de 1963 que le premier officier mauritanien, en la personne du capitaine Mbarek Ould Boune Moktar aura la responsabilité de commander l'Armée en sa qualité de chef d'Etat-Major.

Ceux qui ont connu Mbarek le décrivent comme étant un officier droit, de haute moralité. Plus tard au milieu des années "70" il sera gouverneur de la walaya d'Aioun El Atrouss, et croyez-moi, c'était la première fois qu'on voyait un fonctionnaire désintéressé des délices matériels dûs à la fonction. Chapeau. Personnellement, j'ai échangé avec le colonel Mbarek Ould Boune Moktar déjà à la retraite en 1992, lors de la première élection présidentielle à Nouadhibou.

J'étais lieutenant commandant de batterie, tenu de sécuriser 8 bureaux avec 8000 votants dans le quartier des "robinets". Vers 16 h du jour "j", le colonel Mbarek est venu me voir avec son "staff" pour se plaindre de la "fraude massive".

Je lui ai répondu que tout est possible, mais que ma mission consiste à sécuriser les urnes, les votants jusqu'à ce qu'ils quittent l'enceinte des bureaux de vote. Je suis un soldat, pas un politicien, lui dis-je et je mesure la portée péjorative de ce mot "politicien". Quelques instants plus tard, les réclamations et les échauffourées venant de l'opposition démocratique ont commencé avec les forces de l'ordre.

Il est tout à fait normal que l'on commence par le premier chef d'Etat-Major des Armées ou Cemga, même s'il devrait revenir comme chef, aux grades de commandant et de colonel.

C'est le cas d'ailleurs de plusieurs officiers tels Moustapha Ould Salek, Ahmedou Ould Abdallah, Maawiya Ould Sid'Ahmed Taya. Donc après Mbarek il y a eu Moustapha Ould Salek, Mohamed Mahmoud Ould Houssein Ould Nagi, Ahmed Ould Bouceif, Mohamed Khouna Ould Haidalla, Maawiya, Yall Abdoulaye, Jibril Ould Abdallahi, Diallo Mohamed, Ahmed Ould Minnih, Moulaye Ould Boukhreiss, Mohamed Lemine Ould Ndiayane, El hadi Ould Sedigh, Arbi Ould Jedéine, Abderrahmane Ould Boubacar, Mohamed Ould Mohamed Saleh, Félix Négri, Mohamed Ould Cheikh Ghazwani, Mohamed Cheikh Mohamed dit Bourour, Mohamed Bamba Meguett, Mokhtar Bollé Chaabane et enfin l'actuel cemga Mohamed Vall Ould Raïss.

Nous nous contenterons d'alléger votre souffrance en ne parlant que de ceux qui ont tenté, de par leur patriotisme à améliorer l'allant structurel ou professionnel de leur Armée. Ceux qui ont fait moins de deux ans comme Cemga ne pourront être jugés, même si la volonté de se surpasser faisant foi; c'est le cas par exemple du colonel Ahmed Ould Bouceif, du colonel Ahmedou Ould Abdallah ou du colonel Mohamed Lemine Ould Ndiayane.

Ainsi, il y a trois catégories de Cemga; ceux qui ont exercé de 1963 à 1978, date de fin de la guerre du Sahara; ceux de 1979 à 2005, enfin ceux de 2006 à nos jours. Ces derniers étant été confrontés à un climat de guerre asymétrique, au terrorisme qui écume le Sahel.

Nous parlerons des cemga Moustapha, Maawiya, Yall Abdoullaye,Ould Minnih, Boukhreiss, Ndiayane, El Hadi Sédigh, Jedeine, Félix Négri, Ghazwani, Bourour, Meguett, Moktar Bollé...et probablement le dernier dont la mission expire normalement en 2027. Nous parlerons également des différents chefs de la Garde Nationale, une entité qui s'est battue avec bravoure lors de la guerre du Sahara et continue de défendre avec brio nos frontières.

2/ Colonel Moustapha Mohamed Salek, Cemga lors du coup d'état de 1978:

A suivre incha'Allah

ELY SIDAHMED KROMBELE, FRANCE





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Source : Ely Krombele
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