15-06-2026 21:00 - Réponse aux chauvins / Par Samba Thiam, président des FPC
En vérité tout est parti du discours de Kaédi du Président Ghazouani, à travers un passage qui disait en substance, que chaque Communauté avait eu son lot de souffrance, ses des déboires avec l’Etat, par allusion au Passif pour lequel il fallait tourner la page. J’avais été le seul à l’époque à me démarquer, à tout le moins à nuancer cette manière de poser les choses qui comparait l’incomparable et minimisait, de facto, la dimension gravissime du "Passif".
Ce fut la première brèche ouverte qui a offert à ce groupe –champion du négationnisme et du suprémacisme - l’occasion de tenter, ces derniers temps, de diluer voire de banaliser le dossier du "Passif humanitaire", considéré comme une injustice comme les autres…
« Le Passif » fut un crime d’Etat, un crime de masse pensé et planifié, un génocide en un mot ….Pas une injustice.
Après cette première brèche, le Président en ouvrit une seconde qui alluma les appétits, en laissant filtrer l’éventualité de réparations financières, chiffrées en dizaines de milliards d’ouguiyas… Si au tout début un petit de groupe de militaires s’agita autour, cette nouvelle offre aiguisa des appétits féroces. Connaissant notre rapport fusionnel à l’argent, ces sous en perspective furent l’élément déclencheur de la "ruée vers l’or", sonnant le ralliement … Pour l’homo-mauritanicus, c’est connu, l’argent constitue la valeur cardinale essentielle qui, seule, compte …
C’est tout cela ensemble qui a poussé ce groupe d’hommes aux intentions pernicieuses, truffé de chauvins, d’essayer de diluer, disons de banaliser la question du « passif humanitaire », par des amalgames fantaisistes et de mauvaise foi …
Si nous concédons que des groupes politiques ou syndicaux eurent maille à partir avec tel ou tel régime, à un moment donné de l’histoire, en subissant des violences et des répressions de toutes sortes, il n’a jamais été question de "l’effacement" de leur communauté respective ou de leur groupe ethnique, à la manière de "la solution finale".
Les répressions ayant touché les Nasseriens, les baathistes, le MDI, d’autres putschistes et même El hor, ces répressions n’avaient pas eu pour but d’éliminer physiquement les fractions tribales ou la communauté bidhaan ou haratine, en tant que telle. Aucun de ces groupes ethniques, dans leur répression, n’avait fait l’objet de plan de liquidation.
Or dans le cas du Passif, l’intention de l’Etat, soutenu par des fractions politiques extrémistes et racistes, était manifestement de liquider physiquement les Peuls, essentiellement, d’épurer ethniquement le territoire, à l’image de ce qui s’est passé au Rwanda !
L’élément distinctif fondamental entre ces violences et le Passif c’est le mobile de cette répression - intention cachée, planification, expression génocidaire-. Ce que, du reste, confirme, en filigrane, cette note confidentielle de Gabriel Cymper –ministre de l’intérieur- envoyée aux administrateurs des régions : « Les Halpulareen tentent de déstabiliser la Mauritanie en remettant en cause son arabité. La base sociale sur laquelle se développe ce particularisme –tributaire de l’hégémonisme sénégalais - c’est la composition ethnique du peuplement local actuel, majoritairement halpulareen. En modifiant radicalement la composition de ce peuplement, on prive ce particularisme de tout développement futur ». Fin de citation.
L’intention est on ne peut plus clair…
Soit dit en passant, dans le posting de ce groupe tous les groupes politiques ayant été victimes de répression, de torture jusqu’à ce que mort s’en suive ont été cités ; tous, à l’exception des Flamistes, morts à Walata.
Révélateur non ? Que faut-il penser, par ailleurs, de la moralité d’un groupe qui a le toupet et l’indécence d’évoquer le "coup de 1962", que l’on sait piloté de l’extérieur, hostile à l’indépendance du pays qu’il combattait ? N’est-ce pas là une suprême provocation ? Par ailleurs, il est surprenant de constater que des chefs de partis, membres du "pôle des 15", soient signataires de ce torchon, alors que notre plateforme commune a nettement tranché ces questions : solution juste et équitable du Passif humanitaire à travers les quatre devoirs, en même temps que "réparations pour toutes les victimes d’injustices et de l’arbitraire de l’Etat". Quelle confiance avec des partenaires à multiples facettes ?
Pour revenir encore au Passif humanitaire, rappelons en guise de conclusion, qu’il se distingue nettement de toutes ces exactions ou violations pré-citées de par,
- L’ amplitude ; toute la vallée du fleuve fut touchée par des exécutions extrajudiciaires sommaires, des viols massifs et collectifs, des déportations de populations, des radiations administratives ciblées, des spoliations de biens et de terres de culture,
- La durée –de 1988 à 1991- (d’aucuns remontent à 1986); Six longues années d’enfer, dont les conséquences s’installent durablement et affectent encore aujourd’hui des dizaines de milliers de vie à travers le Système raciste en place qui en découle ! Système que décrivait Mandela en ces termes : "Utiliser la force numérique et la force de travail des Noirs pour les transformer en instruments, sans qu’aucune possibilité ne leur soit laissée de sortir de cette situation".
- La cruauté ; (pendaisons, écartèlement d’hommes entre deux voitures, enterrement de vivants, des hommes, la corde au cou, les mains liées derrière le dos, tirés par une voiture).
Voilà pourquoi nous disons à ces auteurs que vouloir faire l’amalgame entre ces violations des droits humains et le "Passif" c’est faire preuve de légèreté grave et de mauvaise foi évidente !
S’il faut souhaiter la réparation de toutes les injustices, de tous les arbitraires de l’Etat pour apaiser les cœurs et les esprits, il ne faut cependant pas confondre les genres ou les dossiers. Il faut séparer distinctement les choses … Libre à l’Etat d’élargir l’assiette pour un apaisement général, mais sans confusion de genres !
Il y a tant de chauvins et de racistes déguisés en progressistes dans cette république que nous aurions tant aimé entendre les autres, les vrais...
